dimanche 12 juin 2011

239: André Dassary: "Maréchal nous voilà"

* Vive le Maréchal!
Le 16 mai 1940, en pleine débâcle, le président du conseil Paul Reynaud appelle Pétain pour le nommer vice-président du conseil. Son image de vainqueur de Verdun lui confère alors d'une grande popularité, tant auprès de la population que du personnel politique. Il passe pour un officier républicain qui se soumet toujours au politique, moins catalogué à droite que son collègue Weygand. A y regarder de près pourtant, le vieux militaire se défie largement de la démocratie.
Ainsi au cours des années 1930, alors que la France subit, comme le reste de la planète, la crise économique, le maréchal considère, comme une majorité de Français, que le pays est sur le déclin. Le système républicain apparaît à beaucoup incapable d'apporter des solutions efficaces à la crise économique et sociale. L'instabilité gouvernementale, une série de scandales politico-financier alimentent également l'antiparlementarisme. Tout en se gardant bien de s'exprimer en public, Pétain considère que la France a perdu la paix. Pour lui, les Français ne travaillent pas suffisamment, n'ont pas assez d'enfants et sont menacés par de graves fléaux tels que l'apéritif ou les instituteurs communistes...
L'aura militaire, l'expérience, le retrait affiché des affaires publiques depuis la grande guerre font de Pétain un recours possible en cas de cas de crise grave, comme l'atteste un sondage organisé par Le Petit journal auprès de ses lecteurs au cours de l'hiver 1934-35. A la question "Qui souhaiteriez-vous avoir comme dictateur cas d'urgence?", une majorité des 200 000 participants répondent ... Pétain.

Pétain en compagnie de Georges Bonnet, ministre des affaires étrangères au quai d'Orsay en mars 1939. Le premier vient d'être nommé ambassadeur de France en Espagne. Léon Blum regrette cette nomination, car"la place du plus noble, du plus humain de nos chefs militaires n'est pas auprès du général Franco." (cliché trouvé sur le site Paris en images)

Aussitôt nommé vice-président du conseil, Pétain quitte l'Espagne où il occupait le poste d'ambassadeur. A Franco venu le saluer, il déclare: "On va mettre fin à 30 ans de marxisme." Reynaud pense rassurer les Français en plaçant à ses côtés l'icône de la grande guerre Or, il n'a pas mesuré les ambitions politiques du maréchal. Appelé pour relancer la lutte, Pétain manœuvre pour faire cesser les combats.
Comment mettre un terme à la guerre? Deux options existent: une capitulation militaire ou un armistice. Le 15 juin, Paul Reynaud demande au généralissime Weygand de faire capituler l'armée. En refusant, ce dernier rompt le pacte républicain et précipite la démission du président du conseil.
L'armistice est donc signé par le pouvoir politique, ce qui signifie que l'armée n'est pas responsable du fiasco militaire. Aux yeux de l'état-major, le pouvoir politique, qui a voulu cette guerre, en est le seul responsable. Pétain et ses sbires attribuent la défaite à "l'Anti-France", c'est-à-dire les juifs, les franc-maçons, les communistes et les étrangers.
Le 16 juin, le président de la République Albert Lebrun appelle le maréchal pour former un nouveau gouvernement.

Quatre semaines plus tard, 10 juillet, Pétain obtient les pleins pouvoirs aux fins de rédiger une nouvelle constitution. Il s'agit d'une véritable révolution politique, car dès le lendemain, le héros de Verdun outrepasse le mandat qui lui est confié. On ne l'a pas mandaté pour prendre la totalité des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais le nouveau chef de l'Etat français considère qu'il doit avoir autorité sur toutes les décisions. Il débute ainsi une carrière de dictateur à 84 ans (comme quoi on peut débuter une carrière de dictateur bien après 67 ans...).

Le maréchal Pétain dans une salle de classe en 1942.

* "un syncrétisme idéologique" (cf 4 p 25)
Le régime de Vichy rompt avec les valeurs républicaines et aspire à instaurer un esprit communautaire fondé sur le respect de la hiérarchie. Comme le rappelle Henry Rousso (cf 4p25), "la Révolution nationale relève d'une conception 'organiciste' de la société (...). Les individus y sont comme autant d'atomes appartenant à des entités 'naturelles', des 'corps' ou des 'communautés' telles que la famille, la région, la profession, la nation - la communauté suprême." Son projet exalte la paysannerie et l'artisanat, valorise dialectes et folklores régionaux (pourtant largement tombés en désuétude). Au contraire, il rejette le libéralisme hérité de la révolution.
Ancrée dans la droite antirépublicaine, cette doctrine est un amalgame de plusieurs traditions politiques. On y retrouve ainsi les valeurs de l'Action française, antiparlementaire et xénophobe, celles des ligues et des mouvements d'anciens combattants, l'idéologie d'une partie de la droite catholique, mais aussi les thématiques et formes d'action du fascisme, en particulier "la dynamique révolutionnaire, la volonté d'encadrement des masses, l'importance du chef charismatique" ou encore le discours corporatiste. (cf 4 p27)
Mais pour imposer ce bouleversement des institutions et de la société française, il faut que le gouvernement dispose de sa souveraineté. Pour ce faire, alors que le pays est défait et occupé, il faut qu'il négocie avec l'occupant, d'où la collaboration.

Affiche de propagande pour la vente de portraits de Pétain en faveur du Secours national. Une des nombreuses manifestation du culte maréchaliste. Le portrait du vieillard est décliné sous toutes les formes, jusqu'à se substituer à celui de Marianne sur les timbres-postes!
Chaque jour, le Maréchal reçoit des milliers de lettres et d'innombrables cadeaux de toute nature. Cette ferveur se mesure encore lors des voyages du chef de l'Etat français en zone sud.


* La chanson engagée ... du côté de la Révolution nationale.
Dès son installation, le régime développe une propagande massive autour de la figure du Maréchal. Ce culte appuie et entretient la dévotion dont l'auguste personnage fait l'objet. Tous les médias sont sollicités pour louer les mérites du chef, en particulier le chant, paré de nombreuses vertus dont celle d’unir et de discipliner ses exécutants. Aux yeux des autorités, le chant choral devient une école de virilité, favorisant l’unité derrière le "sauveur de Verdun". La pratique du chant s'impose enfin comme moyen d’encadrement, en particulier de la jeunesse, objet de toutes les attentions.
Dans ses discours, Pétain met cette dernière en garde contre la dissolution des mœurs qui aurait précipité le pays dans l'abîme: "L'atmosphère malsaine dans laquelle ont grandi beaucoup de vos aînés a détendu leurs énergies, amolli leurs courages et les a conduits à la pire catastrophe de notre histoire. Pour vous, engagés dès le jeune âge dans des sentiers abrupts, vous apprendrez à préférer aux plaisirs faciles, les joies des difficultés surmontées." (message du 24 décembre 1940)
Les organisations de jeunesse deviennent donc des hauts lieux de la chanson de propagande. C'est dès l'école que s'organise la célébration chantée du régime. Les enfants y apprennent les airs et répètent en vue des commémorations officielles. Le chant collectif s'impose aussi dans les chantiers de jeunesse puisque Chanter c'est s'unir, comme le clame une affiche imprimée par le commissariat aux chantiers de jeunesse en 1943.

Loin des miasmes des grandes cités industrielles, le régime de Vichy exalte le travail de la terre, au grand air, au plus près des racines paysannes de la nation.

