mercredi 26 janvier 2011

228. Manu Chao : "Clandestino", (1998)


Solo voy con mi pena
Je vais seul avec ma peine
Sola va mi condena
Seule va ma condamnation
Correr es mi destino
Courir est mon destin
Para burlar la ley
Pour me moquer de la loi

Perdido en el corazón
Perdu dans le coeur
De la grande Babylon
De la grande Babylone
Me dicen el clandestino
On m'appelle le clandestin
Por no llevar papel
Car je n'ai pas de papiers

Pa' una ciudad del norte
Vers une ville du nord
Yo me fui a trabajar
Je suis allé travailler
Mi vida la dejé
J'ai laissé ma vie
Entre Ceuta y Gibraltar
Entre Ceuta et Gibraltar
Soy una raya en el mar

Je suis une raie dans la mer
Fantasma en la ciudad
Fantôme dans la ville
Mi vida va prohibida
Ma vie est interdite
Dice la autoridad
Disent les autorités

Solo voy con mi pena
Je vais seul avec ma peine
Sola va mi condena
Seule va ma condamnation
Correr es mi destino
Courir est mon destin
Para burlar la ley
Pour me moquer de la loi


Perdido en el corazón
Perdu dans le coeur
De la grande Babylon
De la grande Babylone
Me dicen el clandestino
On m'appelle le clandestin
Yo soy el quiebra ley
Je suis le hors la loi

Mano Negra clandestina
La main noire clandestine
Peruano clandestino
Péruvien clandestin
Africano clandestino
Africain clandestin
Marijuana ilegal
marijuana illégale

Solo voy con mi pena
Je vais seul avec ma peine
Sola va mi condena
Seule va ma condamnation
Correr es mi destino
Courir est mon destin
Para burlar la ley
Pour me moquer de la loi

Perdido en el corazón
Perdu dans le coeur
De la grande Babylon
De la grande Babylone
Me dicen el clandestino
On m'appelle le clandestin
Por no llevar papel
Car je n'ai pas de papiers


*




Manu Chao : le migrant de la world music.


Ce n'est sans doute pas un hasard si le premier succès de la carrière solo de Manu Chao fut "Clandestino". Ancien chanteur du groupe La Mano Negra, qui incarne à lui seul les heures de gloire du rock indé français des années 90, le leader de la formation a, en 1994, coupé les ponts avec ses anciens camarades et parcouru une bonne partie de la planète en particulier le continent sud américain dont il fêta la "découverte" par Colomb en 1992, à bord d'un cargo itinérant accompagné de la troupe théâtrale du Royal de Luxe. Il y séjourne longuement et à plusieurs reprises. Installé à Barcelone, il revient régulièrement jouer en France pour remplir Bercy ou la fête de l'Huma.

Manu Chao se promène donc sur la planète avec ses musiciens, un grand barnum plus festif et convivial que spectaculaire distillant une world music, mélange de rock, de reggae, de rythmes latinos, totalement en osmose avec l'image de citoyen du monde qu'il renvoie. Se positionnant souvent à contre courant de l'industrie du spectacle, il fait fondre le prix d'une place de concert aussi vite que la neige au soleil, et est le compagnon (promoteur, découvreur, partenaire) d'autres artistes très éclectiques mais en recherche de la même proximité avec le public comme la troupe du Royal de Luxe, Amadou et Mariam, ou encore le dessinateur Wozniak que l'on retrouve régulièrement dans le "Canard Enchainé". (1)

Fils de Ramon Chao (2), il sait, comme le fit son père, passer les frontières, s'asseoir avec sa guitare auprès de ceux qui, loin des strass, des paillettes, et des futilités de l'industrie musicale, jouent au coin des rues, arpentent le vaste monde dans l'espoir de poser leurs valises à un endroit qui annonce de meilleurs avenirs, ou tentent des expériences musicales et sociales. (3)

Derrière ce "Clandestino" qu'il chante, hors-la-loi, fantôme des villes, dont la vie reste interdite aux yeux des autres, on reconnait la figure du migrant venu des Suds, pour gagner la ville des Nords dans le cadre de mobilités mondialisées. Souvent instrumentalisé pour les besoins d'un discours politique de haine, le migrant porte sur son dos le poids de la misère, celui des inégalités Nord/Sud creusées au fil du développement de la mondialisation ; paradoxalement, alors que les frontières sont abattues par les échanges, le migrant est celui que l'on traque, que l'on repousse, dont on cherche à bloquer la venue même si l'on sait que des secteurs entiers de l'économie fonctionnent grâce à une main d'oeuvre fraîchement arrivée des Suds d'autant plus corvéable si elle est clandestine.



Les migrations forment un ensemble complexe de flux qui concernent de nouvelles populations.


En 2008, on a dénombré 214 millions de migrants internationaux.(4) Si le nombre des migrants était additionné, ils constitueraient réunis le cinquième pays le plus peuplé du monde entre l'Indonésie et le Brésil. Voilà bien de quoi gloser sur le supposé tsunami migratoire qui menace les frontières des pays riches. Mais remettons un peu les choses à leur place.

Les migrations sont un phénomène du temps long de l'histoire : elles durent depuis l'antiquité (Hébreux), ont connu des prolongements au Moyen Age (invasions barbares) ou encore à l'aube des temps modernes (conquête et colonisation de l'Amérique).(5) L'Europe fut au XIXème siècle le point de départ de migrations fort nombreuses vers le Nouveau Monde, rappelons qu'entre 1892 et 1924, 12 millions d'européens sont passés à Ellis Island, porte d'or vers la nouvelle terre promise des Etats-Unis.(6)

Le système migratoire mondial. [source cartothèque documentation française]

Ce phénomène ancien, attaché à l'histoire de l'humanité, serait-il devenu sensible en meme temps qu'il s'est massifié? Là encore, il faut relativiser puisque nos 214 millions de migrants internationaux en 2008 ne représentent que 3,1% de la population mondiale. Le rapport du nombre de migrants à la population mondiale varie, de surcroît, assez peu, sur ces dix dernières années (avec une hausse de 0.2%, passant de 2.9% à 3.1% de la population mondiale).

Alors l'important serait peut être que tous ces migrants viennent de pays pauvres apportant par leur mobilité, leur misère dans les pays riches. Il semble là encore que ce soit une fausse piste.
D'abord parce que la majorité des courants migratoires se font entre pays voisins : on pense, par exemple, à la Côte d'ivoire qui acceuille les Burkinabés et les Maliens au Nord du pays , ou encore à l'Afrique du Sud qui réceptionne les courants migratoires de l'Afrique Australe. Il y a aussi les migrants de la Corne de l'Afrique se déplaçant vers les pays pétroliers de la péninsule arabique ou encore les Colombiens vers le Vénézuela et les Paraguayens vers l'Argentine. Les migrations sud-sud concernent 60 millions de personnes, 61 millions de migrants effectuent des déplacements sud/nord, et 50 autres millions se déplacent selon un axe nord-nord.(7) Porter la focale sur une partie du phénomène (la migration sud/nord) ne permet pas d'en restituer sa réalité géographique, spatiale, aussi variée que complexe.

