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samedi 4 novembre 2023

"J'entends parler du Sida". Les traces musicales d'une pandémie.

Le 5 juin 1981, les médecins du Centers for Disease Control des Etats-Unis constatent que cinq homosexuels de Los Angeles souffrent d'une déficience du système immunitaire, jusque-là inconnue. (1) Les personnes sont affectées de maladies rares telles la pneumocystose et le sarcome de Kaposi, une forme de cancer de la peau, deux pathologies favorisées par l'effondrement des défenses immunitaires. On ignore alors les causes et la gravité d'une maladie que l'on nommera en 1982 Sida, pour syndrome d'immunodéficience acquise (AIDS en anglais).   

Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Après les victoires obtenues au cours de la décennie 1970 (2), les quartiers homosexuels de San Francisco ou New York revendiquent une liberté sexuelle totale. Dans les BackRooms, les pièces arrières des bars et des boîtes gays, les saunas et bains publics, il devient possible d'avoir des relations sexuelles avec de parfaits inconnus. Ces pratiques à risques favorisent la diffusion de la maladie. 

Parmi les premières victimes du sida se trouvent les DJs et acteurs du monde des clubs disco. Le producteur Patrick Cowley succombe ainsi dès 1982. Il était derrière les tubes disco de Sylvester: "You make me feel mighty real" ou "Do you wanna funk?" Six ans après la disparition de son mentor, le chanteur le suit dans la tombe, lui aussi terrassé par le Sida. Dans "le langage perdu des grues", le romancier David Leavitt dépeint cette période comme "une époque où les rues étaient envahies par un sentiment de deuil et de panique quasi palpable."

Un puissant courant conservateur s'empresse de dénoncer les lieux fréquentés par les homosexuels comme de  nouvelles Sodome et Gomorrhe. La propagation du sida au sein des communautés gays est considéré par les bigots comme un châtiment divin s'abattant sur des groupes immoraux et tarés. Or, comme dans un premier temps, le mal semble cantonné à la communauté homosexuelle, l'administration Reagan ne prend pas au sérieux une maladie que certains désignent comme un "cancer gay". 

La méconnaissance des causes et des modes de transmission de la maladie fait souffler un vent de panique et alimente la machine à fantasmes. Certains accusent les homos de transmettre délibérément le virus. Les malades sont traités comme des parias par ceux qui redoutent le simple contact avec un séropositif. Un réflexe d'ostracisation se met en place. En Allemagne, la CSU, le parti social chrétien de Bavière préconise l'enferment des malades. En France, Jean-Marie Le Pen propose une politique ségrégationniste à l'encontre de ceux qu'il désigne comme des "sidaïques" à enfermer dans des "sidatoriums". D'aucuns se persuadent que l'on peut être contaminé en touchant un malade, en buvant dans son verre, en étant piqué par un moustique ou en s'asseyant sur les lunettes des toilettes. En réalité, la transmission ne peut se faire que de la mère à l'enfant, par contact sexuel, par échange de seringues ou transfusion sanguine.

En 1989, avec "Halloween parade", Lou Reed propose une description d'un défilé s'apparentant à la Gay Pride. Il y mentionne les absents, emportés prématurément par le sida, mais aussi les conséquences sociales dramatiques de la maladie et l'homophobie rampante qu'elle alimente dans le New York des années 1980.  

Constatant une prévalence de la maladie chez les homosexuels, les héroïnomanes, les hémophiles et les Haïtiens (l'île est devenu le lupanar des gays américains), des épidémiologistes nord-américains forgent la théorie des quatre H (Héroïnomanes, Haïtiens, Homosexuels, Hémophiles). En se focalisant sur ces groupes "à risques", ils contribuent à faire du Sida "une épidémie des marges". La maladie se répand pourtant très vite et l'on découvre qu'une transmission hétérosexuelle se développe simultanément en Afrique.

En 1983, avec l'aide de l'infectiologue Willy Rosenbaum, Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Cherman, membres de l'équipe de l'Institut Pasteur de Luc Montagnier (3) identifient le virus responsable du Sida (intitulé LAV), dont on découvre qu'il se transmet par le sperme et le sang. En 1986, l'appellation VIH, Virus de l'Immunodéficience humaine, s'impose. La découverte passe inaperçue auprès du grand public, mais suscite un immense espoir chez les malades, dont l'espérance de vie s'avère alors très faible: entre trois et six mois pour les patients immuno-déficients. (4) Pour beaucoup, la nouvelle du diagnostique entraîne l'angoisse d'une transmission possible des proches et une culpabilité immense.

En février 1988, alors que la pandémie bat  son plein, Leonard Cohen chante dans un des couplets d'"Everybody knows": "Tout le monde sait que la peste arrive / Tout le monde sait qu'elle avance vite / Tout le monde sait que l'homme et la femme nus / Ne sont qu'une œuvre d'art du passé / Tout le monde sait que la scène est morte / Mais il y aura un compteur sur ton lit / Qui révélera ce que tout le monde sait". 


