mardi 5 novembre 2013

276. Baba Brinkman: "Creationist cousins"

En dépit de la condamnation de Scopes, le "procès du Singe" a tout d'une victoire à la Pyrrhus pour les créationnistes. (1) Leur héraut, Bryan, y a été ridiculisé par l'avocat et libre penseur Clarence Darrow. Ainsi, lorsque ce dernier demande si les poissons ont été eux aussi noyés lors du Déluge, Bryan est bien obligé d'admettre une lecture symbolique de la Bible.
En dépit de ce fiasco judiciaire, les créationnistes ne désarment pas comme le prouve leur spectaculaire retour en force au cours des années 1980.
Nous nous demanderons ici comment les idées créationnistes sont parvenues à s'imposer auprès d'une frange non négligeable de la population américaine.

"A venerable Orang-outang." Caricature de Charles Darwin, tirée du magazine The Hormet, 22 mars 1871.


* Dieu contre Darwin.
Derrière les controverses qui opposent sur le terrain strictement scientifique créationnistes et évolutionnistes, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent. 
 La vision évolutionniste (2) postule que les espèces vivantes sont le résultat du lent travail de forces naturelles. Comme d'autres avant lui (en particulier Lamarck), Darwin nie la thèse fixiste.  Il est en revanche , dans sa magistrale synthèse parue en 1859: L'Origine des espèces, le premier à proposer une théorie vraiment scientifique de l'évolution.
Le darwinisme (3) contredit donc la théorie créationniste de la Genèse. L'Homme ne serait plus une créature façonnée par Dieu, mais le dernier maillon d'une chaîne de transformations naturelles. Pour Jean-Pierre Martin (voir sources), "son hypothèse (...) ruine , sur trois points, au moins, le récit de la Genèse.
A la chronologie sacrée (Création en 6000 av. J.-C.), obtenue par calcul des 'généalogies', il oppose un âge terrestre de 200 millions d'années; la Genèse décrit la création définitive des espèces vivantes, et leur perpétuation à l'identique 'selon leurs semences': toute espèce animale ou végétale est donc à jamais fixée par la création divine, ce qui exclut toute évolution; Darwin fait de l'homme un animal, issu d'une longue séquence d'espèces, et contredit encore le récit biblique, où Dieu, par une 'création spéciale', crée un être à son image à qui il soumet le monde vivant."

A peine formulée, la théorie de Darwin  suscite de vifs débats idéologiques. (4) La polémique éclate dès 1860, à l'occasion d'un débat opposant l'évêque d'Oxford, antidarwinien, au naturaliste Thomas Huxley. Lorsque l'ecclésiastique demande au second s'il descendait du singe par son grand-père ou par sa grand-mère, Huxley rétorque: "Je prétends qu'il n'y a pas de honte pour un homme à avoir un singe pour père. Si je devais avoir honte d'un ancêtre, ce serait plutôt d'un homme: un homme à l'intellect superficiel et versatile qui, au lieu de se contenter de ses succès dans sa propre sphère d'activité, vient s'immiscer dans des questions scientifiques qui lui sont totalement étrangères, ne fait que l'obscurcir par une rhétorique vide, et distrait l'attention des auditeurs du vrai point de la discussion par des digressions éloquentes  et d'habiles appels aux préjugés religieux."
En 1877, le pape Pie IX évoque les "aberrations du darwinisme".  Toutefois, c'est bien après la mort de Darwin (en 1882) que l'opposition radicale au darwinisme se manifeste avec le plus de virulence. (5)  Elle est le fait des fondamentalistes protestants du Vieux Sud des États-Unis (la Bible belt) dont l'influence atteint son paroxysme lors du "procès du singe". Le déroulement des débats conduit pourtant les créationnistes à la déroute. Perçus dès lors comme d’obscurantistes bigots allergiques aux progrès scientifiques, ils se replient pour plusieurs décennies sur les États ruraux du sud, refusant officiellement l’engagement politique.


Jerry Falwell et Ronald Reagan en 1987.

Après cette éclipse relative, les fondamentalistes réapparaissent sur la scène politique au cours des années 1970. Pour diffuser leur vérité, ils se dotent d'écoles, d'universités où l'on enseigne la création du monde selon la Bible. Chaînes de télévision et de radios constituent d'autres vecteurs de diffusion du créationnisme. A longueur de prêches, de célèbres télévangélistes "orthodoxes", tels que Jerry Falwell, Jimmy Swaggart ou Pat Robertson, développent leurs thèmes de prédilection et obsessions:  la lutte contre l'avortement, l'homosexualité, la pornographie, le darwinisme...
La Majorité morale, une organisation de défense de l'orthodoxie évangélique  fondée par Jerry Falwell, s'avère tout à fait représentative de cette "nouvelle droite chrétienne" qui émerge à l'aube des années 1980. Cette Christian Right occupe depuis lors l’aile droite du Parti républicain qu'elle soutient de manière indéfectible. En 1980, la droite chrétienne apporte une aide décisive au candidat républicain Ronald Reagan pour l'emporter aux élections présidentielles. Une fois élu, ce dernier présente le darwinisme comme une simple théorie parmi d’autres, à traiter à égalité avec la théorie biblique de la création. Dans son sillage, G. W. Bush se prononce en faveur de l’enseignement de la « théorie biblique de la création » dans les écoles (à côté de la théorie darwinienne). 

* "Dessein intelligent".
Ce regain d'influence des créationnistes repose sur un argumentation renouvelée. 
Longtemps, l'offensive contre le darwinisme est le fait de groupes "créationnistes"
adeptes d'une lecture littérale de la Bible. Désormais, la plupart des créationnistes ne cherchent plus à interdire Darwin, mais à corriger ses thèses selon la notion nouvelle du « dessein intelligent».

Avec l’Intelligent Design (6), l’offensive contre Darwin se fait plus subtile. Pour ses partisans, la vie s'avère si complexe qu’elle ne peut provenir que d’un esprit supérieur, un « designer intelligent ». L'évolution des espèces existerait bien, mais elle serait organisée par Dieu ou une autre force surnaturelle. Et, tout en fustigeant la "science matérialiste", les créationnistes recherchent une caution scientifique à leur propos. Il se targuent de bénéficier de l'adhésion à leur cause d'universitaires reconnus, biologistes, mathématiciens, avocats.
L'offensive des créationnistes passent aussi par le Discovery Institute, un think tank "spécialisé" dans les questions d’environnement, de technologie et d’Intelligent Design. (7)
Le Discovery Institute utilise sa puissance financière pour diffuser la théorie du « dessein intelligent » et fait preuve d'un lobbying très actif auprès des politiques.
Pour propager ses idées auprès du grand public, le Creation Museum, installé à Petersburg dans le Kentucky, a ouvert ses portes en 2007. Les origines de l’univers, de la vie et de l’humanité y sont présentées conformément à une lecture littérale du livre de la Genèse.

Financé par le biais de donations à l’association chrétienne de promotion du créationnisme, Answers in Genesis, le Creation Museum présente les origines de la vie conformément à une lecture littérale de la Genèse. Les concepteurs du musée pourfendent la théorie de l'évolution. Des scènes de reconstitution font se côtoyer les premiers hommes et les dinosaures. Pourtant, « selon les théories scientifiques les plus acceptées, les derniers dinosaures se seraient éteints il y a 65 millions d’années et les premiers hommes seraient apparus 200 000 ans avant J.-C. », il est donc impossible qu’ils aient vécu au même moment sur Terre et se soient gentiment côtoyés comme le laisse croire cette reconstitution.