Enfin, que dire de l'équation pauvreté=migration ? Elle n'est, semble-t-il pas totalement opérante. En effet, les migrants sont de plus en plus souvent urbains, ils ont été scolarisés et ont constitué pour migrer un pécule pour le voyage (qui peut être utilisé de différentes façons, qui vont du financement des voyages au paiement des passeurs) . La migration s'appuie sur toute sorte de réseaux parfois illégaux, parfois familiaux, parfois passant par des solidarités régionales, ethniques entre migrants. Les routes des mobilités sont diverses, les flux multiples, les réseaux variés.


Les remises en 2007 représentent 300 milliards de dollars
soit 3 fois l'Aide Publique au Développement.
Parmi ces flux, les fonds rapatriés par les migrants (les remises) vers leur pays d'origine sont importants. Alors que les pays du Nord ne cessent de se désinvestir de l'Aide Publique au Développement, on considère qu'aujourd'hui ces transferts de capitaux représentent environ 3 fois le montant de ce qui subsiste de l'APD.


Les mobilités humaines s'inscrivent dans la mondialisation, dans des circuits migratoires aux multiples extensions, et génèrent de l'échange et de la richesse.




Dernière remarque pour aller contre toutes les idées reçues, 55% des migrants de ce début de XIXème siècle sont ... des femmes, et même des mères avec enfants. On s'éloigne donc à grands pas de la figure stéréotyoée du migrant, jeune homme adulte en âge de vendre sa force de travail. Le migrant dont on doit redessiner le portrait sera donc une migrante, de quoi ouvrir le champ d'une étude de genre.



Les politiques migratoires schizophrènes entre surenchère sécuritaire et pragmatisme économique.


Quel pays du Nord ne fait pas montre d'une très grande fermeté dans ses politiques de contrôle des migrations ? A l'heure de la mondialisation, on a souvent, et à juste titre, l'impression que certaines frontières n'ont jamais été aussi surveillées et infranchissables.

La longue barrière de 1300 km le long de la Linea n'est
pas encore achevée.
Ainsi, ces politiques se matérialisent dans des dispositifs sécuritaires très impresionnants dont l'exemple le plus saisissant est déployé le long de la linea, frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Depuis le Secure Fence Act en 2006, il est prévu la construction d'une barrière de sécurité de 700 miles sur cette ligne : le mur s'accompagne de caméras de surveillance, patrouilles au sol, en hélico, détecteurs infra-rouge etc.



L'Union Européenne a également actualisé et renforcé sa politique de lutte contre l'immigration. Par le système Frontex des équipes de garde frontières composés de membres des états de l'UE effectuent une surveillance renforcée aux endroits sensibles.





Finalement, on peut dégager quelques grands axes directeurs en la matière :
Les politiques migratoires comportent un volet politique qui peut, par exemple, prendre la forme d'une coopération avec les pays de transit ou d'origine des migrants pour tenter d'en contrôler et limiter le flux au plus près de son origine. Ces politiques se mettent en place, par exemple, avec les pays du Maghreb, les enclaves espagnoles de Ceuta et Mellila au Maroc constituant des postes de contrôle avancés des migrants venus d'Afrique Subsaharienne. Les système Frontex de surveillance intégrée des frontières en constitue une autre forme.
8 km de barbelés entourent l'enclave de Melilla au Maroc
des migrants venus surtout d'Afrique Subsaharienne.



Les politiques migratoires comportent également un volet législatif qui peut se traduire par un durcissement des conditions d'accès au statut de réfugié, ou un durcissement du traitement des étrangers illégaux pris dans le pays d'accueil (rétention administrative, reconduites à la frontière etc). Tout simplement, cela peut aussi se décliner en l'obligation d'être en possession d'un passeport biométrique pour traverser une frontière.

On l'a vu, l'aspect économique a été malmené ces derniers temps. Considérant que les migrations trouvent dans l'inégale répartition des richesses à l'échelle de la planète un terreau fertile, l'APD était un levier économique pour freiner le creusement de ces inégalités. Celui ci est désormais de plus en plus délaissé par les pays du Nord qui y consacrent une part résolument réduite de leur budget.

Un bateau de fortune surchagé de migrants en Méditerranée.
[source Atlas de la Méditerranée]
A l'heure de l'évaluation chronique et de la performance érigée en règle de vie, on est en droit de se demander si ces politiques déclinées du local, au national puis au régional, sont efficaces. En 2008, on estime le nombre de clandestins vivant aux Etats-Unis à 12 millions de personnes. Ils seraient entre 5 et 7 millions à résider dans l'UE. Rares sont les mois durant lesquels les journaux télévisés ne rendent pas compte de l'épopée, qui se finit souvent tragiquement, de migrants entassés sur des esquifs de fortune, arraisonnés en Méditerranée, et conduits vers les camps dans lesquels ils vont s'entasser quand ils ont la chance de ne pas finir noyés.
Les morts aux frontières en Europe

D'où viennent ces mauvaises performances alors que les dispositifs anti-migrants et anti-migrations n'ont jamais été aussi durs ?

Force est de constater qu'aucun système n'est infaillible. Les frontières de l'UE étant de plus en plus difficiles à franchir à l'ouest de la Méditerranée, les flux d'entrée des migrants se sont déplacés vers les points moins surveillés de l'ensemble régional. Les anciens pays communistes d'Europe de l'est ont un temps été suffisamment poreux pour réorienter les flux. Dernièrement, la Grèce a défrayé la chronique en entamant la construction d'un mur sur sa frontière avec la Turquie,(8) région devenue le point d'entrée majeur dans l'UE. Quand on ne passe pas d'un côté, on essaie de passer d'un autre, si bien que certains états se sont spécialisés dans le transit de clandestins, c'est le cas de la Guyane par exemple.


Et enfin les pays riches, s'ils développent un discours de fermeté contre l'immigration, sont bien conscients que les contraintes économiques et les réalités démographiques ne peuvent s'affronter sans les migrants. Ces derniers obtiennent d'ailleurs souvent plus vite du travail que des papiers. Main d'oeuvre bon marché, ils sont pour certaines entreprises, une alternative à la délocalisation et font vivre des pans entiers de l'économie (bâtiment, restauration , services à la personne). On se souvient de l'opération menée aux Etats-Unis avec succès le 1er mai 2006 du "Great American Boycott" au cours de laquelle les immigrants légaux ou illégaux, latinos très souvent, répondirent à l'appel de nombreuses associations en faisant journée morte (pas d'achat, pas de travail, pas d'école) afin de montrer leur poids économique et social. Cette opération fut imitée en France avec moins de succès le 1 mars 2010 sous le nom "Une journée sans nous".


Impossible également d'ignorer les évolutions démographiques. Les pays du Nord vieillissent, la main d'oeuvre immigrée permet aux pays européens les plus concernés par le manque de dynamisme démographique (Italie, Allemagne) de combler le déficit de jeunes adultes qui pèse sur le marché du travail.