Des avancées significatives interviennent. Des tests de dépistage sont élaborés et bientôt commercialisés. L'AZT, molécule antivirale, permet de retarder l'échéance fatale, mais le traitement médicamenteux est très cher et ses effets secondaires lourds. Au total, à la fin des années 1980, il n'existe toujours de traitement efficace contre le Sida. En 1987, l'ONU vote une résolution visant à unir les pays membres dans la lutte contre le sida, pourtant l'épidémie reste largement invisible pour les pouvoirs publics et dans la société. Alors que le nombre de victimes croît de façon exponentielle, passant de 200 victimes en 1984 à 1200 deux ans plus tard, aucune politique publique de prévention ou de dépistage n'est envisagée. Le climat de suspicion et de peur ne faiblit pas. De folles rumeurs circulent sur l'origine de la maladie ou sa transmission. (Pour anéantir la rumeur qui la prétend malade, Adjani doit démentir en direct au JT). Dans le milieu médical, les réactions face à la maladie sont parfois très violentes. Une psychose ambiante s'installe, au point que certains praticiens refusent d'accueillir des malades.

En 1993, Mano Solo interprète "Pas du gâteau", une chanson sur l'irrépressible envie de vivre, malgré la maladie. (« Mais c’est là que t’as dit / Qu’la vie c’est pas du gâteau / Et qu’on fera pas de vieux os / On fera pas d’marmots / Pour leur gueuler tout haut / Qu’la vie c’est pas du gâteau / Même si je gagne pas ma vie / Et même si j’ai le SIDA/ Moi ça m’coupe pas l’envie / Moi j’me dis pourquoi pas ».

Face à la l'impuissance initiale des médecins, les associations de soutien aux malades, souvent constituées de personnes atteintes du Sida, vont jouer un rôle crucial. Il s'agit d'une grande nouveauté, car ce sont elles qui fournissent un retour sur les stratégies thérapeutiques et participent aux protocoles de recherche. En 1984, Aides est fondé par Daniel Defert, juste après la disparition du sida de son compagnon Michel Foucault. L'association, qui se veut pragmatique et modérée, propose une écoute et un soutien aux malades, tout en menant une politique de prévention. En juin 1987, Larry Kramer comprend que les malades doivent se débrouiller seuls, sans pouvoir compter que sur le président Reagan. Il fonde Act up, un groupe militant qui dénonce des États meurtriers n'investissant pas suffisamment dans la recherche médicale. Act Up Paris est créé en 1989. L'association, dont les réunions sont ouvertes à tous, prône un militantisme radical et use de méthodes offensives comme les zaps, càd une action éclair contre une personne ou une organisation ou les die in, simulation de la mort en se couchant silencieusement au sol. (5) Il s'agit de s'imposer et d'utiliser les médias, en contrôlant sa communication et en changeant l'image du séropositif. Pour l'association, vaincre le sida est une question de volonté politique. Pour les membres, l'activisme sert d'exutoire collectif et de créer un réseau de solidarités face aux deuils à répétition.

 Les malades meurent seuls, officiellement du cancer, tant il est alors tabou de se dire atteint du sida. L'acteur Rock Hudson est la première star à déclarer sa séropositivité en 1985, un nom sur la longue liste des célébrités emportées par le Sida: Rodolf Noureiev, Cyril Collard, Miles Davis, Klaus Nomi, Bruno Carette, Fela Kuti.... Freddie Mercury signe ses adieux en musique avec "The show most go on", un titre publié un mois avant sa mort. Se sachant atteint du sida dès 1985, le chanteur de Queen avait caché à ses proches la maladie, dont il reconnaît officiellement souffrir la veille de sa disparition, le 24 novembre 1991. Il chante: " A l’intérieur mon coeur est en train de se briser / Mon maquillage est peut-être en train de s’écailler / Mais mon sourire reste encore"

La mort de ces célébrité contribue par ricochet à mobiliser les milieux artistiques. En soutien aux associations de lutte contre le Sida, musiciens et chanteurs s'engagent, reversant par exemple les droits de chansons ou les recettes de concerts. Aux Etats-Unis, très affectées par la disparition de proches, Elizabeth Taylor, puis Madonna mobilisent leurs contacts. (6) En 1985, Line Renaud et Dalida organisent un gala au Paradis Latin pour lever des fonds. (7) Barbara écrit "Sid'amour" en 1987. Jamais enregistrée en studio, elle ne l'interprète qu'en concert, au cours desquels elle fait distribuer des préservatifs. Disponible, attentive, elle ne cessera d'apporter une aide active et discrète aux malades. « Ô Sida, Sid’assassin qui a mis l’Amour à mort »

Les politiques restent à la traînent et semblent dans un premier temps dépassés. Helmut Khol, François Mitterrand ne parlent pas du Sida. En France, la situation évolue avec Michèle Barzach. La ministre de la santé du gouvernement Chirac adopte des positions courageuses et mène une politique volontariste de prévention. Il devient possible de faire des campagnes de pub en faveur du préservatif et de vendre des seringues à usage unique dans les pharmacies. Cette mesure contribue à la chute des transmissions chez les toxicomanes. En Allemagne, la ministre de la santé Rita Süssmuth prône une politique fondée sur l'information et non sur l'exclusion. Aux Etats-Unis, en revanche, Ronald Reagan prône l'abstinence. Quant au pape Jean-Paul continue de condamner l'usage du préservatif.