 * un frein: le Mur de séparation.
L'entreprise de remise en cause de la théorie de l’évolution et de promotion du créationnisme dans l'espace public reste entravée par le " mur de séparation" entre l’Église et l’État. (8)
La Cour suprême frappe ainsi de nullité des lois votées contre l'enseignement du darwinisme:
- En 1968, l'arrêt Epperson vs Arkansas invalide, pour violation du premier amendement de la Constitution, une décision de l’État interdisant "l'enseignement de la théorie selon laquelle l'humanité descend d'un ordre animal inférieur". Interdire le darwinisme, estimaient les juges, revenait à officialiser le point de vue d'une Église particulière, ce qui était contraire à l'esprit de la Constitution.
- Cette jurisprudence est maintenue et renforcée dix-neuf ans plus tard avec l'arrêt Edward v. Aguillard 1987. La Cour suprême invalide une loi de Louisiane qui interdisait d' « enseigner la théorie de l'évolution dans les écoles publiques à moins qu'elle soit accompagnée d'instructions concernant le créationnisme ». Or, pour les juges, la pseudo "science de la création" n'est qu'une religion camouflée. L'enseigner sur le même plan que le darwinisme reviendrait donc à privilégier une conception particulière du christianisme et à bafouer le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Ces dernières années, la querelle de la parité, c'est-à-dire l'enseignement égal du créationnisme et des théories évolutionnistes, repart de plus bel dans certains États de la Bible belt (Arkansas, Kansas).
Si la question du dessein intelligent n'a pas été l'objet d'un jugement de Cour suprême, un tribunal fédéral de Pennsylvanie a toutefois interdit, en décembre 2005, l'utilisation dans les établissements publics d'un manuel présentant le dessein intelligent comme une alternative au darwinisme.



 * Regain de vitalité du créationnisme.
 Il n'empêche qu'aujourd'hui, les fondamentalistes sont devenus un lobby incontournable, parvenu à séduire et convaincre de très nombreux Américains. Ainsi, d'après un sondage de 2004, 55 % des Américains croient à la "création spéciale"de l'homme par Dieu, quand 13 % seulement s'y refusent. Enfin, 65 % souhaitent que le créationnisme – ou les théories de l’Intelligent Design – soit enseigné en même temps que la théorie de l’évolution.

Détournement d'une affiche raillant Sarah Palin, convaincue que "les dinosaures et les hommes avaient vécu en même temps sur Terre, il y a six mille ans". Cette colistière du candidat républicain John McCain  à l’élection présidentielle, se revendique une créationniste convaincue.

* Rap Guide to Evolution.
Le rappeur canadien Baba Brinkman est un disciple assumé de Charles Darwin, dont il a adapté De l'origine des espèces, dans son spectacle Rap Guide to Evolution. Cet ancien étudiant en biologie entend, de cette manière, contrer les arguments des adeptes du créationnisme. "Le créationnisme est une croyance très intuitive, qui voudrait que le vivant, parce qu'il semble très compliqué, ait été fabriqué. C'est ce qu'on appelle 'l'illusion de la conception.' Darwin nous a démontré que cette complexité provient de l'accumulation lente et graduelle de changements aléatoires, les mutations les plus bénéfiques étant conservées à chaque génération."
Dans le titre ci-dessous, Brinkman décrit un repas de famille mettant aux prises créationnistes et darwinistes convaincus. Selon lui, le morceau Creationist Cousins " [...] est la version dramatisée d'un dîner de famille chez les Brinkman. Mes cousins sont des créationnistes, moi je plaide pour la perspective darwinienne. Tout cela est vrai, peut-être pas mot pour mot, j'ai quand même dû faire des rimes! Mais la substance des arguments s'appuie sur des discussions familiales réelles."


Notes: 
1. Créationnisme: apparue dans les milieux évangélistes, en réaction à la théorie de l'évolution, cette doctrine pose que le récit de la Genèse doit être accepté à la lettre. [définition proposée par le magazine L'Histoire n° 328, ainsi que celles des 2 notes suivantes] 

2. Théorie de l'évolution: elle formalise l'idée que les espèces évoluent. Cette idée, déjà présente chez Lamarck au début du XIXe siècle, prend toute sa dimension scientifique avec Darwin: les espèces évoluent au moyen de la sélection naturelle, processus qui s'exerce sur les individus. A terme, les espèces les moins adaptées à leur environnement disparaissent.
3. Darwinisme: nom donné, souvent avec une nuance péjorative, soit à la théorie de l'évolution élaborée par Darwin, soit à certaines de ses interprétations réelles ou supposées. Deux points sont spécialement en cause: l'animalité de l'homme et le principe d'après lequel l'évolution serait guidée par le hasard.
4. Le darwinisme nourrit à la fois des débats théologiques, au sein des différentes Églises, mais il devient également un enjeu politique, entre conservateurs et libéraux.
5. La hiérarchie catholique infléchit lentement ses positions. Ainsi, en 1950, l'encyclique Humani generis  affirme qu'il n'existe pas d'opposition entre l'évolution et la doctrine de la foi.
6. Le terme Intelligent Design a été inventé en 1988 par le paléontologue américain Stephen C. Meyer et a donné naissance, au début des années 1990, au mouvement du même nom. Il s'agit de l'idée selon laquelle, s'il y a bien évolution des espèces, elle est organisée par une intelligence supérieure. L'idée a été raffinée dans les années récentes aux Etats-Unis, afin de fournir aux fondamentalistes une approche d'allure plus scientifique que le créationnisme.
7. Établi à Seattle dans l’État de Washington, le Discovery Institute a été fondé en 1990. Il dispose en outre d'un Center for Science and Culture, dévolu à l’Intelligent Design. Il est financé par les mêmes groupes chrétiens conservateurs qui ont contribué à l’élection de George W. Bush à la Maison-Blanche.
8. Une séparation implicitement garantie par la Constitution dont le premier amendement interdit l'établissement de toute église officielle.





Baba Brinkman: "Creationnist cousins."

Refrain:
Creationist cousins, they’re my relations, 
I love ‘em But when they talk about Jesus and Revelations and Judges
 I’ve gotta take it up with them 
 ‘Cause there’s a better explanation for the place that we come from, okay? 
Creationist cousins, they’re my relations, 
I love ‘em But at the dinner table we get on some crazy discussions 
 I’m always questioning their basic assumptions 
And saying, “yes I believe we came from monkeys, okay?”

Mes cousins créationnistes, ce sont mes proches parents,
je les aime bien, mais quand ils parlent de Jésus, de révélation et des Juges
Je dois prendre sur moi?
car il y a une meilleure explication sur nos origines, ok?
Mes cousins créationnistes, ce sont mes proches parents,
je les aime, mais à table nous avons des discussions folles
je suis toujours en train de remettre en cause leurs hypothèses de base
en disant, "oui je crois que nous descendons du singe, ok?


