Etre perçu comme un "arabe", une personne d'origine maghrébine ou/et de confession musulmane en France, c'est souvent être exposé à des discriminations, des assignations, des stéréotypes, qui remontent à loin. La musique populaire contribue tantôt à enraciner ces préjugés, tantôt à les dénoncer.
A la fin du XVIII° siècle et au début du suivant, l'orientalisme façonne déjà les clichés sur l'Arabe. Ce courant de la pensée occidentale, à la fois artistique et littéraire, a pour objet d'étude "l'orient". Il s'épanouit alors que les puissances impériales européennes se taillent des empires coloniaux immenses. Dans ce contexte, l'oriental est dépeint comme "l'Autre" absolu, dont les mœurs et la culture se situent aux antipodes de celles des Européens. La conquête s'accompagne d'un discours racialisant à l'encontre de populations indigènes considérées comme inférieures aux populations européennes, auxquelles incomberait donc une mission civilisatrice. Les orientalistes essentialisent, désignant comme "Orientaux" des populations très diverses. L'appellation est un fourre-tout qui ne se soucie nullement des spécificités culturelles, historiques et géographiques, confondant allégrement Afrique du Nord et Proche-Orient, Arabes, Berbères et Perses, tous considérés selon des caractéristiques communes et immuables.
Au temps de la colonisation, les crimes perpétrés dans le cadre de la conquête, le pillage organisé, la sordide exploitation d'une main d'œuvre sont tus. Au contraire, la propagande décrit les populations autochtones comme "paresseuses", "malhonnêtes", "fourbes", "violentes". Il convient donc de s'en méfier. La colonisation s'accompagne d'un processus de racialisation, qui contribue à faire des populations colonisées des sujets sans cesse infériorisés. Ainsi, dans le sillage des colons se forge une culture coloniale. Les chansons d'alors dépeignent les Maghrébins sous des traits ridicules. Essentialisées, les femmes deviennent des créatures fantasmées. Objets de convoitise sexuelle, on ne se soucie alors pas de leur émancipation. "La fille du bédouin" suit une caravane en espérant attirer l’attention d’un jeune homme. Elle est qualifié de « pauvre bourrique » et enchaîne les rapports sexuels avec les « 3000 Bédouins » de la caravane. La prétendue obsession sexuelle des Arabes cache mal le regard concupiscent des colons. Les représentations des femmes orientales sensuelles et lascives sont déjà omniprésentes chez Ingres, Delacroix ou Gérôme.
Derrière une tonalité humoristique, le morceau "Abd El Kader" de Gesky, autrement désigné comme "la marche du centenaire de la conquête de l'Algérie", témoigne de la prise de possession brutale du territoire algérien et l'imposition non moins violente du mode de vie de la métropole. Et, déjà, le vin devient un élément de domination. "A si le brave Abd El Kader revenait en Algérie / Il serait heureux Abd El Kader, de voir comme elle est jolie / Ya du pinard, du chemin de fer, du chameau, de l'industrie / Aussi je suis fier de lever mon verre à la santé d'Abd El Kader".
Il faut attendre le début du XX° siècle pour qu'il y ait une présence d'immigrés d'origine maghrébine significative en France métropolitaine. Un nouvel imaginaire se construit alors autour de la figure du travailleur arabe, un prolétaire au mode de vie étrange, complaisamment décrit dans la presse d'extrême droite comme marginal ou criminel. Les principales vagues d'immigration maghrébine en France ont lieu au cours des décennies 1950 et 1960, alors que le pays a besoin de main d'œuvre pour se reconstruire et se moderniser. Beaucoup des nouveaux venus trouvent à s'employer dans l'industrie, notamment automobile, et dans le bâtiment. Dans "Le bruit et l'odeur", le groupe Zebda rappelle ce que la France doit à ces travailleurs venus de l'autre côté de la Méditerranée. Il en profite au passage pour dénoncer la célèbre déclaration raciste de Jacques Chirac, maire de Paris, qui déplorait devant un parterre hilare les prétendues nuisances olfactives et sonores émises par les familles nombreuses immigrées, décrites aussi comme abusant des aides sociales.