Pour contrer les bigots obscurantistes, le groupe de r'n'b américain TLC transforme le préservatif en accessoire de mode pour promouvoir les rapports protégés auprès de leur public. En dépit des risques encourus, certains rechignent toujours à utiliser la capote. Dans leur répertoire, les trois jeunes afro-américaines valorisent le plaisir féminin, l'indépendance à l'égard des hommes et les rapports sexuels protégés. En 1994, le morceau "Waterfalls" décrit ainsi la disparition d'un homme séropositif. "Un jour il se voit dans le miroir / mais il ne reconnaît pas son propre visage / sa santé baisse et il ne sait pas pourquoi / 3 lettres l'emportent vers sa dernière demeure / Vous ne m'entendez pas."

 

En 1996, un nouveau traitement est mis sur le marché aux Etats-Unis. Afin de contrer le virus, il s'agit d'associer trois molécules différentes et complémentaires. Les premières trithérapies. Cette combinaison de trois antirétroviraux diminue considérablement la mortalité. Huit malades sur dix survivent. Dès lors, le sida devient une maladie chronique, avec laquelle il devient possible de vivre, à condition de prendre un traitement à vie, lourd, non sans complication, et qui ne permet pas de guérir. Faute de vaccin, la prévention joue un rôle crucial, en incitant à l'utilisation du préservatif ou des seringues jetables pour les toxicomanes. Il faut alors convaincre les autorités d'organiser des campagnes d'information massives, ce qui ne va pas sans mal, car les milieux traditionalistes s'y opposent, au nom de la décence. "Halte au sida, les capotes sont là.

Alors qu'une rumeur insistante prétendait que les Africains-Américains ne pouvaient pas être atteints par le Sida, le Wu-Tan-Clan, groupe de rap phare de l'époque, tord le coup à la rumeur avec le titre "America". En France, le groupe de rock nantais Elmer Food Beat chante "le plastique c'est fantastique". Le slogan fait mouche. La chanson est adoptée par le ministère de la Santé pour une campagne en milieu étudiant recommandant le port du préservatif. Dans une veine différente, mais également très efficace, les Raggasonic chantent: "Love C'est l'amour avec un grand "A"/ Je veux bien le faire tous les jours  / Mais il court, il court le SIDA  / Et veut me couper le parcours  / A toutes les maîtresses et les amants qui se la donnent / Il ne faut pas que ça cesse, mais il pourrait y avoir maldonne / Ecoute mon pote / Même si personnellement tu n'aimes pas ça  / Mets une capote  / Tu verras finalement c'est mieux comme ça".

En France, en 1992 sortent sur les écrans "Les nuits fauves" de Cyril Collard, un film manifeste qui fait du réalisateur le porte-parole involontaire de la génération sacrifiée des années sida. Avec trois millions d'entrées le film est un succès. "Là-bas / les nuits fauves" .

Un premier sidaction se tient en 1994. Cette même année sort Philadelphia. Dans le film de Jonathan Demme, Tom Hanks incarne un malade du sida. Pour l'occasion, Bruce Sprigsteen compose et interprète"Streets of Philadelphia". Il y décrit la déambulation d'un malade dans une ville hostile. "J'étais meurtri et blessé et ne pouvais dire ce que je ressentais / J'étais méconnaissable / J'ai vu mon reflet dans une vitre, je ne reconnais pas mon propre visage / Oh mon frère, vas-tu me laisser dépérir? Dans les rues de Philadelphie". 


 Le sida sévit avec virulence sur le continent africain en raison de la combinaison de plusieurs facteurs comme le coût exorbitant des traitements antirétroviraux pour des populations pauvres, les discours hostiles à l'utilisation du préservatif tenus par le pape lors de voyage sur le continent, enfin le tabou entourant une maladie considérée comme honteuse. En dépit des discours apaisants, la communauté internationale a toléré cette situation sans apporter l'aide indispensable pour contrer l'épidémie. En cela, le Sida est bien une maladie politique, dont la dimension raciste ne fait aucun doute. Franco, grand maître de la rumba congolaise, compose "Attention na sida", un titre fleuve dans lequel il interpelle directement son auditoire. La dimension pédagogique du morceau est évidente.

C°: 40 ans après les premiers cas identifiés, le Sida n'a pas disparu. 38 millions de personnes vivent avec le VIH et 700 000 en meurent chaque année. (8) La désinformation continue de sévir et les contaminations se poursuivent. Au total, depuis le début des années 1980, plus de 40 millions de personnes sont décédées des suites de maladies liées au au Sida.

Notes:

1. L'origine du Sida. Le virus immunodéficience humaine serait une mutation du VIS, un virus présent chez certains singes d'Afrique. La contamination s'expliquerait par des accidents de chasse ou la consommation de viande singes. Le premier signe d'infection de l'homme par le VIH est repéré en 1959 à Kinshasa. 

