mardi 8 juillet 2008

65. Nina Simone:"Backlash blues".

L'immense chanteuse Nina Simone possède une voix hors du commun qui lui permet de tout chanter. Il est d'ailleurs impossible de la cantonner dans un genre musical. D'abord plutôt timorée à l'endroit de la lutte pour les droits civiques, elle s'implique de plus en plus dans ce combat comme l'attestent ses nombreux titres engagés ou en tout cas concernés (Mississippi goddam, Young gifted and black, Four women...). Progressivement, elle infléchit sensiblement ses positions. Si elle apprécie le dr King, elle trouve sa démarche naïve, inefficace, trop lente tout au moins. Elle lui préfère les meneurs du Black Power, Stokely Carmichaël ou Malcom X.


Nina Simone chante ici un poème de Langston Hughes (1902-1967), grand poète et militant afro-américain. Elle l'enregistre en 1966 pour son disque "The blues". Le poète explique ici l'usage qui est fait des impôts alors que les Etats-Unis s'engagent toujours plus dans la guerre du Vietnam. Partageant la vision de Hughes, Nina Simone joint le geste au chant puisqu'elle décide d'arrêter de payer ces impôts qui ne servent qu'à financer l'effort de guerre américain au Vietnam. Dix ans plus tard, le fisc l'attaque en justice et elle perd sa maison, ce qui la pousse à émigrer vers la France, où elle finira sa vie (en 2003).

La guerre du Vietnam est le premier conflit au cours duquel les Noirs combattent dans les mêmes unités que les Blancs. De nombreuses voix s'élèvent donc contre ce conflit meurtrier. Mohammed Ali qui refuse de servir au Vietnam en 1967, devient objecteur de conscience et lance: " ils veulent que j'aille au Vietnam pour tuer des Vietcongs, alors qu'eux, ne m'ont jamais lynché, jamais traité de nègre, n'ont jamais assassiné mes leaders". Malcolm X, quant à lui, s'étonne de voir " l’homme jaune tué par l’homme noir se battant pour l’homme blanc".

Comme beaucoup d'Afro-américains, Hughes voit aussi dans cet enlisement au Vietnam, un bon moyen pour faire lanterner les Noirs en pleine lutte pour les droits civiques. M. Luther King, qui soutenait initialement la politique de Johnson, dénonce bientôt sa stratégie belliqueuse et souligne à quel point les sommes engagées pour tuer seraient utiles pour venir en aide aux populations misérables des ghettos.
Surtout, Hughes souligne l'hypocrisie des autorités américaines qui considèrent que les Noirs américains peuvent se faire trouer la peau, comme n'importe quel autre Américain, mais continuent de tolérer les discriminations raciales à l'intérieur du pays.




L'expression backlash signifie retour de bâton

"Backlash blues" Nina Simone (Langston Hughes).


Mr. Backlash, Mr. Backlash
Just who do think I am
You raise my taxes, freeze my wages
And send my son to Vietnam

You give me second class houses
And second class schools
Do you think that alla colored folks
Are just second class fools
Mr. Backlash, I'm gonna leave you
With the backlash blues

When I try to find a job
To earn a little cash
All you got to offer
Is your mean old white backlash
But the world is big
Big and bright and round
And it's full of folks like me
Who are black, yellow, beige and brown
Mr. Backlash, I'm gonna leave you
With the backlash blues

Mr. Backlash, Mr. Backlash
Just what do you think I got to lose
I'm gonna leave you
With the backlash blues
You're the one will have the blues
Not me, just wait and see

.................