Nous avons déjà évoqué ici le rôle crucial joué par la guerre d'Algérie sur les représentations des populations arabes, qu'elles soient ou non d'origine algérienne. Au sein d'une importante frange de la droite et de l'extrême droite, la perte de ce territoire considéré comme une extension de la France métropolitaine constitue un traumatisme. Certains pieds noirs envisagent dès lors l'immigration algérienne comme une intolérable colonisation inversée qu'il conviendrait donc d'endiguer à tout prix, en utilisant la violence. On comprend que dans ces conditions, les nostalgériques cherchent à exalter le temps béni des colonies. Pour le groupe La Rumeur, l'enjeu mémoriel est donc crucial. Hors de question d'oublier ou de taire le pillage organisé, les ratonnades en plein Paris. "On m'a demandé d'oublier"
Dans les régions de forte implantation de pieds noirs et d'immigrés maghrébins, les tensions sont vives. Ainsi, une vague d'agressions et de crimes racistes survient dans la région marseillaise en août 1973, après qu'un Algérien atteint de troubles mentaux ait tué un chauffeur de bus. L'extrême droite instrumentalise la mort du chauffeur, forgeant la thèse du "danger nord-africain" et organisant de véritables expéditions punitives visant toute personne identifiée comme arabe. Ces meurtres s'inscrivent dans un contexte particulier avec, le surgissement du choc pétrolier, mais aussi de vives tensions diplomatiques entre la France et l'Algérie. Les rancœurs héritées de la période coloniale et de la guerre de décolonisation jouent, incontestablement un rôle majeur, comme le prouve la nationalité algérienne de plusieurs victimes, ainsi que l'origine pied noir de plusieurs meurtriers. Ces crimes restent largement impunis puisque, faute d'enquêtes sérieuses, ils ne donnent pas lieu à des poursuites judicaires. Surtout, comme le démontre la sociologue Rachida Brahim, l'institution judiciaire tend à ignorer le mobile raciste de ces crimes qui le sont pourtant de toute évidence.
Ce traitement pénal tend à atténuer la gravité des violences, requalifiant des crimes en délits et donnant lieu à des peines atténuées. L'avocat Jacques Vergès parle ainsi de "délit d'arabicide". De fait, le crime raciste n'a pas d'existence juridique en France. En 1972, la loi Pleven criminalise la parole raciste et les discriminations, mais pas la violence raciste. Pour Rachida Brahim, "au sein de l'arène législative, le racisme cesse d'être un acte de violence physique pour s'apparenter uniquement à un élément de discours entraînant des phénomènes de diffamation, d'injures, de provocations, d'incitations à la haine ou de discrimination". (source G p 166) (1) Au bout du compte, ce déni de la dimension raciste des violences alimente un sentiment d'impunité chez ceux qui les commettent. Il alimente également un processus de racialisation des victimes, assignant des caractéristiques physiques, culturelles, religieuses négatives, créant de la sorte un groupe dont les membres sont infériorisés. L'autrice identifie plus de 730 crimes dénoncés comme racistes entre 1970 et 2000, la moitié mortels. La volonté des agresseurs est souvent de préserver un territoire d'une présence jugée nuisible ou excessive (Brahim parle alors de crimes idéologiques), d'autres crimes sont qualifiées de violences disciplinaires, quand elle sont commises par des représentants de l'Etat (policiers, militaires gendarmes) à l'encontre de populations perçues comme déviantes. En 1983, Carte de Séjour enregistre "Nar" ("le feu" en arabe), un hommage aux victimes de crimes racistes, dont les noms sont énumérés : Habib Grimzi, Djamel Itim, Lahouari Ben Mohamed, Abdennbi Guemiah, Djamel Kherkour, Mohamed Diab...