2. A la fin des années 1970, l'organisation des première gay pride, l'apparition de clubs comme le Palace puis la dépénalisation de l'homosexualité en 1981, suscitent un grand espoir pour les homosexuels français. Ce vent de liberté est cependant stoppé net par l'apparition du Sida.

3. Un contentieux oppose un temps les médecins de l'Institut Pasteur à l'équipe du biologiste américain Bob Gallo à propos de l'antériorité de la découverte du VIH. En 1997, un accord reconnaît finalement la victoire des chercheur français. Montagnier et Barré-Senoussi reçoivent le prix Nobel de médecine en 2008.

4. Toutes les personnes séropositives ne sont pas atteintes immédiatement du Sida, le stade ultime de la maladie. Les hommes représentent encore 90% des cas, mais de plus en plus de femmes sont elles aussi touchées. Les malades scrutent avec anxiété la chute des cellules T4. Au dessous de 200, le corps du patient ne peut plus défendre le corps contre des maladies opportunistes.

5. En 1993, une capote géante disposée sur l'obélisque de la place de la Concorde permet de médiatiser la lutte contre le Sida.  

6. Dans leurs compositions, certains artistes pleurent parfois la perte d'êtres chers. C'est le cas d'"In this life" de Madonna ou encore "Boy blue" de Cindy Lauper

7. Line Renaud est à cet égard une pionnière puisqu'elle crée, dès 1985, l'Association des artistes contre le sida (AACS). L'amitié bien connue de Line pour Jacques Chirac donnera à sa lutte un poids supplémentaire. En 1990 se monte également l'association Sol en si, dont le but est d'aider les enfants de parents séropositifs. De nombreux chanteurs, parmi lesquels Maxime Le Forestier, Michel Jonasz, Francis Cabrel, Alain Souchon et Zazie, apporteront une assistance significative à cette association.

8. Aujourd'hui en France, près de 175 000 personnes vivent avec le VIH. Environ 5000 personnes découvrent leur séropositivité chaque année, dont 13% de jeunes de moins de 25 ans. 

Sources: 

- Bill Brewster & Frank Broughton: "Last night a DJ saved my life", Le Castor Astral, 2017

- Matthieu Stricot: "De l'angoisse à la la lutte, une histoire du sida", CNRS le journal, 23/06/2021.

- "Sida, quand les artistes s'engagent", Toute la culture, 1/12/2010

- "Le sida", podcast Mécaniques des épidémies diffusé sur France culture, 19/7/2022.

- Playlist de Télérama:"le sida dans la chanson", 2/7/2008

- La Case du siècle: "les années sida, à la mort, à la vie", documentaire de Lise Baron diffusé sur France 5 le 26/3/2023.

samedi 8 janvier 2022

"in flew-Enza"". La grippe espagnole en blues et chansons.

Entre mars 1918 et août 1919, la grippe espagnole sème le chaos et provoque la mort de près de 50 millions de personnes à travers toute la planète, avant de disparaître et de sombrer dans un relatif oubli.  

***

* Une première vague relativement bénigne, de mars à juin 1918.

 En dépit de son nom, les premiers cas de grippe sont identifiés aux États-Unis à la fin de l'hiver 1918. Comme le pays vient de s'engager dans la première guerre mondiale, l'armée met en place des camps militaires afin de peaufiner l'entraînement des soldats. Or, le 4 mars 1918, un soldat meurt de la grippe dans le camp de Funston, au Kansas. En l'absence de mesure sérieuse, la grippe prospère. Chaque semaine, de nouveaux cas apparaissent. Tous souffrent des mêmes symptômes: 40° de fièvre, maux de tête, courbatures, très forte toux, difficultés respiratoires... On ne s'inquiète pas outre mesure, car la maladie achève (encore) rarement ses victimes. En outre, l'épidémie explose au moment même où les doughboys traversent l'océan à destination du front européen. Compte tenu de la grande offensive allemande du printemps 1918, l'issue de la guerre reste encore très incertaine. Le soutien des Américains apparaît crucial et rien ne doit donc venir freiner l'entraînement des soldats. Dans ce contexte, l'état major américain décide de dissimuler à l'opinion la diffusion de la maladie au sein de l'armée. Fin mars 1918, des soldats grippés quittent les camps et embarquent pour l'Europe. L'entassement et la promiscuité sur les navires contribuent à créer ce que l'on appelle aujourd'hui des clusters. Pour acheminer les quatre millions de GI's, les itinéraires et les transports sont multipliés. Les navires accostent simultanément à Liverpool, Brest, Bordeaux, Marseille. Chaque mois, cent mille hommes débarquent, répandant sans le savoir la maladie. Le virus, encore relativement clément, poursuit incognito sa migration depuis les ports, empruntant avec la troupe les routes et les voies ferrées menant au front. Le cortège des soldats alliés profite d'un accueil enthousiaste dans les villes et villages traversés; les poignées de main et les embrassades introduisent subrepticement la grippe à travers les populations civiles. Sur le front, l'hygiène rudimentaire et la promiscuité favorisent la diffusion de la grippe, qui infecte bientôt tommies, poilus ou soldats allemands. Le virus, qui n'est pas regardant à l'uniforme, est désormais présent dans les deux camps.  