That’s the idea that most enrages Darwin’s detractors
The idea that we came from ape-like ancestors 
Some people still question this, and say:
 “If we came from Monkeys, then how come there’s monkeys still in existence?”
 Allow me to illustrate a similar instance
I’m descended from Dutch Calvinist immigrants 
Who came to Canada in the 1950s 
And I still have second cousins who live in the Netherlands 
But they’re not my ancestors; they’re my relatives 
Since we have common genetic elements 
 Inherited from our great grandparents 
 That’s just three generations back, but here’s the relevance
Three thousand generations back, human beings all have 
Common ancestors, so really we’re all relatives
 Which also means all relationships are relatively incestuous 
Further back we have common ancestors with chimps 
And gorillas and elephants and plants, and billions 
Of years back our ancestors are all single-cellular
But what I find incredible isn’t this principle 
 Of “unity of common descent”, that’s just elegant 
 What’s incredible to me is that some of my living relatives 
Still believe the earth was created about seventy-odd 
Centuries ago – around the time of the Egyptians 
By a benevolent God and that this same 
God Is currently manipulating the elements
And that evolutionism is devilish 
Did I mention that I was descended from 
Calvinist fundamentalists? 
 Well, I still have cousins as dedicated representatives 
Approximately twenty percent of them 
And at the dinner table we debate statistics
 And those debates get kind of interesting 
 They go like this...

C'est l'idée qui fait le plus enrager les détracteurs de Darwin
 l'idée que nous descendions d'un ancêtre simiesque
Bien des personnes ne l'acceptent pas, et disent:
"Si nous descendons du singe, alors comment expliquer que les singes soit toujours de ce monde?"
Permettez moi d'illustrer un cas similaire
Je suis le descendant d'immigrants néerlandais calvinistes
qui arrivèrent au Canada dans les années 1950
et je continue d'avoir des cousins au second degré qui vivent aux Pays-Bas
Mais ils ne sont pas mes ancêtres; ils sont mes parents
puisque nous avons des éléments génétiques en commun
hérités de nos grands-parents
C'est seulement trois générations en arrière, mais voici la pertinence
3000 générations en arrière, les êtres humains ont tous des ancêtres communs,
de sorte que nous sommes vraiment tous parents
ce qui signifie également que toutes les relations sont relativement incestueuses
Plus en arrière encore nous avons des ancêtres communs avec les chimpanzés,
les gorilles, les éléphants et les plantes, et des milliards
d'années en arrière, nos ancêtres sont tous mono-cellulaires
Mais ce que je trouve vraiment incroyable, ce n'est pas ce principe
 "de l'unité d'une origine commune", c'est juste élégant?
Ce qui est incroyable pour moi, c'est que certains de mes parents vivants
continuent de croire que la Terre a été créée il y a environ
70 siècles - à l'époque des Egyptiens
par un Dieu bienveillant et que ce même Dieu
est toujours en train de manipuler les éléments
et que l'évolutionnisme est diabolique
Ai-je mentionné que je descend de calvinistes fondamentalistes?
Eh bien, je continue d'avoir des cousins représentants consacrés?
à peu près 20 pour cent d'entre eux
et à la table du dîner, nous débattons de statistiques
et ces débats sont gentiment intéressants
ça donne à peu près ça...

 Refrain

I say, “Creationism is unscientific 
Ninety-nine percent of practicing scientists accept evolution 
As the best explanation we have for living systems 
 Why? 
Because there’s overwhelming empirical evidence!”
 And they say, 
“Baba, science isn’t run by consensus 
 That one percent is quite significant 
 Those are the creationist scientists who have found signs 
 Of intelligent design, but whenever they try and 
 Publish it in the mainstream literature, they get black-listed 
Besides, your presuppositions are materialistic 
Maybe all that evidence scientists say they’ve collected
 Just empirically proves that 
God wants our faith to be tested!” 


Alors, je dis, "le créationisme n'est pas scientifique
99% des chercheurs acceptent la théorie de l'évolution
comme la meilleure explication dont nous disposons sur les systèmes vivants
Pourquoi?
Car il y a des preuves écrasantes!"
Et ils répondent,
" Baba, la science n'est pas régie par un consensus
Ce 1% est très significatif
ce sont les scientifiques créationnistes  qui ont identifié des signes
de conception intelligente, mais à chaque fois qu'ils
essaient de se faire publier, ils sont censurés
En outre, vos présupposés sont matérialistes
 tous les éléments de preuve que les scientifiques
affirment avoir collecté de manière empirique prouvent juste 
que Dieu  veut éprouver notre foi!"

So then I say, 
“But that means your benevolent 
God Is perpetrating a massive intellectual fraud! 
So either evolution is the victim of a frame job
 Which explains all of its predictive successes 
Or we have to separate 
God from the scientific method” 
And that’s when my sister steps in 
To defend a different kind of creationism
 – Cultural creationism,
 Also known as “social constructivism” or “post-modernism”

Alors je rétorque
" Mais cela signifie que votre Dieu bienveillant
fait preuve de malhonnêteté intellectuelle!
Soit l'évolution est victime [frame job?]
ce qui explique le succès de toutes ces prédictions
soit nous devons séparer Dieu et la méthode scientifique"
Et c'est alors que ma soeur intervient pour défendre
une autre forme de créationnisme - "créationnisme culturel"
aussi connu comme "constructivisme social" ou "post-modernisme"

[...]


 Refrain


Sources:
- Mokhtar Ben Barka: "Dieu, Darwin et le prédicateur", in L'Histoire n°284, p44.
- Denis Lacorne: "Creationist revival", in L'Histoire n°328, p44.
- Olivier Postel-Vinay: "Cent cinquante ans d'affaire Darwin", in L'Histoire n°328, février 2008.
- Gaël Lombart: "Baba Brinkman, le rappeur darwinien", in Music n°3, juillet-septembre 2012.
- Jean-Pierre Martin: "Créationnisme", in "Dictionnaire des Etats-Unis", Larousse, 2010.
- "Constitution et religion: analyse de la jurisprudence américaine relative au créationnisme." (PDF)
- Mokhtar Ben Barka: "La droite chrétienne ou l'itinéraire politique des évangéliques américains."

Liens: 
- Le procès a inspiré de nombreux morceaux. PBS en propose quelques uns sur cette page.
- Le site internet de Baba Brinkman.
- La Cité des sciences: "Le dessein intelligent ou le créationnisme nouvelle mode."
- Passeur de sciences: "Offensive anti-science aux Etats-Unis."
- Science et avenir: "La résistance à Darwin à l'école est politico-religieuse."
- A propos du musée créationniste de Petersburg.
- Les sceptiques du Québec: "Créationnisme."; "Création intelligente."
- Les inrocks: "Darwin, nouveau parrain du hip hop?"
- Marianne: "L'école confrontée au créationnisme."


dimanche 6 octobre 2013

275. Alt-J : "Taro", 2012.


Gerda Taro, reporter de guerre.