La chanson s'impose donc comme un vecteur idéologique important. Comme le constate Thomas Rabino (cf 3, p16), " la nature même du média "chansonnier", fondée sur une adhésion à la mélodie, en accroît l'impact" et permet de "diffuser et de promouvoir un nouveau cadre de pensée avec, sans doute, une efficacité supérieure à celle des allocutions politiques."
Aussi, "Travail, famille, patrie", la devise de l'Etat français se décline en chansons. Une palanquée de morceaux exalte les piliers de la France rance du Maréchal.
Pour Nathalie Dompnier (cf 2), ces morceaux n'ont pas fait l'objet de commandes officielles. C'est donc par conviction ou opportunisme que les paroliers s'inspirent des thèmes de la Révolution nationale et louent l'Ordre nouveau prôné par les idéologues de Vichy:
- Les femmes s'en tiennent à leur rôle de fécondatrices et de ménagères. En 1941, Eliane Célis chante ainsi d'une voix langoureuse: "Quand on berce tendrement / Sa poupée qu'on aime tant / On est déjà maman / Être maman c'est être plus jolie / C'est garder la jeunesse au coeur / C'est le bonheur le plus grand dans la vie / De s'entendre dire: Maman." ("Etre maman")
- D'autres chansons militent pour le retour à la terre voulu par Pétain. "La terre ne ment pas" interprétée par Lucien Boyer en 1941 reprend ainsi les mots employés par le chef de l'Etat français dans un discours radiodiffusé. Dans cette veine, on peut citer "Vive la terre de France", chant d'amour à cette glèbe dans laquelle plongent les racines des "vrais Français". Semons le grain et la lumière propose encore André Dassary dans un morceau qui s'inscrit parfaitement dans le carcan vichyste de promotion de la ruralité: "Au travail, Au travail, Au travail, Au travail / Semons le grain de la lumière / Semons la graine de la beauté / De la terre nourricière / Jailliront les fleurs de liberté / Gaiement pour la France éternelle / Donnons nos cœurs donnons nos bras ".
"Ah! Que la France est belle" de Marcelle Bordas reprend à son compte les images d'Epinal vichyste d'une France exclusivement rurale, avec "ses champs, ses bois, ses vallons ses clochers !" (les Allemands, moins bégueules, comprennent tout l'intérêt qu'il y a à mettre la main sur l'appareil industriel français, tout comme sur les ressources agricoles d'ailleurs).
- Montagard et Courtioux, les "auteurs" de Maréchal nous voilà, récidivent quelques semaines plus tard avec une marche intitulée la France de demain, qui bénéficie comme la précédente d'une intense diffusion. Le succès escompté n'est pourtant pas au rendez-vous malgré l'inévitable André Dassary qui chante:
"Bientôt notre terre chérie / S'enrichira d'un pur froment / Et notre France enfin guérie / Resplendira plus fièrement / Si "Travail, Famille, Patrie" / Sont nos seuls cris de ralliement ! "
Seule la jeunesse semble capable de régénérer un pays qui a trop goûté à "l'esprit de jouissance". Les paroles rappellent que ce redressement national ne peut se faire qu'en creusant le sillon entamé par le vénérable maréchal, en mettant scrupuleusement en application la sainte trilogie du "travail, famille, patrie".
"Notre drapeau", salut aux couleurs de la France", "Haut les coeurs", "la Marche des écoliers de France" sont autant de chansons patriotiques à destination des écoles. Les paroles, affligeantes, posées sur des rythmes de marches militaires, visent à inculquer les "vraies valeurs" aux petits Français. "Loin de tous bruits, dans nos écoles / Germe l'esprit de l'avenir. / Le livre instruit et puis console, / Si l'on a su le bien choisir. / Que le bon sens partout s'étale, / Avec l'accent du vieux terroir, / Pour renforcer la loi morale, / Qui définit notre devoir." Amen.


- Enfin, dans le cadre de sa politique de revalorisation des coutumes locales, d’ancrage au terroir, le régime se lance dans la collecte de chants folkloriques des régions françaises dont on accentue les particularismes. Ce folklore musical, expurgé de toute paroles tendancieuses ou grivoises, est d'ailleurs largement reconstitué car tombé en désuétude.


* "Maréchal nous voilà".



En juillet 1941 est publié Maréchal nous voilà, "l'hymne" du régime de Vichy, le chant qui illustre le mieux l'extrême personnalisation du pouvoir.
La musique attribuée à Charles Courtioux est en fait un plagiat du morceau la Margoton du bataillon de Casimir Oberfeld. Plagiat d'autant plus odieux que ce dernier, juif, meurt en déportation à Auschwitz en 1943. On décèle en outre une parenté évidente avec une composition de Fredo Gardoni intitulée la fleur au guidon, chanson du tour de France 1937 dont les deux premiers vers du refrain étaient : « Attention, les voilà ! les coureurs, les géants de la route.").

Plusieurs facteurs expliquent le succès de Maréchal nous voilà. Ses interprètes sont de grandes vedettes. Andrex chante le titre à la radiodiffusion nationale, André Dassary l'enregistre pour Pathé, accompagné par ce qu'il reste de l'orchestre de Ray Ventura. La musique, très rythmée, est une marche, genre alors très populaire.


Les bustes et statues de Pétain remplace bientôt ceux de Marianne sur les places publiques ou dans les mairies.

Contrairement à une idée répandue Nathalie Dompnier (cf 1) démontre que l'hymne au Maréchal n'est pas l'unique hymne du régime. Il ne parvient pas à supplanter totalement La Marseillaise (interdite cependant en zone nord, car l'occupant redoute qu'il prenne les accents de la rébellion). Les "deux hymnes coexistent bien durant cette période, glorifiant le régime et le chef de l'Etat. Les deux figurent parmi les outils de la propagande lors des cérémonies publiques. (...) Cependant l'un d'entre eux, la Marseillaise, se démarque par son caractère d'emblème officiel et par sa plus grande force symbolique. Si Maréchal nous voilà connaît un véritable succès populaire, c'est d'abord comme une chanson de variétés et non comme l'hymne de l'Etat français. La période du régime de Vichy s'inscrit, malgré des hésitations, dans la tradition du recours à La Marseillaise comme hymne, symbole politique de la France."

L'hymne vichyste loue jusqu'à l’écœurement les mérites du chef . Les jeunes auxquels s'adressent la chanson (« nous voilà ! ») se prosternent devant l'ancêtre dont ils "vénèrent [les] ans" (il a 85 ans en 1941!). Omniscient, Pétain est à la fois le"sauveur de la France", un martyr qui n'hésite pas à se sacrifier (« En nous donnant ta vie » fait référence au discours du 17 juin 1940: « Je fais à la France le don de ma personne »). C'est aussi un guide sûr qui assurera le redressement de la France grâce à sa Révolution nationale: " Français levons la tête, Regardons l'avenir ! ", «Exaltons le travail ».