Mr Backlash, Mr Backlash
Pour qui me prenez-vous?
Vous augmentez mes impôts, gelez mon salaire
et envoyez mon fils au Vietnam

Vous me donnez des maisons de seconde classe
et des écoles de seconde classe
Pensez-vous que tous les gens de couleur
soient seulement des fous de seconde classe
Mr Backlash, je vous quitte
avec votre backlash blues

Quand j'essaye de trouver un travail
de gagner un pau d'argent
Tout ce que vous avez à m'offrir
est votre méchant retour de bâton
Mais le terre est vaste, ensoleillée et ronde
peuplée de tas de gens comme moi
qui sont noir, jaune, beige et bruns
Mr Backlash, je vous quitte
avec votre backlash blues

Mr backblash, mr backlash
je n'ai rien à perdre
je vais vous laisser
avec votre backlash blues
C'est vous qui aurez le blues,
pas moi, attendez, vous verrez


64. Pierre Dac:"Les fils de Pétain".

La politique de collaboration est librement choisie par Pétain, comme le prouve la rencontre avec Hitler à Montoire en octobre 1940. Pétain prétend, par la collaboration d’Etat, amoindrir les souffrances du peuple français, c’est à dire choisir le « moindre mal » ; en fait, elle est une décision éminemment idéologique qui permet d’inscrire la France de Vichy dans l’« Europe nouvelle » voulue par les nazis. Ainsi, l’armistice prévoit de démanteler totalement le territoire et non pas de sauvegarder l’ « unité française », comme l’affirme le chef de l’Etat français.
La collaboration s’applique à tous les domaines (militaire, économique et surtout policier). Vichy, en raflant d’abord les Juifs étrangers, puis les familles françaises par l'intermédiaire de sa police, se met au service de l'occupant. Ce régime marque donc une rupture dans l’histoire de France, il traduit une volonté de gommer la Révolution française et son héritage de liberté et de démocratie. L'adjectif collaborationniste est utilisé par les historiens pour qualifier ceux qui, dans la France de 1940 à 1944, sont partisans d'une alliance avec l'Allemagne nazie. Le qualificatif de collaborateur s'applique à la politique de collaboration avec l'Allemagne menée par les différents gouvernement de Vichy entre 1940 et 1944.


Après avoir entendu l'appel du 18 juin 1940, Pierre Dac tente par tous les moyens de rejoindre Londres. Il devient l'humoriste des émissions en français de Radio Londres à partir de 1943. Il y parodie les chansons à la mode pour dénoncer la politique de collaboration du régime de Vichy et brocarder ses dirigeants, notamment Pétain.
Outre les dirigeants du régime de Vichy, Philippe Pétain, Pierre Laval, Darnand, le chef de la milice, Pierre Dac mentionne ici les collaborationnistes convaincus qui adhèrent à la doctrine fasciste et souhaitent son application en France:
- Paul Marion
(Membre du PPF de Jacques Doriot), secrétaire général à l’information et à la propagande en 1941 ,
- Fernand De Brinon,
un des agents les plus zélés de la collaboration française avec les nazis,- Doriot fondateur du Parti Populaire Français, principal parti politique français de type fasciste,
- Henriot
secrétaire d’Etat à l’information et à la propagande en 1944.


"Les Fils de Pétain" Pierre Dac (1943

Philippe Pétain de son balcon
regardait la honteuse rangée de faux-jetons
la brochette de sacrés cochons
de Paul Marion à de Brinon
Darnand, Doriot
Laval, Henriot
d'un air éteint
il s'écria soudain :
"Y a t il des salauds parmi nous?"
"TOUS, TOUS, TOUS!!"
Traîne tes pieds par terre
la francisque à la main, c'est la fin
il n'est restera guere
de tous ces fils de Pétain.