Derrière des discours fermes et parfois xénophobes, au délà des barrières et des flotilles de surveillance des côtes, la politique prend simultanément la voie opposée de l'ouverture. Ainsi, le Pacte européen sur l'immigration signé en 2008 reconnait que les états de l'UE doivent accueillir des immigrés. Catherine Wihtol de Wenden (9) qualifie cette posture de schizophrène entre la manipulation des opinions à des fins électorales et les nécessités de sauver les populations des pays riches de leur propre décrépitude, les pays riches de la planète s'enferment dans un double discours qui fait toutefois payer une bien lourde addition aux migrants de la planète.

Le mur sur la frontière Etats-Unis/Mexique rend hommage aux
migrants qui ont perdu la vie en tentant de passer la frontière.

* Un grand merci à Iris pour la traduction !

notes :
(1) Ils publient un album- illustré sous le titre "Sibérie m'était contée" en 2004.
(2) Ramon Chao, galicien, longtemps directeur de RFI Amérique Latine, s'installe en France en 1956.
(3) Manu Chao est très impliqué dans le projet de la "Colifata" radio qui émet depuis un hopital psychiatrique de Buenos Aires.
(5) Les collections de l'histoire, "les grandes migrastions" en présente un panorama trsè complet.
(6) voir sur l'histgeobox, l'article consacré à "American land" de Bruce Springsteen.
(7) Chiffres tirés de l'entretien vec Catherine Wihtol de Wenden das les collections de l'histoire sur "les grandes migrations".
(8) se reporter éventuellement à l'article de Rue 89 qui évoque la construction de ce mur comme résultat des stratégies de contournement des poits de contrôle par les migrants.
(9) Voir l'entretien donné aux collections de l'histoire, "les grandes migrations".


Bibliographie, sitographie :
Les Atlas de l'Histoire, "Atlas de la Méditerranée", 2010.
Catherine Wihtol de Wenden, "Atlas mondial des migrations", Autrement, 2009.
Les collections de l'histoire, "Les grandes migrations", 2009
Carto, le monde en cartes, "Un monde sans frontières", septembre-novembre 2010.
Le monde diplomatique, "l'Atlas".


Le site de l'Organisation Internationale des migrations.
Le site de la CNHI.
La cartothèque en ligne du monde diplomatique.
la cartothèque de Sciences Po consacrée aux migrations.


Un entretien mené par Aug auprès de G.P. Effa à propos de son livre "Nous, enfants de la tradition".

jeudi 13 janvier 2011

227. Léo Ferré: "L'affiche rouge" (1959)

La participation des étrangers et des immigrés dans la Résistance fut longtemps minorée. Plusieurs éléments expliquent cette situation: dans le contexte troublée de 1939, les étrangers fixés en France ont tendance à taire leurs origines. En outre, de nombreux réfugiés politiques, ayant participé à la Résistance dans le cadre de la lutte antifasciste, regagnent leurs pays à la Libération. Enfin, la Résistance tente de faire vibrer avant tout la fibre patriotique et craint de prêter le flanc à la propagande vichyssoise prompte à dénoncer l'influence pernicieuse des étrangers au sein des organisations clandestines. Pourtant, qu'il s'agisse d'anciens des Brigades internationales, d'exilés antinazis allemands et autrichiens, de prisonniers de guerre soviétiques, d'Italiens antifascistes, de réfugiés républicains espagnols, l'engagement actif des étrangers dans la Résistance doit être réévalué. Pour beaucoup la résistance s'impose comme une nécessité autant qu'un choix et prolonge les combats entamés avant guerre au sein des Brigades internationales ou au début du conflit pendant la campagne de France (100 000 étrangers incorporés dans l'armée française). Les républicains espagnols par exemple comptent parmi les premières victimes du régime de Vichy qui les considère comme des "rouges" à neutraliser grâce aux internements dans des camps de main d'œuvre immigrée ou en les envoyant travailler en Allemagne, voire en les déportant (8000 à Mauthausen). On compte parmi ces résistants de nombreux juifs, étrangers mais aussi Français, rapidement convaincus de la nécessité de la lutte contre un régime antisémite qui épaule avec zèle l'Occupant dans sa politique de persécution. Il en va de même pour les Arméniens, hantés par le souvenir du génocide perpétré par les autorités ottomanes au cours de la grande guerre.

Nombre d'immigrés se dotent d'organisations nationales propres à l'instar des Polonais du Nord de la France (POWN, PKWN) ou des Espagnols dans le Sud Ouest (UNE). Beaucoup d'autres s'engagent auprès d'organisations résistantes françaises, en particulier au sein des FTP-MOI (Main d'œuvre immigrée) communistes.

Henri Krasucki lors de son arrestation en mars 1943. La famille quitte la Pologne et le régime antisémite de Pilsudski à la fin des années 1920. Militant à la CGTU, il poursuit son action pendant le conflit et dirige l'organisation des jeunes de la section juive de la MOI. Arrêté en mars 1943, il est déporté à Auschwitz et Buchenwald. De retour de déportation, il accède à la tête de la CGT en 1982.

Depuis l'entrée en guerre, le PCF et ses militants se trouvent dans une position délicate en raison du pacte de non-agression germano-soviétique. C'est avec l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie le 21 juin 1941 que le Parti Communiste Français entre en résistance même si des militants ont déjà franchi le pas à titre individuel dès la capitulation. Le parti engage alors la lutte armée grâce à des militants déterminés, rassemblés au sein des Francs Tireurs et Partisans (FTP) qui, sous la direction de Charles Tillon, unifient les différents groupes d’action initiés par le PCF au début de 1942. Les FTP rassemblent ainsi dans les deux zones des partisans de l’action immédiate dans une lutte de guérilla.
Ces groupes, regroupant tout au plus quelques centaines de militants, commettent des attentats spectaculaires. L'option de la lutte armée coûtera très cher aux militants du parti dont l'esprit de sacrifice, le courage, la détermination forcent le respect, à l'instar des FTP-MOI qui retiennent ici notre attention.

En 1939, Missak Manouchian demande à être mobilisé dans l'armée française. Cliché pris en 1940 lors d'une permission.

* De la "Main d'Oeuvre étrangère" aux FTP-MOI.

La Main-d'œuvre étrangère, puis Main d'œuvre immigrée (MOI) est une des structures créées par le PCF en 1925 pour organiser par groupe de langue les ouvriers immigrés, appelés en nombre pour la reconstruction de la France de l'entre-deux-guerres. On y compte des groupes italiens, espagnols, polonais, tchèques, russes, yiddishs, arméniens. Chaque groupe se dote de publications en langues maternelles, mais aussi d'associations culturelles, sportives ou de jeunesse. La MOI s'impose donc comme un instrument d'intégration sociale essentielle pour de nombreux travailleurs d'origine étrangère.
Dissoute durant la drôle de guerre, la MOI se reconstitue dans la clandestinité à l'été 1940 et permet la participation des immigrés et des étrangers à la Résistance. Les groupements nationaux éditent des journaux clandestins en langues étrangères. Ceux en langue allemande développent des propos défaitistes à l'attention des soldats de la Wehrmacht. Placée sous la tutelle du PCF, la MOI intègre en 1942 la structure combattante du Front national, les FTP, Francs-Tireurs et Partisans.
En région parisienne, la FTP-MOI s'organise en quatre détachements: un détachement de Roumains et de Hongrois (majoritairement juifs), un autre exclusivement composé de "juifs", un groupe italien et un quatrième mixte, composé principalement d'Arméniens et de républicains espagnols.