Indochina, Capa jumps Jeep, two feet creep up the road

Indochine, Capa saute d’une Jeep, deux pieds avancent à pas feutrés sur la route

To photo, to record meat lumps and war

Pour photographier, pour enregistrer des morceaux de viande et la guerre

They advance as does his chance – very yellow white flash

Ils avancent tout comme son sort – un flash jaune et blanc

A violent wrench grips mass, rips light, tears limbs like rags

Un mouvement brusque et violent saisit la masse, déchire  la lumière, déchire les membres en lambeaux
Burst so high finally Capa lands

Ejecté si haut, finalement Capa retombe

Mine is a watery pit. Painless with immense distance

La mine est une puits humide. Indolore avec une immense distance

From medic from colleague, friend, enemy, foe, him five yards from his leg, from you Taro

D’un médecin, d'un collègue, ami, ennemi, adversaire, il est à 5 mètres de sa jambe, de toi Taro
Do not spray into eyes – I have sprayed you into my eyes

Ne pas vaporiser dans les yeux – Je t’ai vaporisé dans mes yeux
3:10 pm, Capa pends death, quivers, last rattles, last chokes
3h10 de l’après-midi, Capa est aux seuil de la mort, il frémit, derniers tremblements et sanglots

All colours and cares glaze to grey, shrivelled and stricken to dots

Les couleurs et les soins se vitrifient de gris, se rabougrissent et se réduisent à des pointillés
Left hand grasps what the body grasps not – le photographe est mort
La main gauche saisit ce que le corps ne peut plus saisir – le photographe est mort

3.1415, alive no longer my amour, faded for home May of '54

3.1415, je ne suis plus vivant mon amour, je m’efface jusqu’à chez moi, Mai 1954

Doors open like arms my love. Painless with a great closeness

Des portes ouvertes comme des bras mon amour. Indolore avec une grande intimité

To Capa, to Capa Capa dark after nothing

Pour Capa, pour Capa, Capa le noir et après le néant
Re-united with his leg and with you, Taro

Il retrouve sa jambe et te retrouve toi, Taro


Do not spray into eyes – I have sprayed you into my eyes

Ne pas vaporiser dans les yeux – Je t’ai vaporisé dans mes yeux



C’est sur les bancs de l’université de Leeds dont la scène indie-rock est une des plus active d’Angleterre que s’est formé Alt-J, quator dont le nom évoque un raccourci clavier ce qui est assez astucieux, leur musique se colorant volontiers de quelques nuances électroniques. Disponibles dès 2011, un single permet au groupe de percer. Leur premier album An awsome Wawe sorti en 2012 emballe la critique  autant que le public, et vaut à la jeune formation de décrocher prestigieux Mercury Prize du meilleur album de l’année,  mettant ses pas dans ceux de leur prestigieuse ainée Polly Jean Harvey.

Le groupe Alt-J

A Awsome Wawe  se clôt sur le titre baptisé Taro.  Ce nom, couplé à celui de Capa dans le texte de la chanson nous met sur la piste de la mystérieuse personne qu’il évoque. Il est aussi question de guerre, de mort, de chairs déchiquetées, de bras ouverts en vue de retrouvailles et de flash photographiques un peu blêmes. Taro conte l’histoire d’une longue nuit qui sépara deux individus de façon brutale comme une jambe se sépare d’un corps en sautant sur une mine ; une histoire douloureuse qui s’achève en pleine lumière, bras ouverts et accueillants lorsque les corps déchiquetés sont à nouveau réunis. C’est la trajectoire de deux grands photographes de guerre, Gerda Taro et Franck Capa, brièvement unis, prématurément séparés, passés de l’ombre à la lumière en deux temporalités disjointes qui finirent récemment par s’accorder.


Une femme de l’ombre.

Dans les gradins des arènes d’Espagne, les places à l’ombre sont les plus chères. Gerda Taro, elle, a brièvement connu le soleil écrasant du pays avant de passer le restant du siècle à l’ombre, son travail ne parvenant pas à laisser d’elle des traces suffisantes pour la postérité.

Fauchée à 27 ans dans l’exercice de son métier de photographe de guerre Gerda Taro ses photos avec elles, tombe d’autant plus dans l’oubli, que bon nombre de ses clichés ne sont pas signées de son nom. Ce n’est que depuis quelques années qu’on apprend à la connaître, faisant d’elle une icône en devenir. Son déficit de notoriété posthume peut paraître paradoxal ; en effet, Gerda Taro était non seulement une femme d’une beauté solaire, souvent présentée pompeusement et à tort comme la  « première femme reporter de guerre », mais aussi la compagne libre et talentueuse de Robert Capa. Pourtant cette carte de visite l’a presque desservie, sa brève et pourtant intense existence n’a laissé que des furtives traces.

Gerda Taro à sa machine à écrire,
Fred Stein.
Plusieurs éléments auraient pu rendre totalement fusionnelles les vies et les trajectoires professionnelles des 2 photographes : leurs origines, leur parcours à travers l’Europe meurtrie de l’entre deux guerres redessinée par le traité de Versailles et dans laquelle la montée des régimes autoritaires et de l’antisémitisme obligent de nombreuses personnes à l’exil. Des amis communs, Paris, les avant-gardes intellectuelles et artistiques  qui s’y épanouissent, la découverte de la photographie, la jeunesse et le talent, l’engagement sont autant  de fils qui s’enchevêtrent pour tisser un portrait croisé de deux personnalités flamboyantes. Mais pour que cette grille de lecture soit opérante, il faudrait faire abstraction de la farouche indépendance de l’un et de l’autre. Elle ne l’est donc pas totalement.

Gerda Taro naît en Allemagne, à Stuttgart, en 1910 dans une  famille bourgeoise de confession juive qui a connu l’âge des empires, lorsque ceux-ci occupaient le cœur de l’Europe. Gerda Taro s’appelle, en réalité, Gerta Pohorylle. Ses jeunes années s’écoulent à Liepzig.  Puis, elle se rend à Genève pour ses études. La montée du nazisme et ses fréquentations d’activistes antinazis aiguisent vraisemblablement sa sensibilité politique. Indésirable en Allemagne où sa famille vit toujours, elle trouve refuge à Paris l’année de la prise du pouvoir d’Hitler. Les 6 derniers mois de l’année 33, Gerta vit de petits boulots. Bohême, sa vie frugale ne lui interdit pas la fréquentation des milieux intellectuels et artistiques germanopratins. Elle traîne aussi du côté de Montparnasse, Paris, comme le dit Hemingway qui fréquente les mêmes cercles, est alors une fête[1]. 
C’est par son amie Ruth Cerf qu’elle rencontre le charismatique Endre Friedmann, juif hongrois, qui a lui aussi fui le cœur tourmenté du vieux continent.  Il quitte d’abord Berlin,  puis Budapest tombée aux mains du binôme Horthy-Gömbos si proche des nazis. A Paris, Endre devient André. Ruth Cerf, qui doit lui servir de modèle pour une campagne publicitaire cède ce jour là sa place à Gerta Porohylle, son amie.

De fil en aiguille, nos deux exilés deviennent plus proches, et intimes. Cela ne suffit pas toutefois à mettre du beurre dans les épinards. Friedman n’est pourtant pas sans travail, l’évolution des techniques photographiques et son talent pour la prise de vue lui assurent de faire régulièrement des reportages. Dans ce Paris artistique bouillonnant, il faut parfois aider le destin d’un petit coup de pouce. Comme une boutade, les amants se créent une nouvelle identité pour les besoins de la profession : Gerta Pohorylle choisit de devenir Gerda Taro (on n’insistera pas ici sur les interprétations farfelues relatives à l’adoption de ce pseudonyme). Elle réinvente une identité pour celui dont elle partage désormais le goût et le talent pour la photographie : André Friedmann passe dans l’ombre. A la lumière de la grande répétition du 2ème conflit mondial qu’est la guerre civile espagnole, il devient Franck Capa, et s’impose d’emblée comme un très grand photographe de guerre.