lundi 7 juillet 2008

63. Sefyu : "La 3ème guerre"

Le rappeur Sefyu (Yusef en verlan) a sorti ce printemps l'album "Suis-je le gardien de mon frère ?". Comme à son habitude, il n'hésite pas à dire ce qu'il a sur le cœur. Dans cet album, une chanson m'a spécialement plu. Elle s'intitule "La 3ème Guerre". Dans la première partie de la chanson, Sefyu dresse un tableau intéressant de la France de l'après-guerre avec ses mots à lui : "La France doit reconstruire, rebooster son économie", "la capitale était morte Il fallait la relooker au même titre qu’un mannequin Car ses talons s’étaient cassés sur les routes de Berlin". Pour cela, le pays compte sur l'aide à double tranchant du Plan Marshall "Rembourser les milliards de l’américain son ami…". Sefyu insiste surtout sur la dépendance entraînée par cette aide dont la France fût le deuxième bénéficiaire en Europe après le Royaume-Uni. Evoquant pour commencer le rôle des troupes coloniales dans la Libération du pays, le rappeur aborde le rôle de l'immigration dans la reconstruction de la France. Africains, Maghrébins, Portugais, Italiens, Espagnols vont travailler dans les secteurs les plus pénibles ("le bâtiment, la voirie, les mines de charbon, à l’usine, à la chaîne" où l'on "ramasse les déchets à mains nues, sans les gants").

Après cette première partie qui sonne comme une reconnaissance de la dette de la France envers ces immigrés, Sefyu aborde un autre thème tout en suivant Moussa et Hussein, deux immigrés originaires du Sénégal et d'Algérie (Hussein est harki). Nous suivons donc ces deux hommes de foyer pour jeunes travailleurs en HLM. Avec la complicité des autorités, chaque groupe reste replié sur lui-même. Moussa et Hussein deviennent voisins après s'être mariés et s'être installés dans un HLM. La méfiance et le racisme naissent alors de l'incapacité à communiquer. C'est donc aussi une chanson contre le racisme intercommunautaire que Sefyu voit à l'oeuvre dans les banlieues. Le salut vient des enfants qui, malgré les préjugés de leurs parents, deviennent les meilleurs amis du monde...

La chanson est parsemée d'interludes. On y entend des extraits probablement issus de documentaires évoquant la ségrégation au sein de l'armée et le rôle des tirailleurs sénégalais (Sefyu est lui-même d'origine sénégalaise).

Sur les troupes coloniales dans les deux guerres, voir l'article de Yassine. Sur l'épisode de l'occupation de la Ruhr et "la honte noire", lisez l'article de Mehdi et Vincent. Vous trouverez tout ça sur le blog réalisé par les premières S autour des mémoires de guerre France-Allemagne. A compléter avec l'article de Yanis, Nassim, William et Djébril (élèves d'Alger) sur le blog Algérie-France.




Découvrez Sefyu!

Interlude

1962, la France est ravagée par la Seconde Guerre Mondiale de 1945
La victoire a coûté cher en argent, en litres de sang
La chute des allemands puis la fin d’Hitler,
Les tirailleurs sénégalais épaulés par l’Algérie ont quitté leurs petites chéries pour l’amour de ce pays,
La bataille est finie, c’est le début de la Troisième Guerre
Des obus sont restés coincés dans les rues de Poitiers
La France doit reconstruire, rebooster son économie,
Rembourser les milliards de l’américain son ami…
A ce moment-là, la France ne se sentait pas très forte, la guerre fut un gros choc, la capitale était morte
Il fallait la relooker au même titre qu’un mannequin
Car ses talons s’étaient cassés sur les routes de Berlin
Pour ça, il fallait des hommes costauds et robustes,
Prêts à tout pour la famille laissée au bled dans la famine
C
’est là qu’ils ont fait appel aux immigrés Portugais, noirs, maghrébins, ritals, espagnols : tous avaient un point commun, fuir la misère dans le besoin,
Tous prêts à travailler comme des dogues argentins, la main d’œuvre est humaine, les outils sont les hommes qui vendent corps et âmes, leur chair pour pas cher
Dans le bâtiment, la voirie, les mines de charbon, à l’usine, à la chaîne, l’immigré se déchaîne