Otis Historical Archives, National Museum of Health and Medicine, Public domain, via Wikimedia Commons
La censure militaire veille. Les journaux se murent également dans le silence. L'information ne filtre pas jusqu'à ce que l'Espagne, pays neutre, signale l'existence et les ravages provoquées par l'épidémie dans la péninsule ibérique. Le grippe, qui a été introduite depuis la France par des ouvriers agricoles, provoque des ravages. La maladie n'épargne personne, pas même le monarque Alphonse XIII. Révélé par l'Espagne, la maladie sera désormais appelée "grippe espagnole". La presse des belligérants sort enfin de son silence. Des articles mentionnent la grippe, tout en en minimisant les effets et l'ampleur. Les rapports militaires consignent pourtant déjà avec exactitude l'évolution d'une épidémie dont les symptômes sont désormais bien connus. Les conséquences de la maladie au front ne laissent pas d'inquiéter les états majors. Les sous-marins américains se transforment en véritable incubateur de grippe, au point que la moitié d'entre eux ne sont plus opérationnels. Faute de marins valides en nombre suffisant, la marine britannique doit déprogrammer des opérations. Mais chut, il ne faut pas ébruiter la nouvelle. La guerre bat son plein, la remporter reste la priorité absolue. Aussi, toute mesure qui éloignerait les soldats du front - même malade - est inenvisageable.

Face à l'ampleur prise par la maladie, certains médecins tentent bien de réagir, mais  ils prêchent dans le désert. A Manchester, le docteur James Niven a beau préconiser le lavage des mains et la distanciation sociale, sa voix ne peut couvrir celle du chef des services de santé britannique, pour lequel "les besoins de la guerre justifient les risques de propagation de l'infection." En France, les propos alarmistes du professeur Fernand Widal sur la maladie restent lettre morte. Pourtant, l'éminent médecin constate que "la contagion s'effectue d'une façon toute spéciale avec une rapidité de diffusion qu'on ne retrouve dans aucune autre maladie." Aucune mesure ne vient freiner l'expansion du fléau, tandis que la prise en charge des malades s'effectue sans précaution. Bien malgré eux, les soldats rapatriés introduisent le virus chez eux et contaminent les populations civiles. En l'absence de "geste barrière", la moindre interaction sociale augmente encore les risques de transmission. Or, en ce début de XX° siècle, les centre-villes aimantent les déplacements des populations qui se rendent au marché, au travail... (1) Dans ces conditions, la grippe tueuse se répand partout.

* Une seconde vague particulièrement explosive et meurtrière, d'août à octobre 1918. 

A l'été 1918, la grippe est encore considérée comme une épidémie bénigne. C'est alors que le virus gagne en sévérité. Cette "deuxième vague", bien plus meurtrière que la précédente, resurgit d'abord en France, avant de prendre son expansion dans toutes les directions. Aux États-Unis, le fléau frappe avec une virulence inouïe. Un médecin du camp militaire de Devens (Massachusetts) constate, impuissant: "Au début, ces hommes semblent atteints d'une attaque de grippe ordinaire, puis ils développent le type de pneumonie le plus vicieux qu'on ait jamais vu. Quelques heures plus tard, leur visage devient bleu, jusqu'à ce qu'il soit difficile de distinguer les blancs des hommes de couleur." Cette situation dramatique n'empêche pas la tenue de grandes parades organisées dans les grandes villes du Nord-Est afin de lever des fonds pour l'effort de guerre. Les gigantesques rassemblements de personnes, militaires comme civils tiennent de l'aubaine pour un virus aussi contagieux. Une semaine après la grande parade du 28 septembre, Philadelphie déplore ainsi 650 morts par jour. Les hôpitaux, les services funèbres ne peuvent faire face. Les églises ferment. Seules des charrettes tirées par des chevaux sillonnent encore les rues en quête de cadavres. En Europe, la situation est tout aussi dramatique. Au front, la promiscuité des tranchées fait des ravages, au point que fin septembre 1918, la maladie élimine les soldats au même rythme que les armes.

La grippe gagne bientôt le continent africain, grand pourvoyeur de main d’œuvre et de matière première des empires coloniaux. Le ravitaillement des navires marchands en Algérie, au Maroc, en Sierra Leone, au Nigeria, provoque la dissémination du virus. De proche en proche, la maladie gagne l'ensemble du continent en suivant les fleuves et voies ferroviaires. (2) Le rapatriement des troupes coloniales contribue également à la dissémination du mal. Ainsi à l'automne 1918, la grippe s'abat tel un fléau biblique sur les Indes britanniques, entraînant le décès de près de vingt millions d'individus sur une population de 250 millions d'habitants. Un médecin rapporte: "Les hôpitaux sont submergés, à tel point qu'il est impossible d'enlever les morts assez rapidement pour faire de la place aux mourants." Faute de bois et de temps, les fleuves charrient les corps et non les cendres comme le voudrait la tradition de crémation des défunts. Fin octobre, les hôpitaux français ne peuvent plus faire face. Pour désencombrer les hôpitaux, certains incitent les patients à soigner leur grippe à domicile. Au pic de l'épidémie, à la mi-octobre, les morgues arrivent à saturation. Les cadavres s'entassent par manque de cercueils et de corbillards. Les enterrements ont lieu en catimini, à la va-vite.