Hors de Paris, d'autres villes abritent des groupes de FTP-MOI. La "35è brigade", dirigée par Marcel Langer, perturbe l'approvisionnement de l'armée allemande dans la région de Toulouse. Ci-dessus, un attentat de la 35è brigade FTP-MOI contre des convois de transport allemand à Toulouse en février 1943.
A Lyon, une centaine de membres de tous horizons (Polonais, Espagnols, Italiens, Hongrois, Roumains, Autrichiens, Allemands, Français) animent le groupe "Carmagnole" et perpétuent 34 attentats contre des Allemands.


* Des actions de guérilla multiples.
En 1942 à Paris, le Parti communiste est largement décimé et la soixantaine d'immigrés des FTP-MOI sont les derniers à mener la guérilla urbaine du Parti dans la capitale. Cette résistance militaire se distingue par son activisme (92 attaques au cours des six premiers mois de l'année 1943, 17 en août, 14 en septembre). Par exemple, le 2ème détachement juif dirigé par Meier List multiplie les actions contre les autorités occupantes ou les milieux collaborationnistes: attaque contre un restaurant réservé aux officiers allemands Porte d'Asnières (17è), attaque à la grenade d'un car transportant des soldats officiers de la Kriegsmarine le 3 juin rue Mirabeau (16ème)...

* Le BS2, fleuron de la collaboration policère.
La Gestapo et la police française engagent de conserve la traque des "terroristes" de la MOI dont le combat renforce l'insécurité des troupes de la Wehrmacht et contribue à mobiliser l'opinion. La collaboration entre nazis et policiers français est totale comme l'atteste la signature d'un accord le 8 août 1942 entre René Bousquet, secrétaire général de la Police française, et Karl Oberg, chef supérieur de la SS et de la police allemande en France. Ainsi la BS2, brigade spéciale de la préfecture de police de Paris se spécialise dans la répression "des terroristes", en particulier la chasse aux FTP-MOI grâce à un système de filature très élaboré. Après l'identification des personnes filées, les policiers doivent les "loger", c'est-à-dire repérer leurs planques. Après l'arrestation des partisans, les interrogatoires d'une rare violence doivent fournir des renseignements sur les membres de l'organisation clandestine et son fonctionnement.

René Bousquet (de face) en pleine discussion avec Karl Oberg (de dos à droite) en 1942.

La BS2 lance trois grandes vagues d'arrestations au cours de l'année 1943.
La première débute en janvier et vise l'organisation politique de la jeunesse juive qui compte alors près de deux cents membres en région parisienne. Le 17 mars 1943, les BS interpellent 57 membres des Jeunesses communistes juives, dont Henri Krasucki, responsable de l'organisation des jeunes et futur responsable de la CGT. Tous sont déportés.
La deuxième filature débute en avril 1943 et conduit à l'arrestation de la plupart des membres du 2ème détachement de la MOI, la branche juive, dirigée par Meier List, arrêté avec 70 autres militants fin juin.

Meier List milite jeune dans les organisations ouvrières polonaises. membre des Brigades internationales, il rejoint pendant la guerre l'Organisation spéciale-Moi puis, en 1942, le 2ème détachement des FTP-MOI dont il devient le responsable militaire. Arrêté le 29 juin 1943, il est condamné à mort et fusillé le 2 octobre.

Désormais la brigade spéciale possède une assez bonne connaissance des structures et du fonctionnement de la MOI ce qui impose à celle-ci une réorganisation. Deux détachements spécialisés remplacent les quatre précédents. Le premier groupe se charge des déraillements (12 au total entre le 10 juillet et le 23 octobre sur les trains partant de la gare de l'est vers l'Allemagne), alors que le second mène des opérations coups de poing. Marcel Rayman et Missak Manouchian dirigent ce groupe et mettent en œuvre près de 70 attentats de juillet à octobre 1943: exécution de deux policiers allemands à Argenteuil, deux soldats allemands porte d'Ivry, deux autres rue de la Harpe à Paris le 3 septembre; attaque contre un convoi allemand à Stains le 8, attaque à la grenade dans une réunion du Parti Populaire Français rue Lamarck deux jours plus tard, déraillement d'un train allemand entre Paris et Troyes le 13 septembre. Mais le point d'orgue de ces actions reste sans doute l'exécution en pleine rue par les hommes de Manouchian (Celestino Alfonso, Spartaco Fontano, Marcel Rayman) de Julius Ritter, plénipotentiaire au recrutement et à l'emploi de la main d'oeuvre (le responsable du STO en France), le 28 septembre 1943.

Militant du parti communiste polonais clandestin, Joseph Epstein s'exile en France dans les années trente avant de combattre en Espagne au sein des Brigades Internationales. Engagé dans l'armée française, il est arrêté, mais parvient à s'échapper. Il contribue à la réorganisation du Parti Communiste et dirige à partir de mai 1943 tous les FTP d'Ile de France. Arrêté avec Manouchian le 16 novembre 1943, le "colonel Gilles" est fusillé le 11 avril 1944 au Mont Valérien.

* L'arrestation du "groupe Manouchian".
La situation des rescapés MOI des deux premières filatures devient vite intenable tant les BS2 traquent leurs faits et gestes. Conscient que la capitale était devenue une souricière, le chef militaire des FTP-MOI de la région parisienne, Boris Holban demande d'ailleurs à la direction du PCF à transférer en province le groupe, le temps de "couper les filatures". Au contraire, il lui est demandé d'intensifier l'action militaire, ce qui entraîne son remplacement par Manouchian en juillet 1943.
La troisième filature dirigée par la BS2 débute le 26 juillet et aboutit à 68 arrestations, dont celles de Manouchian et son supérieur Joseph Epstein, responsable FTPF pour l'Ile de France, à Evry-Petit-Bourg le 16 novembre 1943. Remis par les policiers français aux autorités allemandes, 45 d'entre eux sont déportés en Allemagne.

Boris Holban, alias "Olivier", devient le chef militaire des FTP-MOI de Paris jusqu'à son remplacement par Manouchian en juillet 1943.

* Le "procès".
Manouchian et vingt-deux de ses camarades sont livrés aux nazis qui décident de l'organisation d'un procès à grand spectacle, conçu comme un outil de propagande contre la Résistance. A l'heure où l'issue du conflit leurs semblent de moins en moins favorable, les services de la propagande allemande veulent reprendre l'offensive contre les résistants assimilés à des criminels étrangers, à la solde des ennemis de la France.
Le 19 février 1943 s'ouvre donc le procès devant la cour martiale du tribunal allemand installé à l'Hôtel Continental rue de Rivoli. Les vingt trois accusés comparaissent, sans défense. Le verdict ne fait aucun doute et la sentence de mort prononcé est sans appel. Si les débats se déroulent à huis clos, l'occupant et l'Etat français mobilisent tous les médias afin de donner l'écho le plus large possible à ce simulacre de justice. Presse écrite, radios, actualités cinématographiques (voir sources) couvrent les à côtés du procès, affichages. Les vingt-trois, condamnés à mort, sont fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944. Olga Bancic, seule femme du groupe, sera décapitée à la prison de Stuttgart le 10 mai 1944.