Des productions culturelles dénoncent heureusement l'acuité du racisme anti-arabe. C'est notamment le cas du film Dupont Lajoie, sorti en salle en 1975. Le réalisateur Yves Boisset y explore les ressorts du racisme ordinaire, faisant émerger la figure archétypale de ce Français moyens, misogyne et raciste, porté sur la bouteille. (source F) Le cafetier Lajoie entend profiter de ses vacances annuelles dans un camping du Var. Il y retrouve les habitués qui sont devenus ses amis. Raciste et obsédé sexuel, il est irrité par la présence d'un chantier sur lequel travaillent des "Nord-Africains". Une altercation éclate au bal du village lorsque Lajoie reproche à ces derniers de trop s'approcher des femmes. Un peu plus tard, il accuse les ouvriers d'avoir commis le viol et le meurtre de la fille de ses amis. Pour se disculper d'un crime dont il est l'auteur, Lajoie convainc sans difficultés ses camarades de mener une ratonnade, qui laisse à terre un des ouvriers. Le policier chargé de l'enquête démasque les vrais coupables, mais ne peut rien face à la raison d'Etat qui laisse impunis le dernier meurtre. La fiction s'inspire des faits bien réels évoqués précédemment et témoigne du climat de racisme lancinant contre les personnes identifiées comme Arabe dans l'hexagone. En 1977, Renaud chante "Les charognards". "Le boulanger du coin a quitté ses fourneaux / Pour s'en venir cracher sur mon corps déjà froid / Il dit : «J'suis pas raciste, mais quand même les bicots / Chaque fois qu' y a un sale coup ben y faut qu'y z'en soient»".
Les populations immigrées, particulièrement lorsqu'elles viennent du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne, subissent une relégation géographique. Après avoir été logées dans les conditions précaires et insalubres des bidonvilles, hôtels, garnis, foyers, pendant les Trente glorieuses, elles accèdent progressivement aux parc locatif HLM dont elles avaient jusque là été volontairement écartées. L'afflux intervient au moment où les autorités cessent de construire des grands ensembles (1973) et où la promotion de la maison individuelle conduit la plupart les familles de classes moyennes françaises à quitter ces quartiers. Aussi, les familles logées le furent souvent selon des modalités ethniques et ces ensembles devinrent le réceptacle des politiques d'évictions des pauvres et des populations immigrées ou étrangères des villes aisées. Dans « Enfants de la patrie » (2006), Rost rappe : « Rebeus et renois, c'est ici qu'on nous a parqués / Dans des ghettos qu'ils ont appelés cités et quartiers / Des grands ensembles qui ressemblent à rien / Où ils s'sont dit "on va mettre les Arabes et puis les Africains" / Un terrain d'foot et une MJC / Un mode de vie tout pourri qui donne envie d'braquer l'épicier"
L'immigration d'origine maghrébine, africaine d'une manière générale, est d'abord envisagée comme temporaire et provisoire. Les travailleurs arabes, isolés dans leurs garnis et exploités sur la chaîne de montage de l'usine, font parfois l'objet d'un regard compatissant et misérabiliste. Or, il s'avère assez vite que ces populations sont appelées à rester sur le territoire national. Si la crise économique, qui s'abat sur le pays au milieu des années 1970, incite les pouvoirs publics à mettre un terme à l'immigration de travail, elle a pour corolaire la mise en place d'une politique de regroupement familial. Cette installation durable s'accompagne de l'essor d'un discours stigmatisant à l'encontre des enfants de ces immigrés. Qualifiés de jeunes de cité, ces figures sont décrites dans une partie de l'opinion publique comme les "saboteurs" des grands ensembles. Bruyants, sales, barbares, inassimilables, leur arrivée aurait transformé ces lieux en ghettos ethniques, habités par des populations aux mœurs culturelles jugées incompatibles avec les valeurs de la République. Ce présupposé permit d'appliquer un traitement spécifique, discriminatoire aux résidents, principalement originaires du Maghreb et d'Afrique subsaharienne. La police entend dès lors faire de ces lieux son sanctuaire, usant de pratiques ciblées et violentes à l'encontre des habitants. [113 : "Face à la police"]
Les politiques migratoires misent en œuvre en France depuis la fin de la guerre d'Algérie mettent à mal les principes républicains dont notre personnel politique se gargarise. Ainsi, le traitement spécifique imposé à certaines catégories d'immigrés entre en contradiction avec l'universalisme. Les discriminations dans l'accès au logement, à l'emploi, aux services dont sont victimes les immigrés africains reposent sur des stéréotypes inavouables, la prétendue criminalité, insalubrité de populations fondamentalement inassimilables. Cette stigmatisation s'applique aussi à ceux que l'on désigne avec insistance comme des enfants d'immigrés, alors qu'ils sont nés en France. Pour toute une frange de l'opinion et de la classe politique, il ne s'agit pourtant que de "Français de papiers". Dès lors, dans les médias, le "travailleur arabe" cède la place au "jeune de banlieue". Médine dénonce ce "Double discours".