Capa photographié par Taro durant la guerre d'Espagne.

Photographes de guerre : la pequena rubia, le Rolleiflex et le char fou.

Nos deux associés aux identités réinventées quittent la France à l'été 36 pour couvrir la guerre civile espagnole pour le magazine Vu. Tous les deux proches des milieux communistes en France, ils travaillent aussi ponctuellement pour Regards, magazine illustré, création du PCF dans les années 30, dont les couvertures sont entrées dans l’histoire car souvent réalisées par d’éminents représentants de la photographie d'avant-garde, humaniste et de presse de l’époque. Le travail photographique de Taro est militant et construit l’image d’une Espagne républicaine héroïque dont la victoire sur les troupes de Franco est une évidence. Elle ne photographie d’ailleurs pas l’autre camp celui des phalangistes, ce qui fait sens quant à sa posture de reporter. 

Combattantes Républicaines, G. Taro 1936.
Les poses des combattantes et combattants qu’elle photographie rappellent souvent le travail d’écriture politique par l’image que l’on trouve alors à l’est. Il s’agit d’exalter le courage, l’héroïsme, la force de conviction d’hommes et de femmes du peuple au service d’une cause juste appelée à triompher. 
Combattante à l'entrainement sur la plage, Barcelon 1936 par G. Taro.

En 37, Taro fait un deuxième séjour en Espagne, à Valence,  au moment de la seconde édition du congrès des écrivains pour la défense de la Culture. C’est alors qu’elle fait une première série de photos à la « Capa », si l’on peut dire. Elle fixe sur la pellicule les victimes d’un raid aérien autour de l’hôpital et de la morgue de la ville. La dramaturgie de la situation apparait de façon terrible et éclatante sous l’effet du révélateur chimique. Les photos de Gerda Taro disent ce que Capa a verbalisé dans cet adage qui résume toute sa philosophie adoptée ensuite par de nombreux reporters de guerre : « If your pictures aren't good enough, you're not close enough''[2].»

Peu de temps après, Taro suit les combattants républicains sur le front en Andalousie, à Madrid, à Brunete, enfin. Celle qu’on surnomme la pequena rubia est alors encore plus près des combats et des violences de la guerre, dans l’action, aux côtés des soldats. Les photographier pour mieux croire encore à la victoire ?

Cordoue, 1936, G. Taro.


Juillet 37, à Brunete, près de Madrid les républicains sont pourtant mal engagés,  contraints au repli face aux forces franquistes ici relayées par celles de la légion Condor[3]. C’est à la faveur de cette retraite que Gerda Taro trouve la mort happée par un char fou qui la broie alors qu’elle se tient sur le marche-pied d’un autre véhicule. Hospitalisée, et alors que ses chances de survivre s’enfuient, elle s’inquiète semble-t-il encore de l’état de ses appareils et de ses pellicules. C’est le couple Alberti[4], prévenu par téléphone, qui viendra identifier le corps. Le 1er aout Gerda Taro réunit autour de sa sépulture au Père Lachaise la fine fleur de l’intelligentsia communiste soudée autour d’un Capa inconsolable.

La tombe de gerda Taro au Père Lachaise (crédits)

A partir de cet instant, l’étoile de Gerda Taro pâlit au même rythme que celle de son amant devint de plus en plus aveuglante. En effet, tout comme le Guernica de Picasso résume à lui seul la tragédie de la guerre civile espagnole, c’est bien une photo de Capa qui dit la défaite terrible, héroïque, et le sacrifice des soldats républicains. Une photo qui dépasse tous les reportages et dit l’histoire.  A la une de Life, le soldat crucifié en plein combat, le fusil à la main est une des plus fameuse de tous les temps, et sa notoriété a très fermement résisté aux interrogations soulevées à propos de son authenticité[5]. Cela s’explique vraisemblablement par « l’œil » unique que fut Capa armé de son Leica. Il est sur tous les fronts et de tous les conflits, d’aucuns diront que l’on peut lire cette fuite comme un désir d’oubli de Taro dans les poussées d’adrénaline étourdissantes ressenties au plus près du danger. Pourtant, il semble que Bob Capa aimait plus les femmes et le jeu que le fracas des armes. Si cette théorie se vérifie sur la plage d’Omaha la sanglante, à Bastogne, ou  sur le front indochinois, où il se rend dans les années qui suivent le mort de Gerda, elle est moins convaincante lorsqu’il fixe sur un film les scènes d’humiliation de l’épuration - dont les célèbres photos de tondues de Chartres - ou encore celles de la Libération de Paris.

5 septembre 36, Cerro Muriano, près de Cordoue. Photo
de Robert Capa.

Indochina, Capa jumps Jeep … Quand Capa trouve la mort en sautant sur une mine à la descente de sa jeep qui le transporte sur la piste de Thai-Binh, l’heure de l’éclipse n’est pas encore venue. En dépit de l’évolution des techniques photographiques et des transformations du métier de reporter de guerre dans lequel d’autres grands se distinguent tels James Natchwey à Don Mc Cullin, l’aura de Capa reste inégalée. Est-ce l’engagement ? Est-ce le charisme ? Est-ce le talent ? Est ce l’époque ? Sans doute un savant dosage de chacun de ses ingrédients. Et l’instrument qui permet d’entretenir, de valoriser, et de conserver son travail, la célèbre agence associative Magnum fondée en avril 47 avec Cartier Bresson et David « Chim » Seymour, entre autres.

A cette date, il n’y a déjà plus guère de traces de Taro sur les pellicules.

Un valise pour écrin : Gerda Taro retourne à la lumière.

Gerda Taro, l’alouette de Brunete refait surface en 1994 lorsque Imre Schaber lui consacre tout un ouvrage. Celui-ci sera traduit assez tardivement en France en 2006 sous le titre Gerda Taro, une photographe révolutionnaire dans la guerre d’Espagne. Le livre révèle que le travail de photographe de Taro n’a pas seulement sombré dans l‘oubli du fait de sa vie trop brève. Cette éclipse est  également le résultat d’un faisceau de gestes plus ou moins anodins et conscients qui, empilés, ont occulté la quasi totalité de son travail.