Interlude

1963 l’arrivée de Moussa, 1964 l’arrivée de Hussein.
Moussa, 23 ans, originaire de Dakar, lorsqu’il débarque à Marseille en clandé dans des containers Hussein a 24 ans quand il vient d’Alger, fils d’ancien combattant harki réfugié politique
Il dépose ses valises sur la ville de Paris, à Belleville, à l’ouest de la belle vie
Moussa décroche un boulot dans la voirie, il ramasse les déchets à mains nues, sans les gants Hussein, quant à lui, travaille à l'usine, il respire de l’amiante pour cracher son loyer, crouille… Hussein et Moussa vivent dans des foyers pour jeunes travailleurs immigrés, sans moyens, classés par communauté, par pays, par couleur.
Moussa ne vit qu’avec des noirs et Hussein avec des beurs,
La France n’avait pas l’intention de les dépayser, l’objectif était de bosser et de ne pas les intégrer
Les portugais mangeaient portugais, dormaient portugais,
Les arabes parlaient qu’en arabe, marchaient qu’entre arabes,
Les noirs, dans le noir, faisaient du travail au noir
Chacun vivait avec la personne qu’il y avait dans son miroir
La meilleure nourriture au monde pour Moussa était du riz,
Les meilleurs plats de la terre pour Hussein, la galette kabyle 1980, 20 ans passés en France, Moussa et Hussein à la chaîne se déchaînent.

Interlude

1981, Hussein cherche une femme, 1982 Moussa se marie, 1983
Hussein trouve sa femme, 1984 les deux font des gosses
Ça se passe tout au début des années 80, l’arrivée des HLM qui deviendront des banlieues.
Moussa recherche un logement, obtient sa mutation, quitte Marseille pour Paris, pour agrandir sa famille
De son côté Hussein aussi doit déménager, une pétition est signée pour immeuble en démolition
La vérité, c’est qu’il fallait les reloger afin de rendre des secteurs plus fréquentables comme d’hab
Quand Moussa arrive dans la cité, il est comme choqué en s’apercevant que son voisin n’est plus Sénégalais
En face, Hussein est autant choqué, son voisin c’est Moussa
Moussa face à Hussein, ils parlent en langage des signes, aucun d’entre eux ne parle le français,
A force de rester qu’entre eux, tous ceux qui ne sont pas comme eux sont des bœufs
Les noirs parlent des arabes, les arabes sur les noirs, car la France les a conduits sans phares ni anti-brouillards
Voici le départ de la Troisième Guerre
Le
travail leur a pas laissé le temps d’apprendre la grammaire
« Nique sa mère, nique sa grand-mère », c’est notre vocabulaire
1996 : pour Hussein c’est la merde, car son fils Malik, 12 ans, traîne avec Boubakar le grand fils de Moussa qui ne comprend pas les arabes.
Les deux familles ne se supportent pas, se trouvent des défauts
Ce qui rapproche encore plus leurs enfants, meilleurs amis du monde, solidaires
Boubakar et Malik s’attachent, s’enchaînent, leurs parents se déchaînent



[source pour les paroles : site du chanteur; source du graphique]

dimanche 6 juillet 2008

62. Pierre Dac:"Les gars de la vermine".

André Isaac, plus connu sous le nom de Pierre Dac est un chansonnier connu dès les années 1930. A la fin de cette décennie, il fonde L'os à moelle, l'organe officiel du parti loufoque!

Après avoir entendu l'appel du 18 juin 1940, Dac tente par tous les moyens de rejoindre Londres. Il devient l'humoriste des émissions en français de Radio Londres à partir de 1943. Il y parodie les chansons à la mode pour dénoncer la politique de collaboration du régime de Vichy et brocarder ses dirigeants, notamment Pétain.

Nommé secrétaire d’État à l'information en janvier 1944, Philippe Henriot se spécialise dans la propagande radiodiffusée. Le 10 mai 1944 au micro de Radio-Paris, l'éditorialiste attaque Pierre Dac dont il évoque les "origines" juives. Il rappelle qu'il s'appelle en réalité André Isaac.
" Dac s'attendrissant sur la France, c'est d'une si énorme cocasserie qu'on voit bien qu'il ne l'a pas fait exprès. Qu'est-ce qu'Isaac, fils de Salomon, peut bien connaître de la France, à part la scène de l'ABC où il s'employait à abêtir un auditoire qui se pâmait à l'écouter ? La France, qu'est-ce que ça peut bien signifier pour lui ?"