Ce morceau, emblématique de l'Etat français, inspire de nombreuses parodies qui en subvertissent le sens. Ainsi le refrain de Maréchal les voilà! dénigre le Maréchal et sa clique: "Maréchal! les voilà! / ces vendus, ces héros d'apparence, / Maréchal! les voilà! / du Führer ils vont suivre les pas / Maréchal, ne crois pas, / que ces ânes referont la France / bien trop bêtes pour ça, / Maréchal, Maréchal, les voilà!"
Maréchal malgré toi se transforme en ode à "l'armée des ombres": " Maréchal, nous voilà ! / Malgré toi, nous sauverons la France, / Nous jurons qu'un beau jour / L'ennemi partira pour toujours / Maréchal, nous voilà ! / Nous avons retrouvé l'espérance, / La patrie renaîtra."
Une autre version nommée Général vous voilà substitue de Gaulle à Pétain et transforme le morceau en chant de résistance: "Général nous voilà, résolus à lutter pour la France."
La diffusion de ces parodies reste cependant très confidentielle. Elles ne concurrenceront jamais sérieusement l'immense tube qu'est à l'époque Maréchal nous voilà!



Maréchal, nous voilà ! paroles d'André Montagard (1941)

I. Une flamme sacrée
Monte du sol natal
Et la France enivrée
Te salue Maréchal !
Tous les enfants qui t’aiment
Et vénèrent tes ans
A ton appel suprême
Ont répondu «présents !»

Refrain: Maréchal, nous voilà,
Devant nous le sauveur de la France
Nous jurons, nous tes gars
De te servir et de suivre tes pas
Maréchal, nous voilà
Tu nous as redonné l’espérance,
La Patrie, renaîtra,
Maréchal, maréchal, nous voilà !

II. Tu as lutté sans cesse
Pour le salut commun
On parle avec tendresse
Du héros de Verdun.
En nous donnant ta vie,
Ton génie et ta foi,
Tu sauve la patrie
Une seconde fois !

Refrain.

III. Quant ta voix nous répète
Afin de nous unir :
«Français levons la tête,
Regardons l’avenir»,
Nous brandissons la toile
Du drapeau immortel
Dans l’or des étoiles
Nous voyons luire le ciel.

Refrain.

IV. La guerre est inhumaine,
Quel triste épouvantail ;
N’écoutons plus la haine
Exaltons le travail !
Et gardons confiance
Dans un nouveau destin,
Car Pétain c’est la France,
La France c’est Pétain !

Refrain

Sources:Lien
1 Nathalie Dompnier: « Entre La Marseillaise et Maréchal, nous voilà ! Quel hymne pour le régime de Vichy ? », in Myriam Chimènes (dir.), La vie musicale sous Vichy, Paris, Editions Complexe, coll. Histoire du temps présent, 2001, p. 69-88
2 « Chanter sous l’occupation : un acte politique ? », contribution à la journée d’étude de la Bibliothèque nationale et du Hall de la chanson, Chansons en politique, le 29 novembre 2002.
3. "Variétés, musique et chansons en guerre", article de Thomas Rabino paru dans Histoire(s) de la Seconde Guerre mondiale n°11, mai-juin 2011.
4. Henry Rousso: "Le régime de Vichy", collection que sais-je?, PUF, 2007. Une belle synthèse des travaux les plus récents sur le sujet.
5. La contribution de l'excellent Emmanuel Grange à la regrettée revue des Clionautes: "Les voix de la France après la débâcle ou la Seconde guerre mondiale en chanson" (au format PDF ici).
6. "Philippe Pétain", documentaire de Paule Muxel et Bertrand de Solliers, diffusé sur Arte en novembre 2010.

vendredi 10 juin 2011

238. Pierre Dac: "Tout ça, ça fait..." (1944)

Nous nous intéressons ici à la chanson de variétés et ses interprètes en France pendant la seconde guerre mondiale. Avec l'occupation se pose la question de l'engagement. Doit-on garder le silence ou au contraire continuer à chanter, composer?

De septembre 1939 à mai 1940, le ministère de la guerre met en place le théâtre aux armées, organisant des spectacles le long de la ligne Maginot. Des chanteurs vedettes tels que Maurice Chevalier, Joséphine Baker, Fernandel se rendent ainsi au front afin de maintenir le moral des troupes plongées dans la "drôle de guerre". Leurs chansons ont pour vocation d'égayer la longue attente des soldats. Les morceaux composés dans cet intervalle se veulent volontiers patriotes et témoignent de la confiance dont jouit l'armée française. Ils appellent à la mobilisation générale et exaltent l'union des Français face aux périls. "Ça fait d'excellents français", énorme succès de Maurice Chevalier, illustre à merveille cet état d'esprit. Au fond, la victoire ne fait aucun doute. Confiant, Ray Ventura ne clame-t-il pas qu'"on ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried"? [la ligne de fortification allemande, équivalent de la ligne Maginot française]



Maurice Chevalier et Joséphine Baker sur la ligne Maginot en 1940.

Or, les lignes françaises sont rapidement enfoncées. En quelques semaines, l'armée française est balayée, le pays occupé. La débâcle et l'Exode jettent sur les routes des millions de Français. Les Allemands entrent dans Paris. Le désarroi, la tristesse et le déracinement transparaissent dans des chansons aux titres évocateurs tels Le petit réfugié ou Quand tu reverras ton village" interprétée par Tino Rossi. La défaite et ses conséquences n'apparaissant toutefois que de manière allusive.
* Paris, Luna-Park de l'Europe nazie.
L'occupant de son côté adopte d'emblée une stratégie culturelle habile, aboutissant à la conquête de l'opinion par la séduction. Dès 1934, Goebbels affirmait: "Ce peut-être avantageux de jouer d'un pouvoir en s'appuyant sur la force des armes, mais il est meilleur et plus réjouissant de gagner le cœur du peuple et de le garder." Après s'être assuré le contrôle des institutions culturelles, laissées entre des mains françaises, les hiérarques nazis s'emploient à donner une image accommodante de l'occupant, convaincus qu'il faut dissuader les Français de résister en leur permettant de s'évader d'un quotidien difficile. Dans cette optique, le ministre de l'Instruction publique et de la Propagande entend faire de Paris la capitale du divertissement dans l'Europe occupée et s'ingénie à recréer le "gai Paris". Les cabarets, les music-halls sont donc très vite autorisés à ré-ouvrir.

Aussi, en dépit des restrictions et du couvre-feu, la vie culturelle et artistique présente une grande vitalité durant l'occupation, véritable âge d'or. Les cinémas, les cabarets sont pleins (les salles permettent aussi de se réchauffer alors que les logements sont glacés faute de charbon), les librairies dévalisées. Dès 1942, l'annuaire du spectacle comptabilise 102 boîtes de nuit dans la capitale. Plusieurs facteurs expliquent ce dynamisme. D'une part, la chanson, le cinéma, la radio constituent autant de moyens de se distraire, de s'évader d'un quotidien morne. Ensuite, cet engouement s'inscrit dans un contexte de massification des pratiques culturelles perceptible depuis les années 1930. L'Etat français y voit en outre un moyen de diffuser au plus grand nombre son projet.Enfin, nous l'avons dit, l'occupant aspire à cantonner la France dans un rôle récréatif.

Le Casino de Paris, l'ABC, les Folies-Bergères ou l'Alhambra font salle comble. Si l'industrie du disque rencontrent des difficultés, elles ne sont pas liées à un manque de clients, mais à la pénurie de matières premières. D'ailleurs, les éditeurs de musique s'enrichissent grâce à la vente de partition sous la forme de petits formats. Cela va sans dire, la Sacem y trouve aussi son compte. En revanche, les auteurs, compositeurs et interprètes de succès contraints à l'exil, par conviction politique ou pour fuir les lois antisémites , sont injustement floués. L'adoption du statut des juifs en octobre 1940 leur interdit pratiquement toutes les professions artistiques, en particulier les musiciens dont les chansons sont bannies. Quant à la clientèle juive, elle n'a plus accès aux salles de spectacles.
Edith Piaf lors d'un Gala au Gaumont Palace pour les familles des travailleurs français en Allemagne, août 1943. (cliché trouvé sur Parisenimages.fr).