En juillet 1981, des révoltes éclatent dans les banlieues lyonnaises à la suite de crimes racistes et des pratiques policières ciblées. Finalement, une "grande marche pour l'égalité" traverse la France en 1983. Face à ces jeunes à l'existence sociale discriminée qui réclament leur part d'égalité républicaine, la politique de la ville oppose des ravalements de façades, des activités de loisirs, des médiations, des missions sociales d'encadrement confiées à ceux que l'on présente comme des "grands frères". Une réponse à côté de la plaque dans la mesure où les discriminations à l'emploi, au logement, dans l'accès aux services se perpétuent. Les médias parlent de "marche des beurs", un terme permettant d'euphémiser la charge ethnique du mot Arabe. Le beur est dépeint avec complaisance comme une figure avenante, malléable, folklorique, en voie d'assimilation, comme en période probatoire; une dénomination qui semble donc s'accommoder du déni des droits fondamentaux. l'association SOS-Racisme contribue à transformer l'exigence d'égalité en une action morale, largement dépolitisée, mais très médiatisée. Des concerts sont organisés sur l'air de "On est tous des frères". (source J p79) Cependant, sur scène, les prises de paroles de Rachid Taha, le chanteur de Carte de séjour, une formation de la banlieue lyonnaise au nom évocateur, tranchent avec les propos lénifiants des autres interprètes. Le groupe décrit dans ses compos la vie quotidienne dans les quartiers populaires, mais aussi le racisme subi par les populations d'origine immigrée. La musique associe avec bonheur le punk-rock au chaâbi. Le groupe mêle également le français à l'arabe dialectal maghrébin (darja). "Douce France"
Quand elle parle de personnages identifiés comme Arabe, la chanson française en offre une image contrastée et ambivalente. Il est impossible d'être exhaustif bien sûr, mais les paroles donnent vie tantôt à des banlieusards dépravés, précipités dans la délinquance par une société hostile, tantôt à des individus moralement bons, fiers, souvent exotisés et plutôt envisagés comme des victimes. Pour la première catégorie, citons parmi d'autres "les charognards" ou "deuxième génération" de Renaud, "L'Arabe" de Sapho. Dans la seconde, on trouve "Arabe" de Reggiani, "Saïd et Mohamed" de Francis Cabrel, "Djamel" de Michel Bülher, "Carte d'identité" de Colette Magny, généreuses sur le fond, les paroles ne sont pas cependant exemptes de relents paternalistes. Les mots sonnent généralement plus justes lorsque les auteurs sont directement concernés, car ils s'appuient sur leur vécu et un quotidien jalonné d'embûches. C'est le cas de celui de Ridan : "Le quotidien".
En droit pénal, on appelle double peine le fait de condamner pour un même délit une personne étrangère à la fois à une peine de prison et à une expulsion du sol français. Mais pour Zebda, la "Double peine" consiste d'une part à avoir grandi dans des quartiers défavorisés, et d'autre part, à subir les préjugés des gens parce qu'ils sont des enfants d'immigrés. Les paroles de leur morceau mentionnent, pour mieux les dénoncer, les clichés qui voient en chaque Arabe un voleur en puissance ou un polygame. "J'ai la tête de celui qui s'entête / Peut-être même du voleur de bicyclettes / De celui qui a la main près du sac à main / Qu'on s'y trompe, mois sans passer l'examen / Je sais ce que vous avez jamais su (...) On m'accuse d'être de toutes les combines / Quatre épouses et combien de concubines / Je sais bien que c'est là le moindre de mes défauts (...) Mais je l'ai dit et redit et si tu lis ma bio / Tu y trouveras une enfance comme il faut / Si tu cherches le Bronx, reste dans ton ghetto / Et s'il est véridique que je suis né dans la rue / Je suis celui qu'on a puni deux fois / Ici et puis là-bas."