Philippe Henriot [Wiki C.]


Dès le lendemain, Pierre Dac lui répond au micro de la BBC avec ce "Bagatelle sur un tombeau" dont voici la fin:
"Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d'autres avant eux sont originaires du pays d'Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de Niederbronn, près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C'est un beau pays, l'Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l'Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d'Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu'à ce jour, on a dans ma famille, monsieur Henriot, lourdement payé l'impôt de la souffrance, des larmes et du sang.

Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l'Allemagne ?

Un dernier détail: puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d'aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l'allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C'est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C'était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription: "Mort pour la France, à l'âge de 28 ans". Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France.
Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription: elle sera ainsi libellée :
PHILIPPE HENRIOT
Mort pour Hitler,
Fusillé par les Français...

Bonne nuit, monsieur Henriot. Et dormez bien."

45 jours plus tard, Philippe Henriot sera abattu par la Résistance en plein Paris.

Pierre Dac:"Les gars de la vermine". (sur l'air des gars de la marine)



Quand on est un salaud
un vrai un pur, un beau
on se met au service
de la maison Himmler (bis)
puis on fait le serment
d'obéir totalement
quelque soit ses caprices
aux ordres du fürher (bis)

la croix gammée sur l'oeil
on montre avec orgueil
qu'on est un grand champion
dans la course a l'abjection

Refrain :
Voilà les gars de la vermine
chevalier de la bassesse
voilà les Waffen SS
Voyez comme ils ont fier mine
c'est dans le genre crapuleux ce qui se fait de mieux
avant qu'on ne les extermine
regarder les consciencieusement
voilà les gars de la vermine
du plus petit jusqu'au plus grand
du simple voyou à Darnand
Ils sont Allemands

vendredi 4 juillet 2008

61.Sergent Garcia:"Acabar mal".

Ce titre du sergent Garcia peut être considéré comme un hymne à la rébellion dans un monde toujours plus injuste. Pour définir son style, le Sergent parle de salsamuffin, savant mélange de salsa et de raggamuffin auxquels s'ajoutent une pointe de rock, de reggae, de hip-hop et d'autres rythmes chaloupés en provenance des Caraïbes.

La chanson est tiré de l'album un poquito quema'o, le second du groupe et son plus populaire à ce jour. Le leader du groupe, Bruno Garcia y est accompagné par les Locos del Barrio.




Serget Garcia:"Acabar mal".

Todo esto va a acabar muy mal
Todo sí, todo tiene que acabar muy mal
Si siguen así machacando a la gente
Un día de estos se levanta potente
Con el puño levantando pa'decir que es suficiente
De los palos de la pasma ya tenemos bastante
Nosotros queremos salir de este cine mal oliente

Matarile, rile, rile, rile, ron
Escucha mi son, es son de la revolución

Oye hermano, este son yo vengo animando
Bien pegaditos lo estamos bailando
Con buen ritmo y con sabor.

....................

Tout ça va très mal finir
Oui, tout va mal finir,
S'ils continuent à mettre la pression sur les gens,
Un jour ils se lèveront le poing levé.
Le poing levé pour dire que ça suffit !
Des matraques, des flics, nous en avons assez,
Nous voulons sortir de ce cinéma nauséabond.