* la chanson des années noires.
Ainsi, sans remplacer le répertoire d'avant-guerre qui continue à bénéficier des faveurs du public, de nouvelles compositions s'imposent sur les ondes. Il s'avère alors intéressant de s'attarder sur ces chansons dont les thèmes s'adaptent aux circonstances et constituent donc des témoins de leurs temps.

Les chansons populaires créées au cours des années noires permettent d'identifier trois grands registres: la détresse sentimentale, la vie quotidienne présentée sur un ton badin, enfin les airs s'inscrivant dans le prolongement de la trilogie pétainiste "Travail, famille, patrie".
- Les chansons sentimentales remportent un grand succès, notamment auprès des nombreuses Françaises séparées de leurs conjoints, prisonniers en Allemagne ou requis du STO. Certains morceaux d'avant-guerre trouvent alors une nouvelle résonance à l'instar du "J'attendrai" de Rina Ketty (1937). Des morceaux comme "Que reste-t-il de nos amours?" (Trenet), Seul ce soir de Léo Marjane s'inscrivent dans cette veine nostalgique. L'espoir des retrouvailles pointe parfois comme dans le morceau Moi, je sais qu'on se reverra interprété par Lucienne Delyle en 1942. La plupart de ces chansons reposent sur "la lenteur des tempos, le dépouillement de l'accompagnement, le registre grave des voix [qui] installent un climat de nostalgie, le spleen d'une brume ouatée où tout évoque l'amour perdu (...)." (cf. 8, p46) Mais, sans doute par autocensure, la référence aux événements s'avère très rare.


- Restrictions, pénuries, files d'attente et tickets de rationnement deviennent le lot quotidien des Français. Ces réalités inspirent de nombreux auteurs de chansons. Toutefois, ces difficultés matérielles sont évoquées sur un ton léger, ces privations tournées en dérision. Fernandel chante ainsi les jours sans. La symphonie des semelles de bois (1943) de Maurice Chevalier revient sur l'absence de cuir. Georgius se gausse à plusieurs reprises des nouvelles obsessions alimentaires des Français: Elevons un porc, La campagne chez moi (1942). Il fustige aussi la pratique des stocks alimentaires dans Elle a un stock.
Ces situations sont présentées comme une fatalité, sans autres explications. S'agit-il pour les paroliers de "relativiser ces contingences matérielles en les tournant en dérision" (cf 2) ou bien faut-il y voir des "chansons qui restent politiques dans leur apolitisme, leur prudence affichés"? (cf. 1) Difficile de trancher.
Les "années noires" font en tout cas regretter la France d'avant-guerre. "Douce France" (1943) de Charles Trenet ou encore "Quand les guinguettes rouvriront" (interdiction des bals en 1942) se font l'écho de cette nostalgie d'un passé proche idéalisé.

- Sans être à proprement parlé des chansons de propagande (un post sera bientôt consacré à Maréchal nous voilà), d'autres titres s'inscrivent parfaitement dans l'air du temps, reprenant à leur compte les valeurs prônées par la Révolution nationale. Les refrains dépeignent une France éternelle, forcément rurale et agricole (même si la population est devenue majoritairement urbaine au cours de la décennie précédente). Ils exaltent le terroir d'une grande nation, même défaite... André Dassary chante alors « Semons le grain et la lumière ». Il s'y sert d'une métaphore agricole afin de démontrer que la politique des partis divise. Problème il est vrai qui ne se pose plus dans un régime autoritaire comme celui de Vichy...
Ça sent si bon la France, extraite du répertoire de Maurice Chevalier, semble parfaitement s'inscrire dans l'exaltation des traditions locales et du retour à la terre. Cela en fait-il pour autant une chanson vichyste? Sans doute pas, puisque ce registre "ruralo-folklorique" était déjà en vogue dans les années 1930.


* "Chanter quoi qu'il arrive."
La position des artistes est difficile sous l'occupation même si comme le souligne Ursula Mathis (cf:7), par bien des aspects, "la chanson de variétés s'inscrit (...) dans une continuité qui relie les années noires à l'avant-guerre."

Les musiciens adoptent plusieurs positions au cours de l'Occupation:
- Les grandes vedettes poursuivent leur carrière pendant l'Occupation, à l'instar de Maurice Chevalier, Edith Piaf ou encore Charles Trenet. D'aucuns continuent de chanter en faisant abstraction du contexte. Edith Piaf résume ainsi son choix: "Mon vrai boulot, c'est de chanter. De chanter quoi qu'il arrive! "
Aussi, dès 1940, "la Môme" fait sa rentrée à Paris (l'ABC), Trenet, Tino Rossi, Maurice Chevalier l'imitent l'année suivante. Tino Rossi chante dans de nombreuses bluettes à l'eau de rose produites par la firme allemande Continental. Entre deux tournages ou un tour de chant, Fernandel mange tous les jours au Cercle allemand, "parce que c'est bon". Lucienne Boyer rouvre son cabaret "Chez elle" dès septembre 1940 et y appose une pancarte "interdit aux juifs" [Elle affirmera ensuite que c'était le seul moyen pour éviter la déportation de son compagnon Jacques Pills.] Suzy Solidor se produit dans son cabaret devant un parterre composé en grande majorité d'uniformes vert-de-gris. Elle y reprend Lily Marlène, poème mis en musique en 1938 dont la nostalgie touche les soldats de tous les camps (Marlène Dietrich, antinazie convaincue, popularise le titre).

Des tournées en Allemagne sont également organisées au cours de la guerre. En 1942, l'orchestre de Raymond Legrand y accompagne Souplex, Lys Gauty, Fréhel. Maurice Chevalier s'y rend la même année. Edith Piaf, Charles Trenet et Fred Adison participent à une tournée organisée en septembre 1943. La première s'y rend de nouveau en 1944. A la Libération, tous invoquent des circonstances atténuantes pour justifier ces concerts outre-Rhin. En attendant, pour tous, le spectacle continue.



- D'autres chanteurs se réfugient sur la Côte d'Azur entre l'armistice et l'occupation de la zone libre en 1942. Tous espèrent y trouver un refuge sûr. Jacques Canetti, Paul Misraki, Ray Ventura, redoutent les persécutions antisémites. Reda Caire, qui avait critiqué le Reich avant-guerre, s'éloigne prudemment de la zone occupée. A partir de 1943, Maurice Chevalier, qui entretient une relation avec Nita Raya, une "non-aryenne", se replie dans son havre cannois. Henri Salvador, puis Ray Ventura quittent le Midi pour le Brésil. Marianne Oswald profite de concerts à New York pour y rester jusqu'à la fin de la guerre. Marie Dubas tourne au Brésil, en Argentine, en Suisse, au Maroc et ne rentre à Paris qu'en 1945.