* Pas de remède. 

La grippe ne s'attaque pas aux enfants ni aux personnes âgées, mais foudroie en deux jours de jeunes adultes en pleine santé. Le mal procède par "bouffée", s'abattant comme une nuée de sauterelles sur un champ. Entre le surgissement de la maladie dans un village et sa disparition, il ne se passe généralement qu'une dizaine de jours. La virologie ne se développera qu'à partir des années 1930. En 1918-19, les bactériologistes ne disposent pas des outils leur permettant d'observer le virus de la grippe. Ils se trouvent donc largement démunis. Pour lutter contre le mal, en tout cas la fièvre, les médecins ne disposent que d'aspirine. Pris en surdosage le remède tue plus qu'il ne sauve. La médecine est désemparée, la science désarmée. Face au désarroi, certains tentent le tout pour le tout. D'éminents professeurs pratiquent la saignée, quand d'autres conseillent inhalations, gargarismes, injections de térébenthine ou d'huile camphrée, absorption de rhum ou de cognac. A chaque époque sa poudre de perlimpinpin. Les apprentis sorciers de la guérison s'engouffrent sur le marché de l'espoir, commercialisant des remèdes aussi loufoques qu'inefficaces. En dépit de ces médecines fantaisistes, l'hécatombe a tout de même dessillé les yeux, provoquant une prise de conscience salvatrice, même si trop tardive et insuffisante. A défaut de vaccins ou de médicaments, des traitements prophylactiques apparaissent alors. Les populations sont invitées à éternuer dans leurs mouchoirs, à proscrire les crachats, à porter des masques comme aux États-Unis ou au Japon, à se laver les mains. Dans le même temps, les pouvoirs publics tentent enfin de limiter les grands rassemblements de population et les interactions sociales. Les commerces sont fermés aux heures de pointe, tout comme certains lieux publics (théâtres, cinémas, écoles). Le problème reste que ces mesures ne sont que très temporaires et localisées.

File:165-WW-269B-25-police-l.jpg, Public domain, via Wikimedia Commons

* Une dernière résurgence au début de 1919. 

Avec la signature de l'armistice, le 11 novembre 1918, la guerre s'achève enfin, mais pas la maladie. Les courbes de taux de mortalité s'infléchissent. Si la pandémie semble en recul, elle n'a cependant pas disparu. Une "troisième vague" déferle sur des régions jusque là épargnées. Mi-novembre, le Talun, un vapeur parti de Nouvelle-Zélande, fait escale aux Fidji, aux Samoa occidentales, aux Tonga. Il transporte la mort dans ses cales, semant son poison au cœur des populations mélanésiennes qui n'avaient jamais été exposées jusque là au virus de la grippe. Ces archipels enregistrent les taux de décès les plus élevés. L'Arctique n'est pas épargnée. La rencontre fortuite avec des pêcheurs entraîne la décimation des populations inuits de l'Alaska. Fin décembre 1918, un bateau échappe à la stricte quarantaine maritime imposée par l'Australie, qui avait permis au pays d'échapper jusque là à la grippe. Des soldats malades débarqués contaminent bientôt un tiers des habitants de Sidney. En mars 1919, dans les jours qui suivent le carnaval de Rio, les Cariocas connaissent une véritable hécatombe.

Après dix-huit mois de ravages, la pandémie disparaît enfin. Sans vaccin ni politique sanitaire efficace, l'immunité collective est atteinte, mais au prix de la perte d'au moins 50 millions d'habitants. On déplore 550 000 décès aux États-Unis, 240 000 en France, 1,5 million en Indonésie, 20 millions en Inde...

Des régions, des pays, des communautés sont plus frappés que d'autres et la pandémie est également un révélateur des inégalités raciales et sociales. Néanmoins, la grippe n'aura épargné aucune classe sociale, terrassant les anonymes comme les célébrités. David Lloyd George, le premier ministre britannique, Franklin Delano Roosevelt, le jeune secrétaire d’État américain à la marine, Woodrow Wilson, le président américain, guérissent, quand Guillaume Apollinaire, Edmond Rostand, Egon Schiele ou Max Weber trépassent.