Matarile, rile, rile, rile, ron
Ecoute mon son, c'est celui de la révolution !
Ecoute frère, ce que je suis en train de mixer,
Bien chauds, dansons le dans le bon rythme et avec joie

60. François Béranger:"Mamadou m'a dit."

Ici, François Béranger s'intéresse à la situation des anciennes françaises d'Afrique au lendemain des indépendances. Il insiste sur l'état de sujétion dans lequel ces pays à l'égard de leur ancienne métropole. Cette dernière maintient ses prérogatives par l'intermédiaire des nouveaux dirigeants qui doivent toujours bénéficier de son aval pour disposer d'un peu de marge de manoeuvre. Dans ce système, les deux parties y trouvent leur compte: les dirigeants se font graisser la patte par les grands groupes industriels européens qui ont carte blanche pour exploiter les ressources du pays (Total au Gabon par exemple). Corruption, clientélisme sont encouragés par les anciennes métropoles qui y voient l’occasion de préserver leurs intérêts.
Le néo-colonialisme remplace la colonisation.
* Beaucoup de ces nouveaux Etats connaissent très vite une dérive dictatoriale permise notamment par l'inexpérience de la démocratie, une faible scolarisation, des élites peu nombreuses, d'énormes écarts de richesses favorisant le clientélisme électoral. Dans ces conditions les coups d’états militaires se multiplient ( Mobutu au Congo, Amin Dada en Ouganda en 1971...). Les nouveaux dirigeants font l’objet d’un culte de la personnalité et s’appuient sur un parti unique. Ils instaurent un régime policier répressif, censé maintenir la cohésion de la nation.
* Les métropoles n’ont pas voulu industrialiser leurs colonies dont l'économie reste donc avant tout fondée sur l'agriculture. Les nouveaux États doivent donc recourir à des importations coûteuses des pays industrialisés, c'est-à-dire essentiellement des anciennes métropoles. Les techniques agricoles sont routinières (cultures sur brûlis). Les cultures vivrières ont été le plus souvent remplacées par des cultures d’exportation vers la métropole. Les pays en sont donc dépendants de ces cultures d'exportation, or les prix de ces denrées s'avèrent très fluctuants.

Au bout du compte, les premières victimes de ces échanges inégaux sont les populations pauvres de ces jeunes pays. Certains d'entre eux partent alors vers l'ancienne métropoles pôles de la Triade) pour tenter de gagner leur vie, mais restent souvent cantonnés dans les emplois les plus difficiles. Lorsque les Trente Glorieuses s'achèvent et que la crise pointe le bout de son nez, ces populations immigrées sont souvent rejetées et accusées de tous les maux.
Le Front national utilise jusqu'à la nausée les vieilles rengaines stupides affirmant que les étrangers viennent voler le pain des Français, oubliant au passage à quel point cette main d'œuvre immigrée était vitale pour le pays dans un contexte de croissance (ici la comparaison avec un citron est bien trouvée. On rejette ceux qui ne sont plus considérés comme "utiles").


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"Mamadou m'a dit" François Béranger.

Mamadou m'a dit
Mamadou m'a dit
On a pressé le citron
On peut jeter la peau

Les citrons c'est les négros
Tous les négros d'Afrique
Sénégal Mauritanie
Haute-Volta Togo Mali
Côte d'Ivoire et Guinée
Cameroun et Tutti Quanti

Les colons sont partis avec des flons-flons
Des discours solennels des bénédictions
Chaque peuple c'est normal dispose de lui-même
Et doit s'épanouir dans l' harmonie
Une fois qu'on l'a saigné aux quatre veines
Qu'on l'a bien ratissé et qu'on lui a tout pris.

{Refrain:}
Les colons sont partis
Ils ont mis à leur place
Une nouvelle élite
Des noirs bien blanchis
Le monde blanc rigole
Les nouveaux c'est bizarre
Sont pires que les anciens
C'est sûrement un hasard.

Le monde blanc rigole quand un petit sergent
Se fait sacrer empereur avec mille glorioles
Après tout c'est pas grave du moment que les terres
Produisent pour les blancs ce qui est nécessaire
Le coton l'arachide le sucre le cacao
Remplissent les bateaux saturent les entrepôts.

{au Refrain}

Après tout c'est pas grave
Les colons sont partis
Que l'Afrique se démerde
Que les paysans crèvent
Les colons sont partis
Avec dans leurs bagages
Quelques bateaux d'esclaves
Pour ne pas perdre la main.