- Quelques rares chanteurs de variétés participèrent à des actions de résistance à l'instar de la vedette de la Revue nègre, Joséphine Baker. Dès l'annonce de la "nuit de cristal", elle s'inscrit à la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme. En 1940, elle chante à Marseille pour les blessés de guerre, puis rejoint un réseau de résistance en Dordogne avant de rallier l'Afrique du Nord et les rangs des Forces françaises libres. Elle reçoit en 1946 la médaille de la Résistance avec rosette.
Germaine Sablon s'engage pour sa part dans les services féminins de l'armée, passe ensuite dans la clandestinité et rejoint l'Afrique du Nord via l'Espagne. C'est en 1943 en Libye, où elle est infirmière au front, qu'elle interprète pour la première fois le Chant des partisans.


Joséphine Baker en uniforme de sous-lieutenant de l'armée de l'air française en 1944.

En définitive, l'ambivalence reste de mise chez de nombreux artistes, dont les positions ou l'attitude évoluent au gré des circonstances. Sartre résume les contradictions de nombreux esprits: "Me comprendra-t-on si je dis à la fois que l'Occupation était intolérable et que nous nous en accommodions fort bien." D'abord résolument maréchalistes, ils s'en éloignent au fil des événements.
Par ailleurs, la situation de certains artistes s'avère complexe comme l'illustre le cas Charles Trenet. Extrêmement populaire, il n'a pratiquement jamais cessé de se produire au cours de l'occupation. Dans le même temps (1941, 1942), il est victime d'une violente campagne antisémite organisée contre lui par la presse collaborationniste. Pour ses détracteurs, il s'appellerait Netter et participerait à la "judaïsation" de la chanson. En février 1941, on peut lire dans Le réveil du peuple: "Vous savez, monsieur Trenet, qu'il est médicalement prouvé que le sang juif n'a absolument rien de commun avec le sang aryen. Êtes-vous disposé à vous laisser faire une prise de sang, de façon à permettre de se rendre compte si, malgré les états civils que vous seriez susceptible de nous présenter, il n'y aurait pas de votre part maquillage, comme cette chevelure blonde que l'on voit sur vos affiches et qui nous paraît si bien 'oxygénée'?" Propos abjectes qui ne peuvent néanmoins être pris à la légère et qui obligent le "fou chantant" à multiplier les démarches humiliantes (fourniture d'actes de baptême de ses ancêtres et de lui même).

* la guerre des ondes.
C'est par l'intermédiaire de la radio que les chansons de variétés arrivent aux oreilles des Français. Or, depuis l'entre-deux-guerres, la TSF connaît un grand essor. Alors qu'un million de Français dispose d'un poste en 1933, ils sont cinq fois plus nombreux en 1939. L'écoute de la radio représente un moment de détente apprécié à l'heure où le couvre-feu impose aux Français de se calfeutrer chez eux. Le poste, peu maniable, est souvent installé dans la salle à manger où on l'écoute en famille.

Ce média très prisé devient donc un enjeu essentiel pour les autorités. La radio permet en effet de mobiliser l'opinion publique. Par exemple, Pétain y prononce ses discours. Il l'utilise pour conforter sa légitimité, réfuter les attaques de la radio "gaulliste", diffuser les valeurs de la Révolution nationale, puis, à compter de 1942, encourager le départ des travailleurs en Allemagne, justifier les rafles et la déportation.
Dès juillet 1940, l,es émetteurs situés au nord passent sous contrôle allemand. Les stations sont groupées sous la direction de la Propaganda Abteilung et servent de support pour les programmes de Radio-Paris dont Goebbels fait une arme de combat. Philippe Henriot y distille son fiel dans des éditoriaux enflammés à la gloire de l'Allemagne.

Affiche placardée sur les murs de Paris après l'exécution de Philippe Henriot par des résistants le 28 juin 1944.


A Londres, la BBC diffuse à destination de la France des bulletins d'informations dès mai-juin 1940. C'est dans le cadre d'un de ces bulletins que le général de Gaulle lance son appel le 18 juin 1940. Désormais, le sort de la France Libre restera intimement lié à celui de la radio anglaise qui lui permet de s'adresser aux Français. A partir du mois de juillet, des émissions quotidiennes en français sont diffusées sur la radio, en particulier "Les Français parlent aux Français". Pendant une demi heure, Jacques Duchesne, assisté de six compagnons, offre un programme diversifié où alternent informations, saynètes, reportages et musique. Tous s'emploient à dénoncer et démonter la propagande de Vichy ainsi que sa politique de collaboration. Au fil du conflit, la BBC devient aussi une radio d'action qui impulse des opérations sur le terrain, permet la diffusion de messages codés à l'adresse des organisations de la Résistance. Enfin, elle en appelle à des manifestations comme celle de la "campagne des V" de mars à juillet 1941.
Émises sur des ondes longues, ces émissions couvrent tout le territoire français au grand désespoir des autorités vichyssoises qui ne parviennent pas à les brouiller. Les Allemands, quant à eux, interdisent l'écoute des radios étrangères, sous peine de sanction.
Reste que, loin de se limiter aux discours de propagande, aux informations officielles, les programmes accordent une large place au divertissement, en particulier aux programmes musicaux. Sur Radio-Paris, les émissions musicales occupent une place essentielle. A partir de 1940, le chanteur André Claveau y anime par exemple "Cette heure est à vous". Fortement rémunérées, des vedettes comme Maurice Chevalier, Fernandel, Rina Ketty, Lucienne Boyer viennent y chanter sans renâcler. En zone sud, l'organe du nouveau régime, la Radiodiffusion nationale, coexiste avec des postes privés soumis au contrôle de l'État. Paul Marion, secrétaire à l'information et à la propagande, prend en main la station qui a pour mission de véhiculer les valeurs de la Révolution nationale.

Affiche de propagande vichyste dénonçant les "bobards" diffusés par radio Londres. Quatre oiseaux à têtes d'hommes (Daladier, Blum, de Gaulle, Reynaud) tiennent en leur bec des slogans pro-anglais, gaulliste ou anti-allemand.

Jean Oberlé, Maurice Van Moppès et Pierre Dac se chargent des chroniques distrayantes de l'émission les Français parlent aux Français. On doit au premier l'imparable slogan "Radio-Paris ment / Radio-Paris ment / Radio-Paris est allemand"(chanté sur l'air de la Cucaracha). Dac et Van Moppès excellent dans la parodie des chants pétainistes ou des succès de la chanson de variété. Sur des airs connus, ils troussent des contre-hymnes dévastateurs enregistrés plusieurs fois par semaine, dans les studios de Maida Vale, dans la banlieue de Londres. Y a plus d'tabac, Les Gars de la Vermine (sur l'air des gars de la marine), Les fils de Pétain, la Complainte des nazis conspuent les "Boches" et les dignitaires vichystes auxquels on promet un châtiment.
Cette désignation des collaborateurs à la vindicte publique se fait sur le mode de la menace nominative directe ou par l'intermédiaire des couplets vengeurs de Pierre Dac: "vous serez verdâtre, la sueur coulera sur votre front et dans votre dos; on vous emmènera et, quelques jours plus tard, vous ne serez plus qu'un tout petit tas d'immondices". (cf 6)

En 1943, la Royal Air Force parachute sur la France un livret regroupant ces parodies.