Par exemple, de son vivant, quand elle est l’associée de  Capa, et dans la mesure où ils travaillaient alors pour la même agence, les deux photographes identifiaient bien souvent leurs photos d’un tampon « Capa&Taro » tant et si bien qu’il fut ensuite plus difficile de discerner celles de l’un de celles de l’autre. Au début du conflit, Capa optant pour le Leica et Taro pour le Rolleiflex, il fut un temps possible de différencier leurs clichés respectifs par le format. Hélas, les deux partenaires finirent par multiplier l’usage d’appareils photos similaires tant et si bien que cette solution fit long feu. L’ouvrage de Schaber indique aussi clairement que tous les Capa n’eurent pas le même visage ni la même mansuétude pour Taro. En effet, Cornell Capa, frère de Robert, qui a géré une bonne partie du fond photographique de ce dernier aurait désidentifier volontairement certaines photos de Taro à L’International Center of Photography de New York, rayant son nom pour ne laisser subsister que celui de son frère. Une façon singulière d’entretenir sa gloire posthume…

Mais sur le long chemin de Taro vers la lumière rien n’est simple ni linéaire, c’est aussi ce qui rend son parcours aussi fascinant. En effet, c’est paradoxalement à Cornell Capa que l’on doit son retour sous les projecteurs lorsqu’après des années de recherches infructueuses, il finit par récupérer une valise, transportée au Mexique, sauvée de  la guerre civile espagnole, dans laquelle sont enfermés des négatifs de photos prises durant le conflit. C’est une véritable mine puisque pas moins de 4500 clichés sont conservés là sur des rouleaux de pellicule identifiés un à un. 
La valise mexicaine de Capa (source @mahj)
4 noms sont inscrits dans cette valise mexicaine : celui de Capa, de Taro, celui de David « Chim » Seymour, un des associés de Capa dans la fondation de Magnum qui était présent durant la guerre d’Espagne et a couvert des fronts communs mais aussi très différents de ceux suivis par ses deux amis (il livre notamment un reportage sur les combattants basques républicains bénispar les prêtres avant de laisser parler les armes assez inoubliable) et enfin celui de Fred Stein. Ami du couple, il est l’auteur d’une série de photos de Gerda défaite de ses attributs de reporter, dans l’intimité sur lesquelles éclate son naturel rayonnant.

Taro par Fred Stein, 1936.











La valise ouverte, les négatifs tirés en planches contacts ou agrandis font le tour du monde. De l’ICP de New York, aux rencontres photographiques d’Arles, puis en Espagne et dernièrement au MAHJ de Paris, le grand public redécouvre non seulement la tragédie espagnole mais peut aussi contempler le talent de Gerda Taro, reporter de guerre morte dans l’exercice de son métier. Son visage et son travail sont désormais sortis de la nuit. Après le déchirure de 37, les retrouvailles de 1954 imaginées par  Alt-J, viennent celles des années 2000, l’exposition de la valise ayant attisé la curiosité, de nombreuses publications[6] permettent enfin mieux connaitre cette femme hors du commun sortie de l’ombre écrasante de R. Capa qui retrouve sa juste place dans l'histoire.



NDLR : Un billet pour Joëlle A. parce que c'est son titre préféré d'Alt-J qui n'a portant rien composé sur Charles le Chauve.
Bibliographie : 

Maspero, L’ombre d’une photographe, Gerda Taro, Seuil 2006
Schaber I., Gerda Taro, une photographe révolutionnaire dans la guerre d’Espagne, éditions du Rocher 2007.

Sur Gerda Taro: 
Denoyelle F., Imre Schaber, Gerda Tardo, Une photographe révolutionnaire dans la guerre d’Espagne, 2006.

Sur Capa et Taro : 
Une série d'articles de presse :  
Dans le Guardian.
Un second dans le Guardian également
Dans le NY times.

Sur Capa : 
Le site de la BNF qui lui consacra une exposition "Capa, connu et inconnu"

Sur la photo et ses évolutions : 
Dans le Guardian encore.

Sur la valise mexicaine : 
Le site lié au MAHJ.
Un compte rendu de l'expo sur l'Histgeoblog.
Sur le site de l'ICP de New York.




[1] E. Hemingway, Paris est une fête, 1973, Gallimard.
[2] « Si vous photos ne sont pas bonnes, c’est que vous n ‘étiez pas assez près.»
[3] La légion Condor est une force aérienne composée d’aviateurs volontaires nazis partis combattre aux côtés des franquistes. C’est cette même légion qui bombarde le village basque de Guernica en avril 1937 provoquant la mort de quelques 1700 civils.
[4] Rafael et Maria Teresa Alberti sa femme, président alors l’Alianza de los Intellectuales Antifascistas à Madrid, ils ont donc croisé Gerda à l’occasion du congrès évoqué plus haut. Il  s’est déplacé de Valence à Madrid.
[5] Il y a eu en effet un double débat récurrent sur le caractère « authentique » de la photo qui est soumis au doute pour ce qui concerne d'une part la recherche de l’identité du soldat et d'autre part le fait que la photo aurait été posée. On trouve très facilement en ligne de nombreux documents attestant de ce débat.
[6] Maspero, L’ombre d’une photographe, Gerda Taro, Seuil 2006
M. Begona et Inaket , Tristes cendres, éditions Cambourakis, 2011 

jeudi 12 septembre 2013

274: Horst Wessel Lied

« Je m’émerveille que le souteneur Horst Wessel, dit-on, ait donné naissance à une légende et à une complainte. [...] Toute l’Allemagne s’entendit seriner cet hymne de gloire à la mémoire d’un homme qui, sans Goebbels, n’eût jamais figuré que sur des registres d’écrou et dans la rubrique des faits divers. », note Jean Genet dans Notre-Dame-des-Fleurs.
A notre tour, nous tenterons de comprendre comment l'exploitation d'un sordide fait divers permet à Goebbels de transformer un obscur chefaillon en saint martyr du nazisme; comment il parvient à ériger un poème de seconde zone en hymne quasi-officiel du IIIeme Reich.


*1929. Contexte.
En Allemagne, la période 1929-1933 est qualifiée par les historiens de "guerre civile latente". La situation chaotique du pays s'explique en partie par la très grave crise économique qui l'affecte au lendemain du krach financier d'octobre 1929. Les conséquences sociales s'avèrent dramatiques. Le chômage atteint des niveaux insupportables (14 millions de chômeurs à temps plein et partiel) à l'été 1932!
Dans ce contexte difficile, les tensions politiques s'aggravent. Au printemps 1930, les désaccords sur les remèdes à apporter à la crise débouchent sur l'éclatement de la grande coalition entre la droite républicaine et les sociaux démocrates.
Dès lors, les partis républicains connaissent une impressionnante débâcle électorale. Alors qu'en 1928,  ils totalisaient plus de 50% des voix, ils n'en rassemblent plus que 37% en juillet 1932. Les partis hostiles à la République de Weimar, communistes (KPD) et nazis (NSDAP), au contraire, attirent un nombre d'électeurs croissant.  (1)

Évolution de l'électorat sous la République de Weimar. A partir de 1928, dans un contexte de très grave crise sociale, de nombreux électeurs de la droite et de la gauche socialiste se tournent vers le parti nazi (NSDAP), tandis que le parti communiste (KPD) demeure puissant.

A partir de 1930, l'absence de gouvernement disposant d'une majorité parlementaire claire marginalise le Reichstag. Le maréchal Hindenburg gouverne désormais par décrets-lois d'urgence, mettant un terme au fonctionnement normal de la démocratie parlementaire.
C'est désormais la rue qui devient le théâtre des affrontements politiques. Or, comme le rappelle Johann Chapoutot, la vie politique est "marquée, non seulement par la forte présence des anciens combattants et de leur esprit, mais aussi par l'apparition, au service des partis, de milices paramilitaires qui cultivent les us et les actes de la communauté du front: défilés, uniformes, pratiques de la violence physique, culte des morts et nostalgie de la camaraderie du combat."

Dessin antisémite d'après Willy Knabe, Berlin, 1942. Représentation du mythe du coup de poignard dans le dos.

* Horst Wessel.
Horst Wessel est représentatif d'une génération trop jeune pour avoir pu combattre en 1914-18, mais néanmoins affectée par les épreuves de la guerre (deuil, famine).