Un discours raciste à besoin de s'alimenter, de se renouveler, ce qui fait que tout ce qui peut être mobilisable l'est. Toute une série de stéréotypes sont accolés aux personnes identifiés comme Arabes qui seraient ainsi des délinquants et voleurs en puissance, agressifs, mauvais travailleur, fourbes, des ennemis en somme, désignés sous de multiples appellations insultantes : raton, melon, bicot, crouille, bougnoule, racaille. Sans reprendre ces injures, les paroles de certains morceaux pas si vieux attestent d'une arabophobie bien enracinée dans une partie de la culture populaire. Ainsi, en 1979, Michel Sardou enregistre "Ils ont le pétrole ... puis c'est tout". Les paroles, très agressives à l'encontre des Arabes, identifiés ici aux pétromonarques, opposent la supériorité financière supposée des uns à la richesse culinaires proclamée des autres. "Ils ont le pétrole, mais ils n'ont que ça. On a le bon vin, on a le bon pain, Et caetera." De nouveau, le vin sert de porte étendard, tandis que le chanteur ose un douteux « Martel à Poitiers »…
En 1991, Vincent Lagaf enregistre "La Zoubida" (1991). Le morceau remporte un très grand succès. Le tube caracole en tête des ventes pendant onze semaines (700 000 exemplaires). Sur l'air du Pont de Nantes, Lagaf prend un accent ridicule pour raconter l'histoire d'une jeune fille qui vit à Barbès. Zoubida, c'est son nom, veut se rendre au bal malgré l'interdit parental. Son ami Mokhtar, juché sur un scooter doré, lui vient en aide. Mais, comme le jeune homme a volé le véhicule, les deux jeunes gens sont arrêtés et terminent la nuit au poste de police. "Mais le scooter, Mokhtar l'avait volé Scooter volé". L'accent, le scooter volé, le tapis volant, c'est un étalage du racisme le plus décomplexé qui se déploie alors sur les ondes.
Quatre ans plus tôt, Rachid Ferrache enregistrait "P'tit beur'" (1987). Le jeune chanteur essaie de rassurer son interlocuteur en disant : "Je suis un petit Beur, mais sois tranquille / je ne viendrai pas voler ton argent / Rappelle tes chiens, ouvre tes grilles / Tu vois bien que je ne suis qu'un enfant [...] Faut pas croire que c'est toujours de ma faute / Quand quelque part y a un sale coup". En voulant dénoncer le racisme, les paroles renforcent surtout les clichés sur l'arabe fondamentalement voleur.
Jean-François Copé glose dans un discours sur le prétendu vol de pains au chocolat commis par de jeunes musulmans pendant le ramadan à l'encontre d'enfants qui ne jeûnaient pas. Il s'agit évidemment d'une panique morale, sans le moindre fondement. I AM s'en moque dans "Pain au chocolat" "Avant on était des bougnoules, négros ou basanés / Maintenant on est tous terroristes et maîtres artificiers / Et c'est reparti, les gens deviennent fous, la haine fête son retour / Les plus atteints voient des Merah partout / Ils pensent qu'on est tous armés jusqu'aux dents / Attendant patiemment, une belle occase pour verser le sang / A cause de leur soif de pouvoir des sales phrases qu'ils balancent / La peur débarque et ses fruits sont gorgés de violence / S'appliquant à donner de nous une image détestable."
Les idées racistes, xénophobes portées par le Front, puis le Rassemblement national ont infusé à droite et au sein d'une frange toujours plus large de l'électorat pour lequel la préférence nationale en matière de logements et d'emplois est devenue souhaitable. En 2005, le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy utilise une terminologie très dépréciative et insultante à l'égard des jeunes des quartiers populaires, identifiés à des racailles, des assistés sociaux, oisifs et dangereux, inadaptés, des fossoyeurs de la nation française. Dans ce contexte, deux ados (Zyed Benna et Bouna Traoré) qui essayaient d'échapper à un contrôle de police meurent électrocutés dans l'enceinte d'un poste électrique. Aussitôt de nombreux quartiers populaires français se révoltent. La mobilisation de très grande ampleur et les affrontements opposant la police et les jeunes des grands ensembles conduisent le gouvernement à instaurer l'état d'urgence, une première depuis la guerre d'Algérie! Dans notre société postcoloniale, on en revient à une gestion sécuritaire de type colonial.