* Comment expliquer un bilan si lourd? Les systèmes de santé durement éprouvés par la guerre ne disposent pas de respirateurs artificiels, ni de la possibilité d'intuber efficacement les malades ayant développé des formes graves. Les conditions de vie très difficiles, le manque d'hygiène dont souffrent une grande partie de la population d'alors représentent  également un terreau favorable à la propagation et la persistance de l'épidémie. Les longues années de guerre et son cortège de privations, de rationnements et de pénuries avaient largement affaibli les corps des combattants, mais aussi des civils. Dans un premier temps, le nom même de l'épidémie contribua peut-être à en relativiser la dangerosité. D'aucuns avancèrent alors qu'il ne s'agissait que d'une grippe, comme l'humanité en avait déjà surmonté beaucoup au cours de son histoire.

 Ces chiffres, si effroyables soient-ils, sont pourtant restés ignorés, comme éclipsés par ceux de la Grande Guerre. Ainsi, la pandémie resta longtemps un événement refoulé de l'inconscient collectif. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce relatif effacement. 

Avec la révolution pasteurienne, les progrès de l'hygiène et de l'asepsie, les autorités médicales se crurent enfin débarrassées des grandes épidémies infectieuses. L'hécatombe provoquée par la grippe démontra cruellement le contraire. Les médecins n'avaient donc aucun intérêt à entretenir la mémoire de ce grand ratage. D'autre part, la sidération provoquée par les morts de la Grande Guerre ne laisse aucune place aux victimes de la grippe. Au traumatisme des combats se superpose celui de la pandémie, mais il s'agit d'un ennemi moins visible et identifiable. Être terrassé par la grippe est pathétique, bien moins glorieux au yeux des contemporains que de tomber au champ d'honneur. Enfin, la grippe n'est qu'une maladie... Le 9 novembre 1918, le journal satirique Le Rire perçoit très bien ce phénomène: "La grippe aura beau se promener dans Paris, elle n'y rencontrera pas cette panique plus dangereuse que le fléau lui-même. Non, la grippe - qui tue cependant beaucoup plus de monde que les obus et les torpilles - ne fait trembler personne: on en parle allègrement, on la chansonne, on la met en caricatures, on ne veut pas en avoir peur. Et si elle nous entraîne dans une danse assez macabre, on affecte d'en rire, peut-être parce que cette danse est espagnole. (...) Le danger qui ne fait pas de bruit effraie infiniment moins que le danger à grand orchestre."

* Des chansons pour se jouer de la grippe.  

Les chansons humoristiques consacrées à la grippe en pleine épidémie sont autant de tentatives de résistance et de résilience face à l'indicible, un moyen de mettre à distance la peur. Ainsi, alors même que le fléau déferle sur la péninsule ibérique, les Espagnols fredonnent un air d'opérette très populaire: le soldat de Naples (El Motete). L'explosion du taux de mortalité à Madrid incite les populations à modifier les paroles de la chanson. "Soldat de Naples, sois maudit. / Ta fièvre mortelle est un mauvais présage. / Tu nous causes bien du tracas. / Bien heureuse la victime qui en réchappera." (source F)

Le 5 octobre 1918, Le Rire publie une chanson de Georges Baltha sur les différentes personnes terrorisées par la grippe. Le choix de sonorités à consonance hispanique témoignent que désormais, pour tous, la grippe est "espagnole": "On a vu ces derniers temps / Des gens, / Pris d'un' terreur singulière, / Au moindre bruit rentrer sous terre / Et final'ment foutre le camp. / N'croyez pas qu' s'ils prenaient la fuite / C'était par crainte des marmites. / Non! C'qui les mettait dans c't'état, / C'n'est pas les gothas, ni bertha: / Ah! ah! ah! / C'est la grippa, Ah! ah! ah! / Espagnola." (source E)


Sur l'air de l'Au bois de Boulogne, le même journal reproduit dans ses pages les paroles d'une chanson sobrement intitulée La Grippe. "Les gens qui crachent à profusion / portent partout la contagion, / Et ceux qui lancent des postillons / sont redoutables. / Le postillon cause tous nos maux. / D'ailleurs, consultez les journaux, / paraît que la fête à Longjumeau est formidable."

Aux Etats-Unis, en 1918, les enfants fredonnent une comptine humoristique: "I had a little bird / Its name wa Enza / I opened the window / And in flew-Enza (influenza)". "J'avais un petit oiseau/ Il s'appelait Enza / J'ai ouvert la fenêtre / Et avec lui est entré la grippe". La blague repose sur le jeu de mot final. la prononciation d' "in flew-Enza" est identique à celle d'influenza, l'autre nom de la grippe.
La Bolduc, quant à elle, garde un vif souvenir de la pandémie qui lui inspire le titre; "Tout le monde à la grippe".

* Un châtiment divin. 

D'autres morceaux, beaucoup plus sombres assimilent la pandémie à la "grande faucheuse" qui vient prélever son lot de pécheurs. Selon The 1919 Influenza blues interprété au piano par Essie Jenkins, l'épidémie a pour origine la colère de Dieu. "En l'année 1919 / Les hommes et les femmes mouraient / à cause de ce truc que les médecins appelait grippe. (...) Hé bien, c'était un châtiment divin, / le Seigneur (...) tuait les riches comme les pauvres. / L'influenza est le genre de maladie, / Qui te met à genoux / (...) En quelques jours tu es conduit vers ce trou dans le sol appelé tombe.