"L'Armée du crime", une des nombreuses brochures éditées lors du procès pour stigmatiser les "terroristes" de la MOI.



* L'affiche rouge.

Les forces d'occupation placardent l’affiche, de grand format (120 x 80 cm), sur les murs de très nombreuses villes. Éditée à près de 15 000 exemplaires, elle coûte très cher à réaliser compte tenu de l'insertion des photos (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Dans ce cadre, le Centre d'études antibolcheviques, paravent de la Propaganda Abteilung, édite "l'affiche rouge", placardée sur les murs des villes de France au lendemain de l'exécution des membres du groupe Manouchian. Y apparaissent les boucs émissaires traditionnels de Vichy et de l'Occupant: "les "Juifs", les "étrangers" et les "communistes".

Quelques jours avant le procès, après avoir subi des tortures, les accusés ont été photographiés dans une cour de la prison de Fresnes. Ce sont ces portraits que l'on retrouve sur l"affiche.

De grand format, cette affiche est conçue selon une mise en page agressive qui veut faire peur et souligne l’aspect criminel des résistants arrêtés. La couleur rouge (celle du sang, du communisme) domine l'affiche. A la question "les libérateurs" située en haut du document répond « la Libération par l’armée du crime » en bas de l'affiche, qui se conçoit donc comme une démonstration.
Le message est limpide: étrangers, juifs et communistes se livrent, en France, à des activités criminelles, en prétendant agir pour la libération du pays. 10 photos de résistants arrêtés s'insèrent dans un large triangle qui forme une flèche pointant les atrocités imputées à ces hommes. Sous chaque portrait figure le nom à consonance étrangère, la religion pour les seuls juifs et/ou son appartenance politique s’il s’agit d’un communiste, enfin le nombre d’ « attentats » imputable à chacun.
La flèche pointe des photos montrant un arsenal, des corps criblés de balles, des trains déraillés.
Il s’agit de démontrer que les résistants sont des terroristes et des assassins. Le propos est tout entier centré sur la dénonciation du "complot de l'anti-France".

Verso d'un tract reprenant l’« Affiche rouge », 1944 (coll. Musée de la Résistance nationale). Y figure un texte violemment raciste et antisémite: " Voici la Preuve, Si des Français pillent volent/sabotent et tuent. Ce sont toujours des étrangers qui les commandent . Ce sont toujours des chômeurs et des criminels qui exécutent. Ce sont toujours les Juifs qui les inspirent. C'EST L'ARMÉE DU CRIME CONTRE LA FRANCE." Il s'agit de manipuler l'opinion en jouant sur la peur en laissant croire aux Français que les soi-disant « résistants » sont en fait tous des étrangers, à la solde des ennemis de la France (l'URSS notamment).

L'affiche use de la photo pour stigmatiser l'adversaire plutôt que la caricature ou le dessin traditionnellement utilisés. Les symboles (le V de la victoire) et la rhétorique ("libérateurs", "libération") chers à la Résistance sont détournés afin de la discréditer.

Marcel Rayman. Sa famille quitte la Pologne dans les années 1930. Il milite à l'Union des jeunes juifs animée par Henri Krasuscki avant d’intégrer en 1942 la FTP-MOI. Ses dons de tireur l'impose à la tête de "l'équipe spéciale" en charge des actions les plus spectaculaires telles que l'exécution de Ritter le 28 septembre 1943. Arrêté le 16 novembre 1943, il est fusillé au Mont Valérien le 21 février.

Il reste très difficile de connaître l'impact véritable de cette affiche sur l'opinion publique française. Mais en permettant d'humaniser des membres de "l'armée des ombres", elle aboutit pour beaucoup à l'effet inverse de celui rechercher. Aussi, une des publications clandestines du PCF, Les Lettres françaises, prêtent, en mars 1944, cette réaction à une femme devant l'affiche: "ils ne sont pas parvenus à leur faire de sales gueules."

La lettre de Manouchian à Mélinée (cliquez sur l'image pour l'agrandir). A lire ici.

* La mémoire.
Au fil du temps, l'affiche se grave dans la mémoire des français au point de symboliser l'engagement résistant, triomphe posthume de combattants que l'affiche devait à l'origine stigmatisée. L'engagement et le combat des FTP-MOI inspirent dans les années d'après guerre les artistes.
A l'occasion de l'inauguration en 1955 ("onze ans déjà") à Paris, dans le 20è arrondissement, d'une rue portant le nom du « Groupe Manouchian », Louis Aragon rédige un poème en hommage aux résistants de « l'affiche rouge ». Strophes pour se souvenir, inspiré de la dernière lettre écrite par Missak Manouchian à sa femme Mélinée, est publié dans Le roman inachevé en 1956. Le poème a ici une fonction mémorielle. Il faut rappeler le sacrifice de ces héros pour ne pas l'oublier.
La propagande de Vichy cherchait à faire de ces résistants des terroristes. Au contraire Aragon insiste sur l'héroïsme de ces hommes qui n'avez pourtant réclamé ni "la gloire ni les larmes". En utilisant la lettre de Manouchian à sa femme, le poète joue sur l'émotion et contribue à humaniser le résistant, qui meurt "sans haine (...) pour le peuple allemand". Sans esprit de vengeance, "la justice viendra sur nos pas triomphants". Les images de noirceur et de mort laissent place à l'espoir, "un grand soleil d'hiver" balaie "la couleur uniforme du givre".
La deuxième strophe du poème évoque l'affiche rouge. L'auteur identifie avec finesse l'objectif de la propagande allemande qui cherche à mettre au pilori les 23 en jouant sur les mines patibulaires des 10 de l'affiche que l'on venait d'extraire de prison après les avoir brutalisés. Le document devait susciter la peur des passants alimentant la xénophobie supposée de Français heurtés par les noms "imprononçables" des accusés.
Aragon déconstruit ce discours dans les derniers vers du poème.
Au moment de mourir, les 23 crient "la France", devenue le symbole de la résistance au nazisme. Au delà de la nationalité et de la religion, ces héros, "étrangers et nos frères pourtant", luttent contre l'oppression.
En 1959, Léo Ferré met le poème en musique sous le titre de "l'affiche rouge" dont il livre une interprétation poignante.

Le poème Légion de Paul Eluard rend à son tour hommage aux FTP-MOI. "Ces étrangers d'ici qui choisirent le feu / Leurs portraits sur les murs sont vivants pour toujours / Un soleil de mémoire éclaire leur beauté / Ils ont tué pour vivre ils ont crié vengeance."