* L'épuration des artistes.
Lors de la Libération, le milieu des vedettes du spectacle n'échappe pas, lui non plus, aux bouillonnements de l'épuration.
Maurice Chevalier est arrêté par le maquis de Périgueux. Les attaques de Dac sur la BBC rendent sa position très délicate; on retrouve même son nom sur les listes noires des collaborateurs à abattre en Angleterre. Il est à deux doigts d'être exécuté. Il s'en sort finalement grâce à l'improbable soutien de Louis Aragon et Elsa Triolet. Récupéré par les communistes, il est même absous par Pierre Dac. Ce dernier, désormais chargé de l'épuration des artistes de music-hall, rencontre le chanteur dans sa cellule et le blanchit. Railleur, Dac dresse alors un catalogue d'excuses qui résume l'itinéraire sinueux de la vedette: "pas de tournées en Allemagne", "un seul récital pour les prisonniers de guerre français contre la libération de dix d'entre eux", "pas de participation à des manifestations collaborationnistes", "onze émissions seulement en quatre ans sur Radio-Paris", refus de "s'expatrier malgré les propositions américaines" et refus aussi de "tourner des films pour la firme allemande Continental". L'image de l'immense star, qu'il était avant-guerre, reste néanmoins durablement ternie.

D'autres chanteurs ayant continué à faire leur métier sous l'occupation, avec plus ou moins de zèle, sont frappés de mesure de suspension. C'est le cas d'Yvonne Printemps, Suzy Solidor, Suzy Delair, Corinne Luchaire, Léo Marjane, Charles Trenet (10 mois)...

Certains sont blanchis de toute accusation et passent entre les mailles du filet à l'instar de Fernandel. De même, arrêté à la sortie de son tour de chant au Moulin Rouge en octobre 1944, Tino Rossi est emprisonné à Fresnes. Il lui est reproché d'avoir chanté pour les légionnaires contre le bolchevisme (LVF) et d'avoir appelé au rattachement de sa Corse natale à l'Italie fasciste. Libéré au bout de quelques semaines, il écope d'une peine symbolique.
En dépit de ses deux voyages outre-Rhin et de sa volonté de "chanter quoi qu'il arrive", Edith Piaf sort indemne de la période. Elle le doit principalement au témoignage d'Andrée Bigard, sa secrétaire, qui l'implique, à son insu au départ, dans "des actions qui compteront plus tard comme actes de résistance." (cf 7 p302) Les photos prises avec les prisonniers des stalags dans lesquels elle chante, servent de retour en France à la fabrication de faux papiers. Autre élément à porter à son crédit, elle ne renie pas ses amis juifs (en particulier Michel Emer, auteur de son succès l'accordéoniste) qu'elle aide financièrement.
La commission d'épuration qui doit statuer sur son cas l'innocente et la félicite.


* "On les croyait très bien, ils étaient moches."
Dans l'extrait ci-dessous, Pierre Dac parodie ça fait d'excellents Français, un des plus grands succès de Maurcie Chevalier. Il y raille l'attitude du chanteur à l'égard des Allemands et sa participation à des manifestations douteuses: interventions sur Radio-Paris, concerts en zone occupée jusqu'en 1942, en Tunisie en 1943 devant les troupes vichystes.
L'auteur des" chansons de Londres" compare l'attitude digne et courageuse des résistants à la veulerie de tous ceux qui se sont épanouïs dans la France occupée, "par calcul ou stupidité". Ces "mauvais Français" agissent davantage par opportunisme que par conviction politique (Faut savoir être opportuniste / Afin d'sauvegarder Ses petits intérêts ). Mais, pour Dac, continuer de chanter sous l'occupation, c'est d'une certaine manière accepter l'ordre nouveau voulu par les nazis et leurs complices (ils se sont mis / A grands coups d'Vichy Au régime collaborationniste). Or, l'heure des comptes a sonné et "Bien sûr maintenant / Ça devient gênant / Car tout d'même ces sal'tés là / Quoiqu'on puisse dire ça ne s'oublie pas. "
A l'opposé de cette "racaille honteuse", Dac loue le courage "d'une élite rude". "Des hommes au grand cœur / Sans projet, sans peur / Qui combattent pour que notre France / Soit toujours à l'avant garde de l'honneur / N'ayant simplement / Pour tout ralliement / Qu'un seul mot, rien qu'un seul : Résistance"

Pierre Dac: "Tout ça, ça fait..." (1944)

Le créateur de cette chansonnette
Passait jadis pour un vrai chevalier,
D'autre encore parmi tant de grosses têtes
Ont dans l'épreuve complètement perdu pied
On les croyait très bien, ils étaient moches
Et c'est ainsi qu'ils se sont révélés
En préférant faire des sourire aux boches
Par calcul ou par stupidité

Et tout ça, ça fait
De mauvais français
Pour lesquels il n'est
Que le porte-monnaie
Faut savoir être opportuniste
Afin d'sauvegarder
Ses petits intérêts
Et ils se sont mis
A grands coups d'Vichy
Au régime collaborationniste
Bien sûr maintenant
Ça devient gênant
Car tout d'même ces sal'tés là
Quoiqu'on puisse dire ça ne s'oublie pas

Mais à coté de cette racaille honteuse
Dont la conscience est un billet d'mille francs
Il y a la France, fière digne et douloureuse
Toute la France et ses millions de braves gens
Parmi ceux-ci est une élite rude
Vivant symbole des vertus du pays
Qui préférant tout à la servitude
Armes à la main a pris l'maquis

Et tout ça ça fait
D'excellents français
Des hommes au grand cœur
Sans projet, sans peur
Qui combattent pour que notre France
Soit toujours à l'avant garde de l'honneur
N'ayant simplement
Pour tout ralliement
Qu'un seul mot, rien qu'un seul : Résistance
Étroitement unis
Comme des amis
Oui ceux là ce sont de vrais
De bons et d'excellents français !

Étroitement unis
Comme des amis
Oui ceux là ce sont de vrais
De bons et d'excellents français !

Sources:
1. Cécile Dormoy: "la chanson française sous l'Occupation" (PDF), rapport de recherche bibliographique, février 2003.
2. Dossier pédagogique de l'exposition "Chantons sous l'Occupation" (PDF) réalisé par le Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation.
3. Documentaire "L'Occupation sans relâche" d'Yves Riou diffusé en 2010 sur France 5.
4. "1940-1950: anthologie de la chanson française enregistrée" par Marc Robine.
5. "Variétés, musique et chansons en guerre", article de Thomas Rabino paru dans Histoire(s) de la Seconde Guerre mondiale n°11, mai-juin 2011.
6. André Kaspi: "La libération de la France. juin 1944-janvier 1946", Tempus, Perrin, 2004.
7. Ursula MATHIS : '« Honte à qui peut chanter » : le neuvième art sous l’Occupation' in Myriam Chimènes (dir.), "La vie musicale sous Vichy", Paris/Bruxelles, IHTP-CNRS/Complexe, coll. « Histoire du temps présent » 2001, 420 p.
8. Bonnieux, Bertrand, Cordereix, Pascal et Giuliani, Élizabeth: "Souvenirs, souvenirs... Cent ans de chanson française", Découvertes - Gallimard, 2004

Liens:
- Le site du jour: dossier La chanson française sous l'occupation.
- Le Hall de la chanson: "On chantait quand même (la chanson sous l'occupation)"
- Les plaines du Surdiland: "Pierre Dac: l'humour au temps de la Résistance".
- "Les Français parlent aux Français".

samedi 28 mai 2011

237. Lou Reed: "The day that John Kennedy died". (1982)

* une terrible onde de choc.
L'assassinat de John F. Kennedy le 22 novembre 1963 bouleverse une Amérique majoritairement attachée à son président. Une terrible onde de choc déferle sur le pays et le monde entier. Presque instantanément, les chaînes de télévision interrompent leurs programmes pour diffuser la nouvelle. Sur CBS, le journaliste vedette, Walter Cronkite, ému, retire ses lunettes et reste sans voix avant de se reprendre (voir ci-dessus vers 5 minutes 10 après le lancement de la video) . La Une du journal Le Monde résume la situation: "A l'est, comme à l'ouest, l'assassinat de John Kennedy soulève consternation et inquiétude."
La bourse de Wall Street connaît même un vent de panique puisque l'indice Dow Jones cède plus de vingt points.