Issu d'une famille bourgeoise de pasteurs luthériens installée à Berlin, il devient membre en 1922, à 15 ans, de la Bismark Jugend, le mouvement de jeunesse du Deutschenationale Volkspartei (le parti national-allemand, conservateur et monarchiste). Chargé du service d'ordre, il participe, dans le cadre d'une structure paramilitaire, à de nombreuses rixes et combats de rue contre les communistes et activistes de la Reichsbanner.
Reprenant le combat des corps francs, son objectif principal semble avant tout d'en finir avec la République de Weimar, régime honni et tenu pour responsable du diktat de Versailles.

Une fois à l'université, Horst Wessel (2) milite dans les organisations étudiantes de l'extrême droite nationaliste, revancharde et xénophobe.  Puis, séduit par la radicalité du NSDAP, il intègre le parti et devient membre des SA (3) en 1926. Ces troupes de chocs multiplient les confrontations violentes avec les militants communistes, cherchant à s'assurer le contrôle des quartiers populaires de Berlin en en évinçant les "rouges".
La fréquence et la violence des bagarres de rue conduisent les autorités à interdire le NSDAP à Berlin du 31 mars eu 26 mai 1927. Réorganisée et solidement dirigée par Franz Pfeffer von Salomon, la SA place à la tête de ses différentes unités, des hommes de confiance. C'est ainsi que Wessel se retrouve à la tête d'une unité berlinoise en charge du secteur de l'Alexanderplatz. Il s'emploie aussitôt à recruter de nouveaux adhérents. En quelques semaines, il parvient à attirer de jeunes recrues, séduites par ses dons d'orateurs et son fanatisme idéologique à toute épreuve. 


Horst Wessel en tête d'un défilé SA à Nuremberg  en 1929.



* Mort de Horst Wessel.
A l'automne 1929, Horst Wessel rencontre Erma Jänicken, jeune prostituée occasionnelle du quartier. Or, sa mère désapprouve cette idylle naissante. Il quitte donc la demeure familiale et sous-loue une chambre dans un appartement, au 62 de la Grosse Frankfurter Strasse. Dans le même temps, il abandonne ses études de droit. Privé des subsides familiaux, il gagne sa vie comme chauffeur de taxi ou comme ouvrier sur le chantier du métro de Berlin (pour les nazis, ce choix prouve que Wessel souhaite se rapprocher de ses camarades travailleurs). En décembre 1929, les relations avec Elizabeth Salm, sa propriétaire, se tendent. Cette dernière semble agacée par la présence d'Erma Jänicken dans son appartement, alors même que Wessel ne paie qu'un loyer. Veuve d'un membre du KPD, Salm reproche en outre à son locataire de tenir des réunions politiques chez elle.

Décidée à chasser Wessel de son appartement, la propriétaire réclame l'aide des sympathisants du KPD local. C'est ainsi que, le 14 janvier 1930, quelques hommes auraient décidé de donner une "correction prolétarienne" à Wessel, personnage connu et détesté des communistes du quartier. L'un d'entre eux, Albrecht Höhler, tire sur Wessel, qui succombe des suites de ses blessures le 23 février 1930. 
Les circonstances de sa mort s'avèrent confuses et font aussitôt l'objet d'interprétations opposées. Les cadres du KPD cherchent d'emblée à s'exonérer de toute responsabilité. L'altercation entre les deux hommes serait un règlement de compte entre souteneurs de l’Ackerstrasse, cette rue mal famée de Berlin où les partis politiques ont pris l'habitude de recruter leurs hommes de main. Wessel n'est rien d'autre qu'un petit caïd, un mac, recruté par les nazis. Die Rote Fahne, l'organe officiel du parti, publie ainsi un article sous le titre: "Un chef SA abattu par jalousie".
Pour le NSDAP, cela ne fait aucun doute, Höhler, membre d'une organisation de jeunesse communiste berlinoise, a bien commis un crime politique fomenté par le KPD.

S'il est bien difficile de démêler le vrai du faux dans cette sombre histoire, on peut toutefois avancer  que l'acte a tout du règlement de compte entre bandes rivales qui se disputent le contrôle des activités interlopes des quartiers populaires de Berlin. Rappelons en outre que pour le seul mois de juillet 1932, on déplore plus d'une centaine de morts dues aux batailles de rues. Le meurtre de Wessel relève donc du fait divers banal ... tout au moins jusqu'à ce que le futur ministre de la propagande d'Hitler n'y mette son nez.




* Un martyr pour le Reich.
"Je viens de recevoir la nouvelle, Horst Wessel est mort ce matin. Un nouveau martyr pour le Reich," note Goebbels dans son journal. Depuis 1926, ce dernier dirige le parti nazi à Berlin où il entreprend d'évincer les organisations communistes des quartiers ouvriers. C'est dans ce contexte, qu'il entendit parler pour la première fois de ce Horst Wessel, meneur d'hommes toujours prêt à faire le coup de poing contre les communistes. Dès l'annonce de son assassinat, Goebbels prend conscience de l'exploitation politique qu'il peut faire de l'évènement.
Il transforme les funérailles de l'ancien SA en une gigantesque opération de propagande, orchestrant la cérémonie dans ses moindres détails. Goebbels prononce l'oraison funèbre lors de l'inhumation de Horst Wessel au cimetière St Nikolai, le 1er mars 1930. L'ancien SA devient dès lors une figure sacrée du IIIème Reich, le premier "martyr" du national-socialisme, un exemple à suivre pour tous les jeunes nazis. Sa tombe devient un lieu de pèlerinage.


La tombe de Horst Wessel, surmontée d'un monument érigé en 1933 devient un  lieu de pèlerinage annuel.


Horst Wessel devient le héros de tout un ensemble de poèmes, sculptures, monuments et commémorations. La vie du "martyr" fait l'objet de nombreux ouvrages hagiographiques, à l'instar de "Horst Wessel, un destin allemand", rédigé en 1932 par Hans Heinz Ewers. Sous sa plume, le meurtre de Wessel devient un complot international fomenté par les ennemis du Reich (juifs et communistes). Les "assassins" de Wessel sont dépeints sous les traits de maquereaux ignobles, cherchant à se venger à tout prix d'un homme vertueux, qui parvenait à détourner les prostitués du péché et à convertir les "rouges" au nazisme.
Dès 1935, Bertold Brecht pourfend cette interprétation. Dans "Die Horst Wessel Legende", l'écrivain assimile la prise de pouvoir des nazis à la mainmise d'une pègre sur l'Etat allemand. (4) Aussi, le NSDAP ne pouvait pas se choisir meilleur ambassadeur que Wessel, puisque Brecht le considère à la fois comme le proxénète de Jänicke et comme le maquereau politique du NSDAP.