Quelques bateaux d'esclaves pour balayer les rues
Ils se ressemblent tous avec leur passe-montagne
Ils ont froid à la peau et encore plus au cœur
Là-bas c'est la famine et ici la misère
Et comme il faut parfois manger et puis dormir
Dans les foyers taudis on vit dans le sordide.

{ Refrain}

Et puis un jour la Crise
Nous envahit aussi
Qu'on les renvoie chez eux
Ils seront plus heureux
Qu'on leur donne un pourboire
Faut être libéral
Et quand à ceux qui râlent
Un bon coup de pied au cul.

Vous comprenez Monsieur c'est quand pas normal
Ils nous bouffent notre pain ils reluquent nos femmes
Qu'ils retournent faire les singes dans leur cocotiers
Tous nos bons nègres à nous qu'on a si bien soignés
Et puis c'qui est certain c'est qu'un rien les amuse
Ils sont toujours à rire ce sont de vrais gamins.

mercredi 2 juillet 2008

59. Jean Louis Murat: "Le coup de Jarnac".

Dans cette chanson de 1998, Jean-Louis Murat s'intéresse à la mémoire de François Mitterrand, président de la République pendant deux mandats et décédé en janvier 1996. Personnage complexe et fin stratège politique, Mitterrand fascine les artistes, les chanteurs en particulier (Renaud consacre sa chanson "Tonton" à Mitterrand; Barbara écrit "regarde" le 12 mai 1981 pour fêter la victoire du président socialiste).


Ici, le chanteur auvergnat s'intéresse plus particulièrement aux obsèques du président et à la mémoire de celui-ci. Dans son testament, il écrit « Une messe est possible ». En fait cet agnostique, fasciné par la question spirituelle, aura même droit à deux messes, le 11 janvier 1996. L’une, officielle, à Notre-Dame de Paris, présidée par le cardinal Jean-Marie Lustiger rassemble les dirigeants politiques de la planète; l'autre à Jarnac, la terre de son enfance, où sont célébrées les obsèques privées et où apparaissent, pour la première fois en… public, les « deux » familles, la légitime et l’illégitime formée par Mazarine et sa mère.


François Mitterrand repose dans le caveau familial, à Jarnac. Murat intitule d'ailleurs son titre "le coup de Jarnac", en référence à la célèbre expression d'origine historique dont le Littré disait: « Gui de Chabot Jarnac, dans un duel, le 10 juillet 1547, fendit d’un revers de son épée le jarret à son adversaire François de Vivonne, seigneur de la Chateigneraie. Ce coup fut trouvé très habile et fournit une expression proverbiale, qui a pris un sens odieux; mais c’est un tort de l’usage, car le coup de Jarnac n’eut rien que de loyal, et le duel se passa dans toutes les règles de l’honneur."

Une expression qui correspond très bien au défunt président, roué et imprévisible, capable de désarçonner n'importe quel interlocuteur.

"Le coup de Jarnac" Jean-Louis Murat (1998).


Quel est ce deuil sur nos âmes
Un mammifère sur le chemin
Un impromptu immémorable
Dans l'antichambre du destin

Dans le pays quelle chamade
Pour la mort d'un florentin
Quel est ce deuil sur nos âmes
Quel est ce deuil qui nous tient

Charmé par le souci de l'âme
Comme Osiris, chacun vient
Toucher l'éventail de flammes
La truffe du labrador câlin

C'est à Nation, la communarde
Qui pleure à la fin du roman
Heure où chacun est de passage
Où se dénoue le grand tourment

Voilà le vertige peu banal
Du lièvre qui va à pas lents
Comme une idée où je voyage
Entre délices étincelants

Ce soir, un peuple, seul à la table
Éprouve un désir très chrétien
Pour l'idée vierge, la clocharde
Que tu connais, que tu connais enfin
Quel est ce deuil sur nos âmes
Est-ce bien le deuil auquel tu tiens ?


Liens:
- Les obsèques de François Mitterrand dans les archives de l'INA.
- Le site officiel de Jean-Louis Murat.