Caroline et John Jr, les enfants du président s'ébattent joyeusement dans le bureau ovale de la Maison Blanche. [Cecil Soughton 1962]


Quatrième président américain en exercice assassiné, John F. Kennedy est à n'en pas douter le plus pleuré, à la fois en tant que chef d'état, mais aussi comme s'il s'agissait d'un membre de la famille. Dès ses débuts en politique, les grands médias en ont fait leur chouchou, multipliant les reportages complaisants sur la famille Kennedy. JFK se forge ainsi une image de play boy, père attentionné de deux adorables enfants. La première dame devient rapidement une icône de la mode, incarnant la quintessence du bon goût. Les journaux et magazines populaires, en particulier LIFE, qui diffuse à près de 8 millions d'exemplaires chaque semaine, consacrent de nombreuses couvertures à cette famille idéale... La maison du clan, sise à proximité du cap Cod, est investie en permanence par des journalistes amis. Pour beaucoup il s'agit donc presque d'un deuil personnel.


A l'heure des médias de masse, la nouvelle du drame sidère l'opinion américaine.



La forte exposition du couple présidentiel accroît encore un peu plus l'extraordinaire déflagration médiatique suscitée par ce drame.
L'assassinat du président se fait sous l’œil des médias. Dès les coups de feu de Dealey Plaza, le drame pénètre dans les foyers américains et ceux du monde entier par le biais de la télévision, de la radio et des journaux.


Les obsèques nationales, voulues et organisées par l'Etat fédéral, confèrent une grande solennité à ce deuil public. Les autorités rapatrient la dépouille présidentielle et organisent son exposition à la Maison-Blanche pour les proches, puis sa présentation au public au Capitole. Près de 300 000 personnes viennent rendre hommage au défunt les 24 et le 25 novembre, jour de deuil officiel décidé par le président Johnson. Earl Warren, le président de la Cour suprême, prononce l'éloge funèbre.

Jackie Kennedy entourée de ses enfants lors des funérailles officielles de JFK. John Kennedy Jr fait le salut militaire devant le cercueil de son père qui descend Pennsylvania Avenue. Cette image émouvante fait le tour du monde. Caroline se tient à droite de sa mère, devant son oncle Edward, sénateur du Massachussets. A droite de la veuve se tient Robert Kennedy, qui occupe alors le poste d'attorney general (ministre de la justice). A la mort de son aîné, Bobby endosse le costume de chef du clan Kennedy.


Un million de personnes assistent à la procession qui conduit d'abord le corps du président à la cathédrale St Matthew the Apostle avant de rejoindre le cimetière national d'Arlington. Lady Bird Johnson, qui succède à Jackie en tant que première dame, décrit la scène: "De chaque côté on voit une mer de visages allongés, des visages silencieux, attentifs [...]. J'avais l'impression oppressante d'avancer un pied devant l'autre dans une tragédie grecque."
Les trois réseaux nationaux CBS, NBC et ABC diffusent en direct la cérémonie. L'émotion atteint son comble à la sortie de la cathédrale lorsque John Jr, 3 ans, se met au garde-à-vous et salue le cercueil de son père. L'image fera le tour du monde.
* Naissance du mythe.
Un véritable mythe se créé autour du président, dont Joseph, le père est à la fois l'inventeur et le principal artisan. Les positions isolationnistes de celui qui fut ambassadeur des Etats-Unis en Grande Bretagne au début de la seconde guerre mondiale, lui empêche d'accomplir son rêve d'accéder à la présidence. Il reporte alors ses espoirs sur sa progéniture. La mort du fils aîné pousse sur le devant de la scène le cadet, John, à disposition duquel il met son immense fortune.
Celui que tout le monde appelle Jack inaugure le temps de "la présidence médiatique". Mieux que quiconque avant lui, il comprend tout l'intérêt qu'il y a à mettre en scène son action. Sa jeunesse et son charisme font merveille devant les caméras. Il sait par ailleurs se concilier les sympathies de nombreux journalistes influents. Son assassinat achève de faire de lui un héros, le symbole de la jeunesse brisée.
Une semaine après sa mort, le président défunt a réuni toutes les caractéristiques d'un saint mort en martyr.
La sacralisation de Kennedy est encore renforcée par les déboires qui affectent sa famille et convainquent certains qu'elle est victime d'une malédiction (lobotomie ratée de sa sœur Rosemary en 1941, décès de son frère Joseph Jr dans l'explosion de son avion en 1944, mort de sa sœur dans le crash de son avion en 1948, mort de son fils Patrick deux jours après sa naissance en 1963, assassinat de Robert 5 ans après le sien, mort de son fils John Jr en 1999...). En outre, le drame qui se joue à Dallas est perçu par beaucoup comme une tragédie typiquement américaine.

Le jeune sénateur John F. Kennedy et sa fiancée Jacqueline Bouvier faisant de la voile au large du cap Cod en 1953. Une du magazine LIFE du 20 juillet 1953.


Arthur Schlesinger et Theodore Sorensen, ses proches collaborateurs, se font panégyristes et dressent un portrait hagiographique dans leurs ouvrages respectifs. A leur suite, la famille perpétue la mémoire du défunt et entretient le culte. Robert réunit ses partisans sur la tombe du cimetière d'Arlington et se réfère à longueur d'interviews à l'élan de son aîné pour définir son idéal politique. Le Kennedysme lui sert ainsi de point de départ pour une nouvelle mobilisation politique payante. Lors du congrès national du Parti démocrate de 1964, Bobby reçoit une ovation de plus de vingt minutes, l'empêchant de prononcer son discours.

La résistance du mythe de John F. Kennedy tient sans doute dans ce culte familial, amical et partisan, revivifié grâce à une multitude d’évènements politiques et médiatiques. Si des rumeurs, faisant état de l'infidélité chronique du président, sourdent ça et là, elle ne parviennent pas à ébranler le mythe. Or, au lendemain du Watergate, les parlementaires républicains aux abois déclenchent le scandale en dénonçant la relation de JFK avec Judith Campbell Exner, alors maîtresse d'un des principaux parrains de la mafia, Sam Giancana. D'aucuns imaginent la collusion entre le président et le malfrat. L'image de Jack en sort écornée et cadre de plus en plus mal avec le mythe entretenu par ses zélateurs. Un verrou saute et il devient de bon ton de vilipender Kennedy et sa famille.
Les critiques se focalisent sur la vie privée de Jack et non l'aspect politique, défendu avec acharnement par ses partisans. Les faces sombre et lumineuse de Kennedy finissent par composer deux légendes qui s'ignorent mais s'additionnent dans la propagation du mythe.



La une du magazine Life du 21 avril 1958: "Jacqueline, Caroline and Jack Kennedy".


* Une Amérique vacillante.