* Horst Wessel Lied.
Mais l'élément qui contribue sans doute le plus au mythe Wessel reste le chant attaché à son nom. Pour bien comprendre sa genèse, revenons sur la place octroyée au chant au sein du mouvement nazi.
Pour mieux convaincre les sympathisants communistes d'adhérer au NSDAP ou d'intégrer leurs rangs, la SA se donne un vernis socialiste particulièrement perceptible dans le domaine musical. Les nazis récupèrent ainsi les chants ouvriers populaires, en particulier les grands classiques (L'Internationale). Réutilisant la mélodie originale qui a le mérite d'être connue, ils en subvertissent le sens, transformant les textes pour les rendre compatibles avec leur idéologie. L’Internationale devient l'Hitlernationale, le célèbre Der rote Wedding devient Marchez Jeunesses hitlériennes.
Une fois les nationaux-socialistes au pouvoir en 1933, la fonction du chant de masse change profondément. Les attaques frontales antérieures contre le régime défunt ou les adversaires politiques cèdent la place à des paroles  faisant l'apologie du  nouvel Etat et de son Führer. Créés dans le cadre d'organisations telles que les Hitler-Jugend, "la Force par la joie" (Kraft durch Freude), le Service de travail pour le Reich, les nouveaux chants ont pour vocation d'éduquer la jeunesse.
Aussi pour séduire de nouveaux adeptes, Horst Wessel prend l'initiative de fonder un petit orchestre, à l'imitation de ceux crées par les formations de jeunesse communistes et socialistes (SchalmeinKapelle). Dès lors (août 1929), les musiciens participent et animent les manifestations et rassemblement du NSDAP dans le quartier. C'est dans le cadre de ces activités musicales que Wessel écrit un poème: Die Fahne Hoch, bientôt mis en musique sur un ancien chant populaire de marin. (5)

Affiche de propagande à destination des jeunesses hitlériennes. "Dehors les perturbateurs de la paix. Unité de la jeunesse dans les Jeunesses hitlériennes." Les défilés et parades militaires qui scandent le quotidien des Jeunesses hitlériennes se déroulent sur fond de marche militaire, généralement adaptées sur des airs connus, et dont les paroles sont modifiées pour correspondre à la phraséologie nazie.
De nombreux recueils de chants, à l'instar du "Chansonnier des Jeunesses hitlériennes", fleurissent. En bonne place dans ces outils  fondamentaux de la propagande nazie, on trouve "Chant d'assaut" (Sturmlied) qui s'impose à compter de 1926 comme l'hymne incontournable du NSDAP, jusqu'à ce que le Horst Wessel Lied ne le supplante.

Goebbels exhume Die Fahne Hoch qu'il impose comme  l'hymne quasi-officiel de l'Allemagne nazie. En hommage au disparu, le morceau est rebaptisé Horst Wessel Lied.
Régulièrement joué lors des manifestations officielles où il est couplé à l'hymne national, il fait l'objet - à la demande de Hitler - d'une réglementation sévère afin d'en interdire tout arrangement à caractère trivial.
La mélodie et le texte, faciles à retenir, l'appel lancé, propre à toucher les "camarades" SA, assurent le succès du chant.


* Paroles du HWL
Les paroles du Horst Wessel Lied abusent des topoi fondamentaux de la propagande nationale-socialiste:
Le registre dominant est militaire ("Tous nous sommes prêts à combattre"). Il démontre que durant toute l'entre-deux-guerres, la société allemande demeure très imprégnée par la Grande guerre. La vie politique reste conçue en des termes belliqueux; au point que tous les partis de la République de Weimar se dotent très tôt de milices paramilitaires.

 "Haut le drapeau! Serrez les rangs!" Les nazis et leurs bras armés, SA et SS, se présentent ouvertement comme des organisations militaires. Leurs membres portent l'uniforme, défilent au pas cadencé. La SA est conçue pour ses membres comme une seconde famille à laquelle on doit se soumettre et servir jusqu'à la mort. La SA "pratique la politique comme une guerre et instaure des rites et des usages (beuveries, bagarres, vie communautaire); elles offrent à des hommes abîmés par le chômage et la perte de sens une organisation qui les entoure, les nourrit et soigne leur virilité mise à mal par les épreuves (militaires, socio-économiques) du siècle." (cf: Chapoutot)

"c'en est bientôt fini de notre servitude" On peut voir ici la volonté  de redresser la tête après le "diktat" de Versailles et un appel à l'anéantissement des auteurs du "coup de poignard dans le dos", c'est-à-dire les acteurs et soutiens de la République de Weimar, les communistes, enfin les juifs, considérés comme les ennemis principaux de l'Allemagne. Pays vaincu, cette dernière refuse sa défaite et récuse un armistice signé alors qu'aucun combat n'a eu lieu sur son territoire. Le pays s'estime trahi par un traité de paix (Versailles) jugé trop dur.

Nous avons fait le choix de ne pas insérer le morceau dans ce post. Les mélomanes devraient s'en remettre....



 Die Fahne hoch! Die Reihen dicht geschlossen! ou Horst-Wessel-Lied.

1. Die Fahne hoch! Die Reihen dicht geschlossen!
SA marschiert mit ruhig festem Schritt.
Kameraden, die Rotfront und Reaktion erschossen,
 Marschier'n im Geist in unser'n Reihen mit.
(...)

3. Zum letzten Mal wird zum Appell geblasen!
Zum Kampfe steh'n wir alle schon bereit.
Bald flattern Hitlerfahnen über allen Straßen.
 Die Knechtschaft dauert nur noch kurze Zeit!

.........

Haut le drapeau! Serrez les rangs!
Marchez, SA, d'un pas ferme et tranquille.
Camarades qui avez abattu Front rouge et réaction,
Marchez en esprit dans nos rangs!
(...)

Pour la dernière fois, on sonne l'appel!
Tous nous sommes prêts à combattre.
Bientôt flotteront les drapeaux hitlériens dans les rues,
C'en est bientôt fini de notre servitude.

Notes:
1. Après l'échec du putsch de 1923, Hitler opte pour une stratégie légaliste. Les nazis doivent parvenir au pouvoir par les urnes, avant de supprimer la République de Weimar.
2. Il suit des études de droits à l'université Friedrich Wilhelm de Berlin en 1926,
3. Milice du parti nazi, les sections d'assaut (Sturmabteilungen) sont créée en 1921.
4. Bertolt Brecht écrit dans  La Légende de Horst Wessel: "Il n’y a pas de meilleure école du national socialisme que le proxénétisme. Il n’est rien d’autre lui même qu’un proxénétisme politique. (…) De même que le souteneur traditionnel protège la prostituée, le souteneur politique « protège » le prolétariat: de même que le premier protège la prostituée non pas contre la prostitution mais seulement contre les infractions aux règles du jeu, contre les excès relativement aux coups permis, le second protège le prolétariat non de l’exploitation mais de ses excès… Ainsi le national socialisme est-il très hostile aux escaliers de service. Les domestiques doivent être autorisés à remonter le panier des commissions par l’entrée des maîtres. "
5. Les chants du début du mouvement national-socialiste sont la plupart du temps de simples adaptations, emprunts, reprises, contrefaçons de chants populaires et patriotiques existants, dont le sens est bien sûr subverti. Ni le texte, ni la musique ne sont originaux.
 

Sources:
- Jürgen Schebera: "Le Front rouge, réduisez-le en bouillie..." Un aperçu sur les chants de combat nationaux-socialistes" in Le III ème Reich et la musique, 2004.
- Johann Chapoutot: "Le nazisme, une idéologie en action", La Documentation photographique n°8085, janvier-février 2012.
- Compte rendu de l'ouvrage de Daniel Siemens: "The making of a nazi hero".
- "Retrouver Genet" par Ivan Jablonka. [La vie des idées]


Liens:
- Les paroles du morceau dans leur intégralité.
- La page Wikipédia consacrée à Horst Wessel.
- Kälbermarsch de Bertold Brecht.