Missak Manouchian naît à Adyaman en 1906. Le génocide perpétré par les armées turques lors de la première guerre mondiale décime sa famille. Il trouve alors refuge dans un orphelinat en Syrie avec son frère. En 1924, il s'installe en France. Tourneur aux usines Citroën, Manouchian, profite de ses moments libres pour fréquenter les "universités ouvrières" développées par les syndicats la CGT. Il fonde deux revues littéraires, Tchank ("l'Effort"), puis Machagouyt ("Culture") et écrit des poèmes. En 1934, il adhère au PCF et intègre le groupe communiste arménien rattaché à la MOI dont il dirige le journal. Tôt engagé dans le combat contre l'occupant nazi, il devient en juillet 1943 le chef militaire du groupe parisien des FTP-MOI. Capturé en novembre, il est fusillé au Mont Valérien le 21 février 1944.

Après l'exécution, les membres du groupe sont inhumés à proximité du Carré des fusillés du cimetière parisien d'Ivry. Familles et associations d'anciens résistants entretiennent la mémoire de ces hommes et de leurs luttes. Un buste de Missak Manouchian est par exemple inauguré dans le cimetière d'Ivry en 1978. Il porte le nom des fusillés du 21 février 1944: Missak Manouchian (Arménien), Joseph Boczov (Hongrois), Marcel Rayman (Polonais), Celestino Alfonso (Espagnol), Olga Bancic (Roumaine), Georges Cloarec (Français), Roger Rouxel (Français), Robert Witchitz (Français), Rino Della Negra (Italien), Spartaco Fontano (Italien), Césare Luccarini (Italien), Antoine Salvadori (Italien), Amédéo Usséglio (Italien), Thomas Elek (Hongrois), Emeric Glasz (Hongrois), Maurice Fingercwajg (Polonais), Jonas Geduldig (Polonais), Léon Goldberg (Polonais), Szlama Grzywacz (Polonais), Stanislas Kubacki (Polonais), Willy Szapiro (Polonais), Wolf Wajsbrot (Polonais), Arpen Lavitian (Arménien).

Empruntons les dernières lignes au Musée de la Résistance Nationale: "Sans équivalent dans les autres pays occupés en Europe, l'"Affiche rouge" prend place, au fil des années, comme une icône majeure de la Résistance française: un paradoxe au regard de sa fonction initiale. L'affiche tisse le linceul de gloire de résistants qu'elle voulait stigmatiser, impose dans notre mémoire nationale le souvenir de la place éminente prise par des "étrangers" dans la libération de la France [...]."



Strophes pour se souvenir

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant


Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Louis Aragon, Le roman inachevé
Editions Gallimard, 1956.
Les strophes en italique sont directement inspirées de la lettre de Manouchian à sa femme Mélinée.


Sources:
- Un riche livret d'Adam Rayski consacré aux FTP-MOI et à l'affiche (édité par la ville de Paris et téléchargeable ici).
- Laurent Dozou: "La Résistance. Une morale en action", Découvertes Gallimard, 2010.
- Stéphane Courtois: "le groupe Manouchian", article paru dans Le Monde du 2 juin 1985.
- Un dossier (PDF) trouvé sur le site de la ville d'Ivry sur Seine.
- Le dossier pédagogique, conçu par le Musée de la Résistance Nationale, accompagnant le film "l'Armée du crime " de Robert Guédiguian. On y trouve notamment de courtes biographies des 23.
- Le groupe Marat s'intéresse aux poèmes inspirés par l'affiche rouge.
- Un reportage concernant l'arrestation de cette bande de "communo-terroristes".

Liens:
- Une foule de liens savamment sélectionnés par Daniel Letouzey sur son Clioweb.
- Documentaire de Jorge Amat et Denis Peschanski: "La traque de l'Affice rouge". Visible sur Daily Motion (4 épisodes).

Bonus:
Une mise au point sur le rôle des étrangers dans la Résistance (entretien avec Denis Peschanski

dimanche 9 janvier 2011

Les hymnes ont une histoire (III) "You'll Never Walk Alone" : l'hymne du Liverpool Football Club



Ce billet vous propose de découvrir la longue, tortueuse et riche histoire d'un hymne. Pas un hymne national (quoique), mais un hymne disputé, revendiqué, contesté dans le vaste rectangle vert d'une gigantesque assemblée qui voue un culte à un drôle d'objet, un ballon de forme ronde. Comptant de nombreux adeptes de par le monde, elle est particulièrement puissante outre-Manche. C'est d'ailleurs là que l'hymne en question est l'objet de convoitises et de tentatives d'appropriations conflictuelles.


La route du succès emprunte parfois des voies inattendues...


1. De Broadway aux rives de la Mersey.


1945, le Magic Theatre de Broadway accueille une nouvelle comédie musicale appelée à connaître un immense succès : "Carousel". Créée d'après un livret de Oscar Hammerstein II et mis en musique par Richard Rogers, "Carousel" compte une histoire d'amour tragique, née en Nouvelle Angleterre à la fin du XIXème siècle, autour d'un manège, entre Julie, une jeune ouvrière, et Billy Bigelow, forain.

Bien qu'amoureux, Billy délaisse la douce Julie pour s'enivrer des plaisirs de la vie jusqu'au jour où la perspective de devenir père lui fait commettre l'irréparable. Pour apporter rapidement de l'argent au ménage il s'embarque dans un mauvais coup qui se termine mal et, désespéré se suicide.
Après une longue période au purgatoire , il lui est heureusement proposé de se racheter et de gagner sa place au paradis en revenant sur terre pour améliorer le sort de sa femme et celui de sa fille mises à l'écart des autres de par sa mauvaise réputation.





"Carousel" est un succès (890 représentations jusqu'en mai 1947) et sera repris de nombreuses fois sur les scènes états-uniennes et européennes, à Londres en particulier. En 1956, une adaptation cinématographique est tournée sous la direction d'Henry King (il réalise également l'adaptation, avec Tyrone Power et Ava Gardner, du livre d'Hemingway "Le soleil se lève aussi").
En 2006, l'acteur Hugh Jackman s'est porté acquéreur des droits de la comédie musicale qui devrait faire prochainement l'objet d'un remake (Anne Hathaway pourrait y incarner Julie et Hugh Jackman garderait celui de Billy Bigelow). Une belle réussite donc.




1963, Liverpool. La ville est gagnée par des rythmes nouveaux venus de l'autre rive de l’Atlantique. C'est d'abord la folie skiffle : avec une guitare, un banjo, une planche à lessiver et un manche à balai des groupes se constituent dans toute la ville. L'un d'eux, The Quarrymen, est d'ailleurs emmené par un certain John Lennon.(1) Puis, les instruments un peu étranges tombent en désuétude; la guitare électrique fait une entrée triomphale dans le monde de la musique. Liverpool prend un coup de jus : le Merseybeat est né. Evidemment on pense aux Beatles qui s'installent très vite en haut des hits parades. Mais d'autres groupes les suivent, appelés à un avenir, certes plus éphémère, mais toutefois intéressant, au moins pour l'un d'entre eux : Gerry and the Pacemakers.