La violence qui gangrène la vie politique américaine (assassinats de Martin Luther King, Bobby Kennedy en 1968), l'enlisement dans un conflit contesté et perdu en 1975, le discrédit de la classe politique à la suite du scandale du Watergate, font douter de nombreux Américains de la pertinence de leur modèle. C'est pourquoi, a posteriori, les années Kennedy sont associées par certains à un âge d'or perdu.
Or, la société d'abondance et le modèle triomphant du début des sixties ne doivent pas masquer les réalités moins glorieuses de la présidence Kennedy: ségrégation raciale persistante au Sud, interventionnisme américain et manœuvres de la CIA , prospérité du crime organisé, violence endémique du système...
Le personnage de JFK s'inscrit aussi dans cette dichotomie. La mort violente du président lui confère une aura qui rend toute critique inaudible dans les mois qui suivent le drame. On vante alors son volontarisme, l'élan de la "nouvelle frontière", sa recherche d'une plus grande justice sociale, sa lutte contre les discriminations raciales, enfin sa croisade pour la liberté. Rien ne filtre sur ses fréquentations douteuses. De même la minceur de son bilan lors de son décès passe inaperçue. Certes, sa mort précoce ne permet pas de savoir comment aurait évolué sa présidence, mais il n'est pas parvenu à convaincre le Congrès de la validité de son programme. A contrario, sa mort ouvre des perspectives que saura saisir Johnson. Excellent connaisseur des arcanes du Congrès, ce dernier fait adopter de nombreuses réformes essentielles (les deux grandes lois de 1964 et 1965 sur l'interdiction de la ségrégation dans les lieux publics et les droits civiques, Medicare et Medicaid). L'occultation relative du bilan de la présidence Johnson s'explique par sa concomitance avec l'enlisement au Vietnam. En outre, on attribue bien souvent les succès de Johnson à son prédécesseur, oubliant que JFK se trouvait dans l'impasse en 1963 et que la majeure partie de son programme ne trouve un début de réalisation qu'à sa mort.
Les deux hommes se détestent cordialement et le premier n'a jamais compris la fascination que suscite JFK chez de nombreux Américains."C'était quelque chose d'incroyable, ce jeune godelureau était atteint de la malaria et vachement malade. Il n'avait prononcé un mot important au Sénat et n'y avait rien fait. Mais, d'une certaine façon, avec ses livres et son prix Pulitzer, il est parvenu à se faire passer pour un brillant intellectuel et un jeune leader qui changerait l'image du pays. Je dois aussi admettre qu'il avait un réel sens de l'humour et qu'il passait super bien sur ce foutu écran de télévision, et grâce à cela c'était finalement un bon gars, mais son emprise grandissante sur le peuple américain est restée un mystère pour moi."

Lyndon B. Johnson, en position de vice-président sur le ticket présidentiel, tance un perturbateur lors de la campagne de 1960.

De nombreux artistes consacrèrent des chansons au drame de Dallas, juste après les faits ou bien plus tard. C'est le cas de cette chanson de Lou Reed, issue de l'album Blue Mask et sortie 19 ans après les faits. L'ex leader du Velvet Underground et songwriter hors-pair décrit le choc ressenti par une majorité d'Américains à l'annonce de l'attentat.
L'interprète semble plongé dans un cauchemar dont il ne peut s'extraire. Tout ce qui vient de se passer est-il bien réel?
Le chanteur narre à deux décennies de distance ce qu'il faisait lorsqu'il apprit la nouvelle par l'intermédiaire du petit écran. Ce faisant, il confirme ce qu'avait affirmé avec justesse le présentateur du journal télévisé de la NBC lors de l'attentat du 23 novembre 1963: "qui que vous soyez, vous vous souviendrez toujours du lieu où vous étiez et ce que vous faisiez lorsque vous avez appris la mort du président."





Lou Reed: "the day that Kennedy died"

I dreamed I was the president of these United States
I dreamed I replaced ignorance, stupidity and hate
I dreamed the perfect union and a perfect law, undenied
And most of all I dreamed I forgot the day John Kennedy died

I dreamed that I could do the job that others hadn't done
I dreamed that I was uncorrupt and fair to everyone
I dreamed I wasn't gross or base, a criminal on the take
And most of all I dreamed I forgot the day John Kennedy died

Oh, the day John Kennedy died
Oh, the day John Kennedy died

I remember where I was that day, I was upstate in a bar
The team from the university was playing football on TV
Then the screen went dead and the announcer said,
"There's been a tragedy
There's are unconfirmed reports the president's been shot
And he may be dead or dying."

Talking stopped, someone shouted, "What!?"
I ran out to the street
People were gathered everywhere saying,
Did you hear what they said on TV
And then a guy in a Porsche with his radio hit his horn
And told us the news
He said, "The president's dead, he was shot twice in the head
In Dallas, and they don't know by whom."

I dreamed I was the president of these United States
I dreamed I was young and smart and it was not a waste
I dreamed that there was a point to life and to the human race
I dreamed that I could somehow comprehend that someone
Shot him in the face

Oh, the day John Kennedy died (4X)

------------

J'ai rêvé que j'étais le président des Etats-Unis
J'ai rêvé que j'arrêtais l'ignorance, la stupidité et la haine
J'ai rêvé d'une union parfaite, d'une loi juste et incontestée
et la plupart des choses auxquelles j'ai rêvé je les ai oubliées le jour où John Kennedy est mort

J'ai rêvé que je pourrais faire le boulot que les autres n'ont pas accompli
j'ai rêvé que j'étais honnête et juste avec chacun
j'ai rêvé que je n'étais pas grossier et ignoble, un criminel qui touche des pots de vin
et la plupart des choses auxquelles j'ai rêvé je les ai oubliées le jour où John Kennedy est mort

oh, le jour de la mort de John Kennedy (2X)

je me souviens où je me trouvais ce jour là, j'étais au fin fond de l'état, installé dans un bar
l'équipe de l'université jouait au foot à la télé
soudain, l'écran s'est obscurci et un présentateur déclara,
"une tragédie vient d'avoir lieu
des informations à vérifier indiquent que l'on a tiré sur le président et il pourrait être mort ou agonisant."

Tout le monde s'est tu, quelqu'un a crié, "Quoi?"
j'ai couru dehors dans la rue
les gens recueillis discutant partout,
avez-vous entendu ce qu'ils ont dit à la télé
et un type dans une Porsche équipée de la radio appuya sur son klaxon
et nous annonça la nouvelle
il dit, "le président est mort, il a été atteint par deux balles dans la tête
à Dallas, et ils ne savent pas par qui."

J'ai rêvé que j'étais le président des Etats-Unis
j'ai rêvé que j'étais jeune et intelligent et que rien n'était gâché
j'ai rêvé que la vie et l'espèce humaine signifiait quelque chose
j'ai rêvé que je pouvais comprendre d'une façon ou d'une autre que quelqu'un
lui ait tiré une balle en pleine tête

Oh, le jour de la mort de John Kennedy (4X)


Merci Marie pour l'aide à la traduction.


Sources:
- Jacques Portes: "Lyndon Johnson. Le paradoxe américain", Biographie Payot, 2007.
- Thierry Lentz: "L'assassinat de John F. Kennedy, histoire d'un secret d'Etat", Nouveau Monde, 2010.
- Claude Quétel (dir.): "Dictionnaire de la guerre froide", 2008.
- Lindsay Porter: "Assassinat. Une histoire du meurtre politique", Actes Sud, 2010.
- Peter Collier et David Horowitz: Les Kennedy, une dynastie américaine, Petite Bibliothèque Payot, 2001.

Liens:
- American Experience.
- Medarus.org