Comment ne pas désespérer quand on est considéré comme un paria que l'on peut insulter et discriminer? La Mafia K'1 Fry s'applique à redonner de la fierté, en dédicaçant un morceau aux "Rabzouz" et rabzounettes.
Le temps passe, mais la haine anti-arabe ne faiblit pas en France. Au tournant des années 2000, après les attentats du 11 septembre, l'extrême droite met en sourdine son antisémitisme (quitte à la remobiliser à tout moment) pour mieux se concentrer sur sa haine des Arabes et de l'islam. Pour Zemmour et consorts, il existerait ainsi une incompatibilité culturelle, civilisationnelle de cette religion avec notre prétendue civilisation "judéo-chrétienne". Des théories complotistes font florès, à l'instar de celle du "grand remplacement". Les partisans de ce mythe d'une invasion démographique incontrôlable, d'une submersion culturelle musulmane, postulent que les populations immigrées ou descendants d'immigrés d'origine africaine arrivant et s'installant en France, auraient pour but de perpétrer un "génocide par substitution", un "génocide blanc". Pour s'en prémunir, il devient crucial de préserver par tous les moyens le peuple et la terre, ces entités mystiques et sacralisées. De fait, en banalisant des thèses catastrophistes et mensongères sur l'immigration musulmane, Renaud Camus et ses sbires deviennent des sources d'inspiration de terroristes tels que Brenton Tarrant, auteur de l'assassinat de 51 musulmans dans des mosquées de Christchurch en Nouvelle Zélande en 2019 ou du Norvégien Anders Breivik. On peut entendre ces discours de haine en ouverture du morceau "Bouteille de gaz" de la Scred Connexion. Il s'agit d'un extrait d'une cassette du propagande diffusée par le FN à ses électeurs.
Ce tour d'horizon atteste de l'ancienneté et de la profondeur de l'Arabophobie en France, une haine sans cesse renouvelée, mais reposant sur un vieux fond xénophobe et raciste. Au cours de la dernière décennie cependant, les attaques à l'encontre des populations désignées comme Arabes portent principalement et de plus en plus sur les croyances religieuses; ce que nous verrons dans un prochain billet, consacré à l'islamophobie.
Notes :
1. Il faut attendre une disposition introduite en 2003 pour que le racisme constitue enfin une circonstance aggravante d'un crime, à la seule condition que l'auteur des faits est exprimé sa motivation raciste.
Sources :
A. Mogniss H. Abdallah : "Paroles et chansons de l'immigration (maghrébine)", in Vacarme 44, 21 juin 2008.
B. Ursula Mathis-Moser, “L’image de « l’Arabe » dans la chanson française contemporaine”, Volume ! [Online], 2 : 2 | 2003, Online since 15 October 2005
C. "Islamophobie : un mot, des maux", épisode du podcast Kiffe ta race.
D. "L'islamophobie : racisme institutionnel et locomotive du néofascisme" épisode du podcast Minuit dans le siècle.
E. "Qu'est-ce que l'islamophobie?", sur le site d'Amnesty International.
F. "Quand Yves Boisset explore les ressorts du racisme ordinaire : Dupont Lajoie (1975)", Revue Alarmer.
G. Rachida Brahim : "La race tue deux fois: Une histoire des crimes racistes en France", Editions Syllepse. 228p.
H. Philippe Hanus : "Carte de séjour, des banlieues lyonnaises aux scènes internationales (1980-1990. Retour sur la trajectoire artistique et militante des zazous de la ZUP de Rillieux-la-Pape", Métropolitiques, 2 février 2026.
J. Hacène Belmessous : "Petite histoire politique des banlieues populaires", Editions Syllepse, 2022
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