Le Jesus is coming de Blind Willie Johnson dépeint également la pandémie comme un châtiment divin. Le morceau est enregistré à Dallas en 1928 dans un studio temporaire.  «Nous vous avions prévenu, notre Seigneur vous avez averti / Jésus arrive bientôt. / En 1918 et 1919, Dieu envoya une maladie dévastatrice / Elle tua des milliers de personnes (...) / La grande maladie était puissante et les malades étaient partout. / C'était une épidémie et elle voyageait dans les airs. / Les docteurs étaient troublés et ne savaient pas quoi faire. / Ils se réunirent et l'appelèrent grippe espagnole. / Les soldats mouraient sur le champ de bataille et mouraient aussi dans les comtés. / Le capitaine disait au lieutenant: "Je ne sais pas quoi faire." / Et bien, Dieu a demandé à la nation de se détourner du mal, de chercher Dieu et deprier. / Les dirigeants ont dit au peuple : "vous feriez mieux de fermer vos écoles publiques. / Jusqu'à ce que les décès soient derrière nous. Vous feriez mieux de fermer vos églises aussi." / Nous vous avions prévenu, notre Seigneur vous avez averti. / Jésus arrive bientôt. / Nous vous avions prévenu.» (4)

 

Conclusion: Le contexte de guerre joue un rôle crucial dans la diffusion de la maladie car le conflit implique d'importants mouvements de population et parce que l'état de santé des populations est dégradé par les pénuries. Quoiqu'il en soit, la pandémie de grippe espagnole s'impose comme l'étalon de mesure dans les plans de lutte contre les maladies émergentes. La COVID 19, nous a rappelé que le risque infectieux n'a pas disparu.  

L'historienne Anne Rasmussen rappelle que "la grippe a tué, en quelques mois, plus que la guerre dans toute sa durée, et a constitué le phénomène pandémique le plus meurtrier de l'histoire de l'humanité." La pandémie "prolonge la catastrophe de la guerre et l'amplifie (...), ajoute du deuil au deuil." Le conflit aura joué un rôle crucial dans la diffusion  de la maladie, en particulier en raison de la concentration et du déplacement des troupes. Pourtant si chaque village français possède son monument aux morts de la grande guerre, aucun ne fut érigé pour se souvenir des grippés.

Notes: 

1. Seule la Suisse prend des précautions. En juillet 1918, un arrêté fédéral recommande aux cantons d'interdire les grands rassemblements et de fermer les lieux publics. 

2. On estime qu'en moins d'un an, le virus extermine deux millions et demi de personnes. 

Les chercheurs américains parviennent à reconstituer le virus de la grippe espagnole (A H1N1) à partir de poumons conservés de soldats de la première guerre mondiale. 

3. On ne connaît pas l'auteur du blues, mais il semble inspiré du Memphis flu d'Elder David Curry, un blues composé en 1930, un an après le passage d'une autre grande grippe dévastatrice aux États-Unis.  


4. Prédicateur itinérant doté d'une voix puissante et rocailleuse, Blind Willie Johnson est né vers 1902 dans une petite ville du Texas. Aveuglé au vitriol à l'âge de sept ans, il n'a dès lors d'autres ressources pour vivre que de chanter et jouer de la guitare dans les rues. Il fait glisser un canif sur les cordes de son instrument, ce que l'on appelle le "knife style". Doté d'une voix rocailleuse, Johnson est "un «preacher» passionné qui vocifère plus ses sermons qu'il ne les chante." Ordonné prédicateur baptiste, il est repéré par des talent-scouts de Columbia en 1927, ce qui lui permet de graver une trentaine de morceaux à l'intensité dramatique poignante. Il s'impose alors comme un des grands créateurs du "holy blues". (source G p 180)

Sources:

A. "Grippe espagnole 1914-1918: comprendre l'épidémie" avec Anne Rasmussen [Concordance des Temps]

B. "La pire épidémie du siècle" avec Freddy Vinet [La marche de l'Histoire]

C. "Grippe de 1918: la plus grande pandémie de l'histoire de l'humanité?" avec Frédéric Vagneron et Freddy Vinet[Le cours de l'Histoire]

D. Claude Quétel: "Grippe espagnole: le tueur que l'on attendait pas", in L'Histoire n° 449, juillet-août 2018.  

E. Agnès Sandras, "L’humour face aux épidémies – Partie II. Rire au moment où se conjuguent la Grande Guerre et la grippe dite espagnole (1918)," in L'Histoire à la BnF, 06/04/2020

F. "La grippe espagnole, la grande tueuse", documentaire de Paul Le Rouyer et Lucie Pastor, 2021.

G. Gérard Herzhaft: "La grande encyclopédie du blues", Fayard, 1997. 

H. Anne Rasmussen: "Dans l'urgence et le secret. Conflits et consensus autour de la grippe espagnole, 1918-1919", Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, vol. 25, n°1, 2007, p.171.