Le groupe se forme en 1959 autour de la fratrie Marsden, composée de Gerry et Fred et est managé par un certain Brian Epstein (2). Leur premier tube "How do you do it?" atteint la plus haute place des hits en mars 1963. Ils enchainent avec un autre 45 tours en mai intitulé "I like it" qui connait le même succès. En octobre 1963, ils récidivent et décrochent de nouveau la plus haute place des charts avec une reprise d'un des titres de la comédie musicale "Carousel" : "You'll never walk alone". C'est là où s'établit le rapport avec le protège-tibia, la chaussure à crampons et le maillot mouillé. Mais avant de le dévoiler complètement, prenons connaissance de cette émouvante chanson.

When you walk through a storm,
Quand tu traverses une tempête
hold your head up high,
garde la tête haute
and don't be afraid of the dark;
et n'aies pas peur du noir
at the end of a storm there is a golden sky
au bout de la tempête il y a un ciel doré
and the sweet silver song of a lark.
le doux chant argenté d'une alouette.

Walk on through the wind,
Traverse le vent
walk on through the rain,
traverse la pluie
tho' your dreams be tossed and blown.
bien que tes rêves soient ballotés et emportés.

Walk on, walk on with hope in your heart,
marche, continue de marcher avec l'espoir au coeur
and you'll never walk alone,
et tu ne marcheras jamais seul
you'll never, ever walk alone.
tu ne marcheras plus jamais seul
Walk on, walk on with hope in your heart,
marche, continue de marcher avec l'espoir au coeur
and you'll never walk alone,
et tu ne marcheras plus seul
you'll never, ever walk alone.
Tu ne marcheras plus jamais seul.


2. Des planches aux vestiaires...


Mais voilà que notre chanson emprunte une nouvelle route vers le succès populaire. Restons à Liverpool en 1963. La ville chaloupe au rythme du Merseybeat et des Beatles. Mais Liverpool sait aussi vibrer à celui des passes, des coups de têtes et des buts. Pour cette seule ville, deux clubs de football se partagent l'audience : le L.F.C (Liverpool Football Club) aux couleurs rouges et blanches et d'obédience protestante d'une part; d'autre part, Everton paré de bleu, affilié davantage aux catholiques. Les derbys sont fatalement l'occasion d'exacerber ces tensions au stade.




Emblème du Liverpool Football Club placé
au dessus de l'escalier qu'empruntent les
joueurs vers le pelouse. Le toucher porte
bonheur. Dessus le rouge, le blanc et le
Liverbird. (Photo Vservat)
Les deux clubs sont implantés dans les faubourgs de la ville depuis la fin du XIXème siècle (1878 pour Everton, 1892 pour Liverpool). La ligue de Football anglaise naît,pour sa part, en 1888.


Comme tout club de foot, Liverpool connut des hauts et des bas. Les années 50 sont plutôt une période difficile ; le club évolue alors en 2° division. A croire que l'histoire se répète, alors que le premier manager du club était un écossais nommé McKenna, c'est de nouveau grâce au petit voisin du nord, que le Liverpool Football Club va sortir de l'impasse. En effet, en décembre 1959, l'écossais William Shankly, signe pour entraîner l'équipe et, en l'espace de 4 ans, les joueurs deviennent champion d'Angleterre pour la 6° fois. La saison suivante le LFC décroche la FA cup (Football Association Cup) et également une place en demi finale de la coupe d'Europe.


L'époque des débuts de Shankly n'a pourtant, en coulisses, rien d'un "golden age". Les installations du club, stade et terrain d'entrainement sont en piteux état, tant et si bien que l'entraîneur va miser sur la cohésion humaine de l'équipe plutôt que sur son confort matériel. Ainsi, il instaure rapidement des rituels permettant de la souder : repas pris en commun après l'entraînement, trajets collectifs en bus d'Anfield (3) à Melwood (4), place imposée dans le vestiaire de façon à ce que les joueurs se lient les uns aux autres en fonction de leur place sur le terrain etc. Il faut croire que la recette a fonctionné aussi bien pour ce qui concerne les résultats que pour la postérité.


Bill Shankly est l'objet d'un véritable culte à Liverpool. Resté 15 ans manager de l'équipe, il a aujourd'hui sa statue à l'entrée du stade d'Anfield, une porte à son nom. Ceci dit, Bill Shankly n'était ni chanteur, ni membre de Gerry and the Pacemakers...Pourtant c'est visiblement grâce à lui que cette chanson a fini par devenir l'hymne officiel du Liverpool Football Club, entonné par des milliers de supporters à chaque match, à l'extérieur et encore plus à domicile : this is Anfield.


Le vestiaire des joueurs au stade d'Anfield aujourd'hui. L'esprit
et les méthodes de Bill Shankly n'ont pas disparu. Confort
sommaire et placement des joueurs selon leur place sur le
terrain (ici les attaquants et les milieux de terrain).
(photo Vservat)
3. Jusqu'aux tribunes du stade d'Anfield.

Main Stand, Anfield. Les
sièges sont encore de
bois. (photo VServat)
C'est dans cette phase ascendante pour le Liverpool Football Club que Merseybeat et ballon rond vont s'unir à Anfield, le stade du club, situé au nord est du grand port anglais. Il existe depuis 1884 et fut, à l'origine utilisé par l'équipe d'Everton qui l'abandonna rapidement.

La tribune principale (Main Stand) aménagée en 1895, fut refaite en 1973. Mais les supporters les plus fervents du club investissent surtout la tribune située à droite, baptisée "the Kop Stand", ou simplement, le Kop. Construite en 1906, elle fait face à l'Anfield Road Stand plus "jeune" de 3 ans, et porte le nom d'une coline d'Afrique du Sud (précisément dénommée Scion Kop) sur laquelle un régiment de soldats liverpuldien fut décimé lors de la guerre des Boers. Elle peut alors accueillir 30 000 spectateurs debout (depuis 1994, suite au hooliganisme, et à la tragédie de Hillsborough (5) qui affecta les supporters de Liverpool, la tribune ne contient plus que 12 000 places assises). C'est une tribune populaire, sur laquelle Billy Shankly veillait comme une poule sur ses oeufs aussi bien en raison de ses idées travaillistes (6) que par un profond respect pour ses membres et le souci d'assurer à son équipe une armada de supporters capable de la porter aux nues (7). Ainsi, il morigéna un policier qui eut l'outrecuidance de renvoyer dans les tribunes une écharpe lancée sur la pelouse par un fan du club au moment d'un tour d'honneur, considérant ce geste comme un outrage à la ferveur du propriétaire envers son équipe.
Le blason du club sur le mur
extérieur de la tribune du Kop.
(Photo Vservat)

La tribune du Kop vue de Main Stand à Anfield.
(photo Vservat)

























Revenons en 1963. Gerry Marsden rencontre Shankly qui a un coup de coeur pour sa reprise du "You'll never walk alone" de "Carousel". Le titre est alors en devenir, il n'est pas encore commercialisé. Une fois sorti comme single, il sera joué dans l'enceinte d'Anfield, qui emploie alors un DJ. Il est, en effet, de coutume à l'époque de faire monter l'ambiance dans les tribunes avant le match en diffusant les 10 premières chansons en tête des hits parades. Les goûts de Shankly et ceux des supporters du Kop vont sceller le destin de notre chanson. Restée de nombreuses semaines en tête des hits parades, elle est entonnée avec ferveur dans les tribunes. Elle descend dans le classement puis disparait....mais au Kop d'Anfield, on continue de la chanter. Shankly ne peut que suivre : "You'll never walk alone" devient l'hymne officiel du club, le titre, sa devise.


Lorsque l'entraîneur mythique de Liverpool décède en septembre 1981, les supporters lui rendent hommage en chantant solennellement cette chanson de comédie musicale devenue l'hymne des Reds, pour lui dire au revoir. La Grille des Shankly Gates à Anfield est ornée des quelques mots du titre si proche de l'esprit qui anima l’entraîneur écossais.




Des planches de Broadway, au Kop d'Anfield Stadium, "You'll never walk alone" a su trouver une route surprenante vers la postérité. La force simple de ses paroles qui appellent à l'union dans les moments de doute a séduit d'autres clubs de foot et d'autres tribunes, chaque club revendiquant de l'avoir, en premier, adopté pour hymne (8). Pourtant, en entendant les supporters de Liverpool et la tribune du Kop le chanter (ici en deux versions, l'une lors d'un match de championnat contre Chelsea- le choix d'Aug- et, pour commémorer les 20 ans de la tragédie d'Hillsborough par Gerry Marsden lui même), il n'est guère permis de douter de l'osmose qui s'opère entre les scousers (9) et ce tube des sixties.


La version championnat anglais :





La version de Gerry Marsden et d'Anfield pour la 20ème commémoration de la tragédie d'Hillsborough :





Un petit rappel des dates clés du L.F.C. :

1884 : Construction du stade d'Anfield.
1892 : naissance du Liverpool Football Club
1901 : premier titre de chamion d'Angleterre (il y en aura 17 autres).
1959 : William "Bill" Sahnkly devient manager du LFC.
1964 : Champion d'Angleterre.
1965 : première FA cup
1966 : champion d'Angleterre.
1973 : réfection du stade d'Anfield et de la tribune principale "main Stand" et premier titre en ligue Europa.
1977 : premier titre en ligue des champions.
1985 : Le Heysel. Affrontement entre suporters de Liverpool et de la Juventus.
L'agression deshooligans du LFC provoque l'effondrement d'un mur du stade te la mort de 34 supporters italiens.
1989 : lors d'un matche de la FA cup à Sheffield, dans le stade d'Hillsborough, 96 supporters de Liverpool décèdent suite à des mouvements de foule et à la surcharge humaine d'une des tribunes du stade.
2005 : dernier titre en ligue des champions remporté à Istanbul face au Milan AC (après avoir été menés 0-3, les Reds parviennent à remonter et l'emportent aux tirs aux buts...).




Post Scriptum :
L'idée de cet article s'est imposée après avoir visité ce stade mythique. Bien que peu intéressée par le foot, il se dégage des lieux une énergie et une tension telles que cela emporte l'adhésion. En outre, les guides qui nous ont accompagnés des salons d'honneurs, aux vestiaires puis aux tribunes, ont su communiquer (avec un accent parfois très improbable) leur enthousiasme pour les figures du LFC, tout en arborant à la boutonnière, ce fameux esprit "Shankly" fait de modestie, de simplicité et de ferveur.

Ces quelques lignes sont aussi un clin d'oeil amical à notre collègue bloggeur, Emmanuel Grange, qui anime aussi bien les pages de la P@sserelle, que les tribunes de l'ASSE. He'll never walk alone.




Notes :
(1) Sur la naissance du skiffle et la jonction avec le Merseybeat voir aussi l'article de l'Histgeobox sur le Liverpool de Penny Lane et Strawberry Fields Forever.
(2) Brian Epstein managea aussi les Beatles jusqu'à sa mort prématurée, très jeune, à 32 ans en 1967.
(3) Anfield est le stade actuel du Liverpool Football Club.
(4) Melwood est le terrain d'entraînement du L.F.C. à l'époque. Il se situe à environ 6 km à l’ouest d'Anfield, dans le faubourg de West Derby.
(5) La tragédie de Hillsborough porte le nom du stade de football de Sheffield. Elle fit 96 victimes, le 15 avril 1989. Tous les morts sont des supporters du LFC. 4 ans après le Heysel, Liverpool enchaîne donc les catastrophes meurtrières dans les stades.
A Sheffield, une énorme bousculade a lieu dans les tribunes qui accueillent les fans des Reds. Bien que beaucoup plus nombreux que les supporters de l'équipe adverse, ils ont été guidés dans la plus petite des tribunes par la police. Or une partie d'entre eux, retenue par des ralentissements dus aux travaux sur les routes, arrive encore quelques temps avant le coup d'envoi et souhaite entrer. A l'extérieur, la foule se masse et arrive à pénétrer dans la tribune, la sécurité étant totalement débordée. Le match commencé s'arrête au bout de 6 minutes lorsque la foule tente d'échapper par tous les moyens à la pression humaine qui s'exerce dans un espace désormais saturé. De nombreuses victimes décèdent asphyxiées dans la compression. Ceux qui le peuvent trouvent leur salut sur la pelouse.
(6) Bill Shankly n'a jamais caché ses opinions politiques semble-t-il. A sa mort, une minute de silence fut observée au cours de la convention du Labour qui se déroulait à ce moment là (fin septembre 1981).
(7) Beaucoup d'anecdotes circulent sur les rapports entre Shankly et les supporters des Reds, notamment qu'il lui arrivait de téléphoner chez certains pour refaire le match de la veille ou encore d'offrir des billets à d'autres.
(8) Le Celtic de Glasgow en particulier dispute à Liverpool l'usage premier de la chanson comme hymne.
(9) Le scouser désigne aussi bien le natif de Liverpool que l'argot local.



Quelques références si vous n'allez pas demain visiter Liverpool et Anfield :
  • le site du LFC sur lequel on peut consulter la rubrique histoire.
  • en complément on peut aussi aller consulter celui d'Everton.
  • des articles fournis sur wikipedia mais en anglais (les versions françaises sont souvent atrophiées et donc moins intéressantes)
  • sur Billy Shankly, sur Anfield stadium, et sur Liverpool Football Club
  • Deux portraits de joueurs mythiques ayant évolué chez le grand rival Manchester United sur l'indispensable site Wearefootball : Eric Cantonna et Georges Best.

Quelques lectures :
  • Matthew Taylor, "Football et culture politique en Grande-Bretagne" in Y. Gastaut et Stéphane Mourlane, Le Football dans nos sociétés, Autrement, 2006.
  • Laurent Mauvignier, Dans la foule, Minuit, 2006. Un roman autour de la tragédie du Heysel.
  • Paul Dietschy, Histoire du Football, Perrin, 2010
  • Joseph M. Bradley, "Racisme et préjugé social dans le football : l'identité irlandaise en Ecosse" in Histoire et Sociétés n°18-19, juin 2006